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Par Nivesse Christiane

L'auteur :
L'histoire :
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Pernelle au pays du monstre bleu
(1/2)


« Chenapans ! Jamais je ne ferais de vous des citoyens modèles ! Tout ce que vous méritez, c’est de finir dans la tanière du monstre bleu !
- Et patati et patata…
- Vous disiez quelque chose, Demoiselle Pernelle ?
La plus petite des six enfants, sales et dépenaillés, qui essuyaient depuis dix bonnes minutes les réprimandes de Maîtresse, leva de grands yeux bleus insolents de malice et susurra :
- Je n’oserai pas !
- Espèce de… » Tous les regards, curieux et avides, convergèrent vers Maîtresse qui, rouge comme une tomate trop mûre, enfla, enfla, enfla… Puis elle expira bruyamment pour redevenir toute sèche et droite comme la saucisse pendue dans la cuisine de Chef. Sauf que, elle, elle était délicieuse ! La tête haute, coincée dans son éternel col en cornet, le regard encore étincelant de fureur, Maîtresse ramassa dignement les plis de sa robe cramoisie et sortit d’un pas de militaire outragé.
« Zut ! Ce n’est pas encore cette fois-ci qu’elle explosera ! marmonna Pernelle en claquant des doigts.
Ce petit bruit se répercuta sur les grands murs de la salle de classe et tous éclatèrent d’un rire bruyant et soulagé. Seule Sasha, une brunette potelée et farouche, jeta des œillades inquiètes autour d’elle puis déclara, d’une voix tremblante :
- Nous devrions aller nous préparer !
Pernelle haussa les épaules :
- Bof ! Nous avons bien le temps !
Micky, le plus grand et le plus costaud de la bande, dansa d’un pied sur l’autre avant d’oser la contredire :
- Je crois que Sasha a raison. Même si la Cérémonie n’est qu’à la tombée de la nuit, tes parents ont exigé que tout le monde soit en place dès cinq heures !
-Et alors ? Il n’est pas quatre heures, nous avons encore le temps d’aller jouer. » Le petit visage buté les mettait au défi de la contrarier. Ce qu’ils ne firent évidemment pas, Pernelle était la fille de Roi et Reine !
Et ils traversèrent le château, en quête de bêtises, sous la direction de leur petit tyran personnel. Mais l’humeur générale ne se prêtait pas à leurs pitreries ! Très vite et sans ménagement ils furent expédiés aux bains. Même Pernelle, interceptée par Nounou, se laissa récurer sans piper mot. On ne plaisantait plus quand Nounou était fâchée !
« Recule un peu… Bien ! Tourne lentement… Pas trop mal ! Cette robe n’a pas la classe de celle que tu as si « malencontreusement » abîmée, mais elle te fera honneur ! Franchement, qui aurais-tu puni en arrivant à la cérémonie, déchirée, crottée et laide comme un chrams ? Toi et toi seule, jeune sotte, en te rendant ridicule aux yeux de tous ! Et sûrement moi aussi, car je ne supporte pas que l’on se moque de ma tite !
Les yeux pleins de larmes, Pernelle se jeta dans les bras douillets qui la serrèrent avec compassion et amour. La brave femme toussota pour refouler l’émotion qui lui serrait la gorge puis la repoussa gentiment avec un doux sourire :
- Allons ne pleure plus, tu vas froisser tes jolis yeux !
Pernelle essuya consciencieusement son visage rosi et promit solennellement :
- Je vais me conduire comme une vraie Princesse, tout au long de la cérémonie. Tu verras que je te ferai honneur, à toi et rien que pour toi ! » Sur ce, elle pivota tout en ramassant, d’une grâce affectée et précieuse, la traîne de sa robe brodée de plumes blanches. Nounou soupira, attendrie, mais aussi désolée. Elle n’aurait pas dû accepter les derniers mots de la petite fille ! Seulement Roi et Reine étaient trop préoccupés par leur travail de suzerains pour comprendre toute la souffrance qui se cachait derrière la turbulence de leur enfant !

Avant de rejoindre ses amis, Pernelle eut une idée, qu’elle jugea fort bonne, cueillir la plus belle rose du Jardin Intérieur et l’offrir à Reine. Nounou sera contente d’elle !
Tout en prenant soin de ne pas accrocher sa robe précieuse aux épines pointues, elle hésitait sur le choix de la fleur « la plus parfaite » quand un papillon de lumière vint virevolter devant ses yeux éblouis. Surprise et émerveillée, elle avançait doucement la main quand le cri de Sasha l’interrompit :
« Comme c’est beau ! Qu’est-ce c’est ?
Pernelle haussa les épaules, avant qu’une pensée malicieuse n’envahisse son esprit. Elle prit un air mystérieux et annonça :
- C’est la lumière magique du Monstre Bleu !
Effrayée, Sasha recula précipitamment et tomba à la renverse dans les rosiers tout en hurlant de douleur. Consternée, de ce que sa plaisanterie stupide avait produit, Pernelle se précipita pour aider son amie. Malheureusement, sa longue robe de dentelle rose était empêtrée dans les rosiers et chaque mouvement était une torture pour la pauvre Sasha ! Pernelle se lamenta :
- Je n’y arriverai pas ! Je dois aller chercher de l’aide, ne bouge pas… Je suis bête, tu ne peux pas bouger !
Terrorisée, Sasha hurla :
- NON, reste avec moi ! La lumière va m’emporter dans la tanière du Monstre Bleu !
- Ecoute, j’ai dit ça juste pour t’effrayer ! Tu sais comme je suis, j’aime bien te faire peur ! Mais je ne voulais pas que tu te fasses mal, ça je te le jure !
Sasha leva un regard doux empli de souffrances et assura :
- Je sais bien, va ! Tu me taquines, mais tu n’es pas méchante, au fond…
- Ne t’inquiète pas, je vais revenir si vite que tu n’auras pas le temps de compter jusqu’à dix ! » Et elle s’élança, sans s’inquiéter de sa fragile robe qui se déchiquetait dans la course.
Elle traversa la salle de bal et la salle de cinéma, sans rencontrer âme qui vive. Ils devaient être déjà dans le Grand Jardin où devait se dérouler la Cérémonie, à l’autre bout du Château ! Elle commençait à paniquer quand elle pensa à la salle de Surveillance, là il y avait forcément quelqu’un !
« Commandant ! Commandant ! Venez vite sortir…
- Attendez Demoiselle ! Que se passe-t-il ? Pourquoi n’êtes-vous pas au Jardin de Réception ? Et dans quel état vous êtes-vous encore mis !
Devant le regard réprobateur du gardien de la sécurité, elle baissa les yeux sur sa pitoyable tenue. Son cœur se serra de chagrin à la pensée de sa promesse rompue, mais Sasha était plus importante qu’une robe ! Aussi, releva-t-elle fièrement le menton et déclara :
- Je n’ai pas de temps à perdre avec ces froufrous qui peuvent être remplacés ! Mon amie Sasha est en danger et vous devez venir m’aider, vite ! » L’homme de sécurité ne tergiversa plus et, tout en se précipitant derrière l’enfant qui ne l’avait pas attendu, ordonna à trois agents de le suivre.
Dans le Jardin Intérieur la première chose qui frappa Pernelle fut le silence. Un silence glacé et terrifiant qui l’immobilisa au milieu d’une allée. Commandant et les trois agents perçurent, eux aussi, que quelque chose n’allait pas ! Ils entourèrent l’enfant pour parer une éventuelle attaque, sortirent leurs armes et balayèrent l’air environnant à l’aide du faisceau laser de contrôle. Si quelque chose rôdait, elle serait immédiatement repérée, immobilisée et, au besoin, détruite, sans autre forme de procès ! On ne badinait pas avec la sécurité d’un enfant royal ! Bien que rien n’ait été détecté, les hommes avancèrent avec d’infinies précautions, Pernelle au centre de leur préoccupation. C’est alors qu’ils virent les rosiers massacrés et quelque chose de blanc et rouge au milieu. La petite fille s’élança avant que nul ne puisse l’intercepter :
« Sasha ! Regarde, j’ai ramené de l’aide…
Elle s’arrêta, interdite, mais où était donc Sasha ? Commandant, sans prendre garde à sa tenue de gala, fonça dans les agressifs massifs, ramassa les lambeaux de robe tâchés de sang et fronça les sourcils :
- Si c’est encore une de vos mauvaises farces…
Pernelle écarquilla les yeux :
- Sasha est tombée dans les rosiers, elle n’arrivait plus à sortir… elle ne put en dire plus et éclata en sanglot.
Son désespoir évident le convainquit et il se tourna vers les agents pour ordonner :
- Fouillez de fond en comble ce jardin ! Ne négligez aucun petit détail, je veux savoir ce qu’il s’y est passé ! » Puis il prit son portable pour s’informer auprès des proches de l’enfant.

Après maintes recherches, il s’avéra que Sasha ne se trouvait nulle part dans le périmètre du château. Alors Commandant demanda qu’on lui apporte le matériel nécessaire pour l’identification ADN. Pernelle, placée par sécurité dans le bureau de Commandant, se creusait la tête pour essayer de deviner ce qui était arrivé à son amie. Elle se souvint alors du papillon de lumière et de la légende avec laquelle elle avait effrayée la, si émotive Sasha. Et si ce n’était pas une légende ? Et si le Monstre Bleu existait réellement et qu’il avait envoyé la lumière magique pour la piéger et l’emporter dans sa tanière ? Pour lui faire quoi, au juste ? Elle ne se rappelait plus ! Elle n’avait pas toujours bien écouté les histoires que la femme de Chef leur racontait, en surveillant la cuisson des plats mijotés par son mari !
Quand Commandant revint, elle lui raconta le papillon lumière sûrement envoyé par le Monstre Bleu, magique et maléfique ! Commandant secoua la tête, tristement, en lui assurant que s’il y avait un monstre dans cette histoire, il était certainement maléfique mais ni bleu ni magique ! Après cela, il alla ouvrir la porte à Nounou, qui attendait avec angoisse. Pernelle se laissa entraîner vers sa chambre sans un seul mot, ce qui inquiéta la brave femme ! Elle la croyait choquée mais en réalité l’enfant était catastrophée. Tout en essayant de convaincre Commandant de la réalité du monstre bleu, elle avait fait une constatation effrayante : c’était Elle que le Monstre Bleu avait essayée d’enlever ! Il s’était trompé et avait pris Sasha à sa place, c’était trop injuste ! C’était elle la vilaine fille qui inventait mille bêtises pour embêter tout le monde ! Sasha n’y était pour rien, même si elle la suivait, comme les autres, dans ses farces stupides ! Il fallait qu’elle fasse quelque chose pour la tirer des griffes du monstre… Mais quoi ? Si au moins elle pouvait se souvenir de toute la légende, encore que Femme du Chef avait tendance à rendre les contes et légendes nettement plus effrayants qu’ils ne l’étaient dans les livres, ce qui les rendaient beaucoup plus amusants aux yeux des enfants ! L’histoire du monstre bleu était l’une des plus courante du royaume, pourtant elle ne s’en rappelait que la menace qu’utilisaient, à tors et à travers, les adultes pour faire peur aux enfants pas sages ! Mais qui s’en souciait vraiment…, à part Sasha ? Se remémora-t-elle avec une pincée de remord ! Elle songea, un instant, à se rendre dans la salle de lecture, mais pour ce faire il faudrait convaincre Nounou… Elle leva la tête vers Nounou qui fredonnait une douce complainte apaisante, tout en lui ôtant sa robe. Non, elle serait encore plus difficile à convaincre que les autres ! Elle avait toujours été récalcitrante à ces « stupides histoires à cauchemars » ! Il lui faudrait donc se débrouiller par elle-même… Les portes de la chambre s’ouvrirent à cet instant et Roi et Reine entrèrent, impressionnants de rigidité dans leurs costumes d’apparat.
« Ma petite princesse va bien ? demanda Roi, en la soulevant d’un geste vif et tendre, bien trop rare !
- Moi, je vais bien, papa, mais Sasha, elle, elle a disparu !
Reine caressa la tête blonde d’une main un peu tremblante et murmura :
- Nous le savons, mais, ne t’inquiète pas tout le monde la cherche et on la retrouvera !
- J’étais partie chercher de l’aide maman, pendant pas longtemps !
Les parents échangèrent un regard angoissé, puis Roi assura :
- Tu as fait ce qu’il fallait, mon étoile, tu n’as rien à te reprocher !
Reine la prit des bras de Roi pour la remettre sur ses pieds, avant d’annoncer :
- Maintenant tu vas être enfin sage et laisser Nounou te préparer pour la Cérémonie.
- Mais, je dois aller chercher Sasha !
- Non ! Tu restes dans ta chambre jusqu’au moment de la Cérémonie et c’est Nounou qui t’y conduira ! Ne cherche surtout pas à filer ! Le plan sécurité maximal est activé et nul ne peut faire un seul pas sans que Commandant ne le sache. Et s’il venait à m’apprendre que tu as désobéi aux consignes, je me verrai dans l’obligation de te punir jusqu’à la fin de ta vie ! décréta Roi sèchement.
Et Reine, d’asséner vertement :
- Sans compter que, dans ta sottise, tu punirais Nounou, à laquelle nous ne pourrions plus faire confiance, et qui serait donc renvoyée ! »
Les Royales Parents sortis, Nounou, malgré sa colère due aux dernières paroles, plus que maladroites, de Reine qui parlait souvent plus qu’elle n’agissait, entreprit de brosser les longs cheveux blonds et soyeux, sans dire mot. L’orage couvait, il fallait qu’il explose, ce qui arriva brutalement et de manière inattendue. Au lieu de l’habituelle tempête de cris rageurs et d’ouragan de fureur, ce fut un torrent de larmes, de désespoir et de souffrances qui s’abattit dans la chambre. Nounou ramassa la fillette, écroulée sur le sol glacé, et la berça tendrement en murmurant toutes les paroles d’amour qui se déversait de son cœur, blessé par d’injustes chagrins. Les sanglots finirent par se tarir, l’enfant s’était endormie ! Elle n’aurait pas dû la laisser faire, elle aurait dû la réveiller et continuer à la préparer pour cette maudite Cérémonie ! Mais cette enfant avait déjà tant souffert, qu’elle jugea qu’elle méritait bien un peu de repos ! Et si quelqu’un venait oser lui dire le contraire, Gouvernant ou pas de ce royaume, il entendrait à qui parler ! Foi de Nounou ! De tous les enfants qu’elle avait élevés, Pernelle était celle qui lui avait demandé le plus d’attention, le plus de rigueur, le plus de travail, car elle était un tourbillon qui entraînait tout sur son passage, si on la laissait livré à elle-même ! Pourtant, jamais aucun ne lui avait apporté autant de satisfaction et d’amour qu’elle, par ses gestes soudain de tendresses et ses regards emplis de confiances qu’elle levait vers elle. Si ses parents prenaient juste un peu de temps pour voir en elle autre chose qu’un insupportable garnement…

« Voyez-vous ça ! Nous avons de la visite !
La voix douce et amusée réveilla Pernelle, qui ouvrit de grands yeux étonnés devant la gracieuse vieille dame qui lui souriait gentiment.
- Qui êtes-vous ?
- Voyons, petite, quand on rend visite aux gens on commence par leur dire bonjour !
- Mais Madame…
Soudain, elle s’aperçut qu’elle n’était plus dans sa chambre mais dans une pièce à Lire ! Il y avait la même au château, en mieux rangée ! Ici, les livres débordaient des étagères et s’empilaient n’importe comment sur les chaises et le sol. Il n’y avait guère que le petit bureau, sur lequel trônait un ordinateur, d’à peu près net !
- Où suis-je ?
- Décidément, tu préfères poser des questions plutôt que de te montrer polie ! Je n’aime guère ces manières, mais je suppose que ce n’est pas de ta faute si on t’a éduqué ainsi… Bien, je vais satisfaire ta curiosité. Je suis la Gardienne des Contes et tu te trouves dans ma maison, au Carrefour des Rêves. Et toi d’où viens-tu ?
- Je viens du château de l’Entrague du pays de Mazorgue.
La vieille dame sembla réfléchir un instant, puis se mis à farfouiller d’un côté, de l’autre, tout en marmonnant :
- Non… Peut-être… Non, ce n’est pas ceci… Ah je crois… Non, toujours pas… Voyons, mais où ai-je pu… Voilà, voilà, voilà ! J’ai trouvé !
Elle brandit un livre bleu aux rayures dorées, le feuilleta vivement puis le referma, d’un geste content. Ensuite, elle prit place dans la balancelle, au centre de la pièce, et se balança sans rien dire de plus. Pernelle s’approcha tout près et demanda :
- Dite, madame la Gardienne des Contes, pourquoi il y a une balancelle dans votre pièce à Lire ?
- Pourquoi pas ?
Devant cette réponse, faite avec un sourire malicieux, elle haussa les épaules et désigna le livre dont le titre était dissimulé par des mains d’une extraordinaire blancheur pour une dame âgée !
- C’est quoi ce livre ?
- Il raconte l’histoire et les légendes du pays de Mazorgue.
- J’ai justement besoin de savoir des choses sur la légende du Monstre Bleu, vous pourriez me le prêter ?
- Non, ma petite Pernelle, il n’a pas été écrit pour toi !
- Hé ! Vous savez comment je m’appelle ?
- Je sais tout de toi, ton passé et ton présent. Pour ce qui est de ton avenir, il reste encore bien des pages à écrire !
- Je ne comprends pas !
- Ce n’est pas grave… Tu as quelque chose à faire et tu es venu chercher l’aide de la seule personne qui a ce pouvoir. La Conteuse hésitait entre, t’envoyer un lutin dégourdi, un nain bougon ou une gracieuse licorne, pour te guider jusqu’au Pays magique où se trouve la tanière du Monstre Bleu, mais tu l’as prise de cours en venant ici ! Tu es vraiment quelqu’un de très autoritaire qui aime prendre sa destinée en main, sans se préoccuper des autres ! C’est une qualité et à la fois un défaut, mon enfant, qui va te falloir apprendre à maîtriser ! Tes aventures sont écrites pour ça, en partie… Maintenant, il va falloir que tu me fasses confiance, ce n’est qu’à ce prix que je pourrai t’aider. Peux-tu faire ça ?
Quelque chose en elle lui rappela Nounou, quelque chose qui se situait au-delà des apparences, dans le regard. Bien que celui de Nounou était d’un gris tendre et celui de la Gardienne d’un vert lumineux ! Alors, elle hocha la tête d’un air sérieux et pénétré. La vieille dame claqua la langue de satisfaction, fit un geste gracieux de la main et lui ordonna :
- Tourne-toi !
Pernelle obéit, sans l’ombre d’une hésitation, et se retrouva nez à bec avec un immense oiseau multicolore, aux reflets changeants et étincelants ! Surprise, elle recula précipitamment et s’affala sur le tapis. La Gardienne des Contes eut un petit rire amusé avant de reprendre :
- Ma petite Pernelle, Demoiselle du Château de l’Entrague, Princesse du pays de Mazorgue sur la planète de Syllas dans la galaxie de l’Erne, j’ai l’honneur de te présenter l’Oiseau Légende. Peu de personne ont eu assez confiance en leur rêves pour avoir eut l’honneur de le rencontrer en personne ! Sur son dos ont voyagé les plus grands Conteurs de tous les temps qui, à l’aide de ses plumes d’imagination, ont écrit les plus belles légendes des Mondes. Il est venu pour toi, mon enfant, pour te guider, cette toute première fois, jusque dans l’Autre Pays. A toi de trouver la tanière du Monstre Bleu pour, ensuite, défaire ce que tu crois qui a été fait par ta faute !
D’un geste souple et sans effort, elle la souleva de terre pour la hisser entre les ailes moirées et, avec ce sourire si doux qui lui rappela tellement celui de Nounou, la Gardienne des Contes murmura :
- Va, petite Pernelle, va accomplir ce qui doit l’être, pour le Conte et la Légende ! »
L’Oiseau poussa un cri aigu et la pièce vola en éclats plats et colorés qui se dispersèrent dans un ciel rosé.

L’Oiseau Légende plana un instant sur un paysage montagnard et aride, avant de piquer brusquement vers le sol, à la plus grande terreur de Pernelle qui hurla en fermant les yeux. Mais il n’y eut pas de heurt, pas de catastrophe, juste une petite secousse et, sur ses cuisses, le frottement des plumes de l’Oiseau qui refermait ses ailes. Ils étaient par terre, ouf ! Elle se laissa glisser sur le sol et resta longuement assise, les jambes tremblantes. C’est alors qu’elle s’aperçut qu’elle était en sous-vêtement. « Je ne peux pas rester en culotte et en tricot, marmonna-t-elle, de quoi j’ai l’air ? » Elle se tourna vers l’Oiseau Légende, mais il avait disparu et à sa place se trouvait un gros rocher noir ! Elle leva les yeux vers un ciel uniformément bleu, où ne volait aucune créature ailée. Elle soupira avec fatalité, se leva et décida d'explorer les environs. Si la Gardienne des Contes ne lui avait pas menti, elle devait se trouver non loin de la tanière du Monstre Bleu.
Marcher pieds nus au milieu des cailloux n’était pas chose aisée et, après bien des « aies » et des « ouilles », elle repéra l’entrée d’une grotte dans laquelle elle pénétra avec précaution. Que c’était grand, profond et noir ! Et évidemment, elle n’avait pas de bâton lumière, pas de laser qui aurait pu embraser des brindilles, ni même une pierre de feu ! D’ailleurs, il n’y avait même pas une branche qu’elle aurait pu enflammer ! Elle aurait dû demander à la Gardienne des Contes de lui fournir un peu de matériel d’exploration, et aussi des vêtements ! Elle savait qu’elle allait devoir entrer dans une grotte, la Gardienne des Contes le lui avait dit…, enfin elle croyait ! De toutes les façons, il était connu de tous que le Monstre Bleu habitait une tanière et, par définition, une tanière était une caverne et les cavernes c’était des endroits sombres et peu engageants ! Même si le sol était, à présent, tapi d’une épaisse couche de mousse souple, agréable après les cailloux, il y faisait vraiment trop noir ! Elle reculait doucement vers la sortie, quand elle distingua une lueur intermittente, au fond, tout au fond. La curiosité prenant le pas sur la peur, elle s’y dirigea, sans songer qu’elle s’enfonçait directement dans cette cavité qui l’effrayait tant !
Elle arriva bientôt dans un endroit qui l’émerveilla. Des stalactites, accrochées à la voûte rocheuse, scintillaient dans un crépitement joyeux. Fascinée, elle approcha la main des étincelles multicolores, prête à la retirer vivement, à la plus petite sensation de brûlures. Mais il n’y avait pas de chaleur, c’était même un peu froid et humide ! Elle se suspendit à l’une d’elle et finit par en casser un long bout fin, qui ressemblait à une grosse bougie magique d’anniversaire. Voilà, elle avait de la lumière, elle pouvait avancer maintenant. Ce qu’elle fit très prudemment, d’autant plus, qu’à présent, elle voyait où elle mettait les pieds ! La mousse grouillait de petites bestioles bizarres et affairées qui portaient toutes sortes de marchandises en lui jetant des regards furibonds, à son passage. Elle s’amusa un instant de leur frénésie puis entreprit de reprendre sa route tout en veillant bien à ne pas en écraser quelques unes sous ses pieds, qui lui parurent soudain gigantesque. Elle sentit soudain comme une présence et tourna la tête vers les parois pour s’apercevoir que, dans des niches profondes, des yeux rouges la suivaient. Impressionnée, elle ne chercha pas à savoir à qui où à quoi ils appartenaient ! Si elle faisait semblant de ne pas s’inquiéter, les Yeux ne s’occuperaient pas d’elle. Enfin, elle l’espérait !


Suite.

 

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