Par
An
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Le
jour du roi
(1/2)
La Fève Magique
Le bon vent du matin accueillit joyeusement Antoine dans la rue. Il
lui soufflait que la journée serait miraculeusement intéressante,
même s’il n’allait que faire des courses avec sa mère.
Dans un grand magasin, pendant le temps que sa mère remplisse
le caddie, Antoine se baladait entre les rayons avec différentes
sortes de produits. Il remarqua sur une étagère tout en
bas une boite qui brillait d'un air magique. Il était sûr
qu’il n'en avait jamais vue de pareille avant. Et pourtant, c'était
tout simplement une boite de fèves. Curieux, il la prit et la
secoua de toutes ses forces. Mais soudainement, elle lui échappa
et tomba à terre. En faisant un de ces tintamarres des fèves
partirent dans toutes les directions.
Et alors, mon petit coco ! On s’amuse bien ! ?
Eh ! ?
Un grand barbu avec un balai dans les mains surgit devant Antoine. Sa
voix grave et menaçante fit peur au garçon.
Oh, la-là ! Excusez-nous, monsieur ! Sa mère
vint le chercher.
L'air mécontent, celui-ci rassembla les fèves avec son
balai tandis qu'Antoine réussit à en récupérer
une et à la mettre dans sa poche.
S’il te plaît mon minou, ce serait mieux de ne toucher à
rien ici, lui dit sa maman. Viens plutôt jouer dans ta voiture
préférée.
Au milieu du magasin, il y avait un endroit, spécialement aménagé
pour les enfants, avec une voiture de course, une moto et une vache
à roulettes pour les tout petits. À ce moment il n'y avait
personne et Antoine courut vers la voiture de course.
Sois sage ! lui rappela maman. Je vais me dépêcher
de faire les courses. Puis elle s'éloigna avec le caddie.
Ça, c’est chouette, pensa Antoine en s'installant dans
la voiture de course. Il adorait cette voiture aux lumières clignotantes,
pleine de boutons faisant des bruits bizarres. Bien évidemment,
pour la faire bouger, il fallait mettre une pièce dans une espèce
de bouche, que maman appelait la fente. Antoine chercha dans ses poches,
mais il n’y avait rien que la fève. Alors, il poussa la
fève dans la fente. Ce n'était pas si facile, mais il
finit par réussir.
Et le moteur démarra bruyamment: "Broum ! Broum !"
Avec toutes ses ampoules allumées la voiture quitta sa place
et partit tout droit au fond du magasin. Antoine remarqua qu'elle prenait
la direction "Jouets ", où derrière des
montagnes d'étagères se dressait un château avec
de grandes tourelles décorées de drapeaux.
Le Vieux Lapin
Passant tout près d’une grande maison de poupée
Antoine aperçut sur la terrasse un Vieux Lapin, qui se balançait
dans un fauteuil en train de lire une feuille de choux. Stupéfié
Antoine appuya sur les freins pour arrêter la voiture.
Dites donc, voyez-moi ça ! C’est ça leur annonce,
alors ? lut le Vieux Lapin à haute voix. Allez donc chercher
midi à quatorze heures ! À mon avis, ils exagèrent,
ces oiseaux-là !
Et puis il regarda le garçon à travers ses lunettes.
Oh, la-là ! Vous êtes en retard, mon cher ! Je
pense que tout le monde est déjà arrivé, ajouta
-t- il.
Quelqu’un m’attend ? s'étonna Antoine qui ne
s'attendait pas du tout à ce que des lapins parlent et mènent
une vie civilisée.
Mais oui, jeune homme, justement, midi à quatorze heures, voyons !
Dans le château du Grand Duc ! fit le Vieux Lapin en mangeant
entre-temps toute entière sa feuille de choux.
Ce n’est pas le château qu'on voit là-bas ?
lui demanda alors Antoine, qui n’en croyait toujours pas ses oreilles.
Oui, c'est par-là ! Tout droit, et puis aux Quatre coins
il faut prendre le petit chemin à l’envers, c’est
un raccourci, lui conseilla le Vieux Lapin en pointant vers les montagnes
d’étagères. À cet instant, l’air occupée
la Mère Lapine apparut à la fenêtre.
Les carottes sont cuites ! annonça-t-elle. Et le Vieux Lapin
disparut dans la maison dans un seul bond, ce qui était assez
étonnant pour son âge...
Encore plus surpris, Antoine vit un petit lapereau sauter dans la voiture,
chantant et tapotant des pattes :
Boum ! Boum ! Boum !
Mais qui es-tu donc ? lui demanda le garçon.
Je m’appelle Galopin, se présenta-t-il en regardant avec
inquiétude vers la fenêtre.
Et comment ça se fait que tu parles ? continua de l'interroger
Antoine.
Voyons, Galopin le regarda étonné, je ne suis tout de
même pas un poisson ! Vas-y, démarre vite, avant que
ma mère ne me voie !
Il sautillait d’impatience.
Je veux aussi aller avec toi au Château du Grand Duc !
Et tu sais peut-être ce qu'on va faire là-bas ? demanda
Antoine.
La Galette des Rois !
Galopin tapota dans ses pattes.
Et après on va faire la fête : « Boum » !
Eh bien… Antoine réfléchit, car il se souvenait
qu’il fallait rester sage. Mais l'idée de visiter le Château
du Grand Duc lui semblait vraiment très attirante…
Bon, juste un petit tour et puis en s'en va ! accepta-t-il.
Galopin lui montra le chemin :
Prenons d’abord la route Poivrée à droite.
Ils passèrent devant des étagères avec différentes
formes de boîtes de sel et toutes sortes de poivres et d’épices.
Et maintenant ici à gauche, par le passage de l’Arbre Sec,
dit Galopin en pointant de sa patoche le rayon des plantes, dans une
grande galerie vitrée.
Jeu
à Chat
Mais soudainement, avec des balbutiements " Broum ! Broum !
Psh ! ", la voiture s’arrêta au milieu du
passage entre des rangées des pots avec différentes plantes,
grandes et petites, avec et sans fleurs. Devant eux, sur une pelouse
verte on pouvait voir aussi, dans un grand pot, un arbre tout desséché...
Antoine avait beau tourner le guidon en sautillant de toutes ses forces,
la voiture ne voulait plus bouger.
Eh, Galopin ! C'est encore loin ? demanda-t-il. On peut peut-être
y aller à pied ? Sinon, il faut chercher une pièce
ou … une autre fève.
Un bruit et un chuchotement retentirent derrière l’arbre
desséché.
Coucou ! Galopin ! entendirent-ils une toute petite voix.
Mais c’est qui cet oiseau-là ? Antoine regardait tout
autour d'eux. Un coucou ?
Boum ! Ce sont des copains, une bande de lapins ! Galopin
bondit vers des arbustes plantés dans des grands bacs autour
de la pelouse, comme s'il avait déjà oublié Antoine
et leur voyage.
Attends-moi ! l'appela Antoine en sortant de la voiture.
Chat ! Chat ! On joue à chat ! criaient les lapins
en courant partout entre les plantes. Antoine se lança à
la poursuite de Galopin, qui s'éloignait à grands bonds.
Ah, toi aussi, tu joues ! entendit Antoine. Il vit un des lapins
courir après lui.
Gare à ta peau ! l'avertit Galopin. Rejoins la perche tout
de suite !
Mais c’était trop tard. Le lapin cria « Chat ! »
en touchant Antoine. Le pauvre garçon vit apparaître des
poils gris sur ses bras. En un instant, il se transforma en véritable
chat avec une fourrure des plus soyeuses, des pattes douces et même
une queue !
Je ne veux plus jouer à votre jeu ! s'écria-t-il
horrifié.
Boum ! Galopin galopa vers lui pour le consoler. N’aie pas
peur ! Il n’y a pas de loup ici !
Dis donc, mais qu'est-ce que va dire maman ? Antoine se regarda
désespérément.
Miaou ! miaula-t-il. Je veux redevenir un garçon normal
et sage, comme avant !
Eh, pour cela il faut appeler un chat un chat, lui expliqua Galopin.
Trouve un vrai chat parmi les lapins.
Antoine regarda à droite et à gauche. Les lapins, perchés
sur les pots de plantes, l’observaient.
Mais il n’y a pas un chat ici, dit-il d’un air boudeur.
Il y en a un, lui chuchota Galopin. Il a été vendu au
marché comme lapin.
Chat ! Chat ! Vas-y, débrouille-toi ! À
nouveau les lapins partirent à la débandade. Quant à
Antoine, il pleurait presque.
Souris
Blanche et Chat Bleu
"Clic ! Clic ! "
Des cliquetis venaient d’en bas.
Antoine baissa la tête et vit une petite souris blanche, qui courait
entre les herbes en faisant de petits cliquetis avec son sac. Le plus
étonnant n’était pas sa jupe rouge à pois
blancs, mais le fait qu’elle parlât toute seule :
Oc ! Oc ! Je suis en retard ! Je vais encore être en
retard chez les Gardes des Sous. Puis elle sortit une petite lampe de
poche, afin d’éclairer son chemin.
" Clic ! Clic ! " cliquetait son sac à
main.
Antoine n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles.
En trottant la petite souris blanche continuait de marmotter :
Oc ! Oc ! Qu’est ce qu’ils vont dire ces messieurs
à la banque ?
Puis la souris s’arrêta et ouvrit son petit sac rouge de
ses pattes.
Miaou ! Mais elle compte des sous ! s’étonna
Antoine en se penchant pour mieux voir les pièces. Son ombre
couvrit la souris.
Celle-ci s’effraya :
Le chat ! Le chat ! Au secours ! Oc ! Oc !
Affolée, elle se précipita entre les herbes, en perdant
des pièces.
Miaou ! Je ne suis pas un chat, objecta gentiment Antoine,
plutôt un minou, comme dit souvent maman… Mais la souris
avait déjà disparu entre les herbes des pots.
Antoine regarda les pièces de monnaie par terre.
Etonnante, cette souris, pensa-t-il. Il faut que je lui rende ses pièces.
Des pièces ! Des pièces, dont il avait justement
tant besoin pour redémarrer sa voiture !
Ce n'est pas grave si je lui en emprunte quelques-unes, du moins jusqu’à
ce que ma dent tombe… décida-t-il.
Une idée géniale lui vint alors à l’esprit.
Retournant vers la pelouse, à ses risques et périls, Antoine
cria :
Je donne ma langue au chat !
Pour être explicite, il tira fort sa langue.
Et ça marcha !
Un brave lapin courut vers lui. Tout de suite Antoine le toucha en criant :
Chat ! Chat !
Effectivement, en miaulant "Miaou !" le lapin se transforma
en chat, tandis qu’Antoine, en un clin d'œil, redevint garçon.
Il mit les pièces dans la poche et puis examina ce chat tout
bleu. Apparemment, le chat n’était pas sauvage. Il faisait
des câlins en se frottant contre les pieds d’Antoine.
Je vais t’appeler Minou Perché, décida-t-il. Mais
le caressant, il vit soudainement une puce accrochée à
l’oreille du chat.
Pouah ! Tu as des poux ! lui fit-il remarquer.
Miaou ! C’est ma puce de compagnie, miaula Minou Perché
fièrement. Je l’appelle Sauttise Electronique, elle est
très intelligente.
La puce sautait sur place en saluant Antoine de sa petite patte.
Eh ! Bonjour Sauttise ! fit Antoine.
Boum ! Boum !
Galopin galopa vers eux.
Alors, qu'est ce que tu fais là ? On y va ? !
Antoine sortit ses pièces et invita aussi bien le chat que sa
puce à les suivre.
Venez avec nous, proposa-t-il.
De la monnaie ! La puce Sauttise sursauta sur la tête du
chat, dès qu'elle vit les pièces
Je connais le chemin du Marché aux puces. Ça saute là-bas !
On y va ! Vous ne le regretterez pas !
Tu veux qu'on y cherche encore des petites bêtes ? demanda
Antoine.
Miaou ! Nous y retrouverons Mémé, que j'avais perdue,
se réjouit aussitôt Minou Perché.
Alors allons-y vite, et que ça saute ! s'excita Sauttise en sautillant
sur la tête du chat.
D’accord, d’accord... si vous voulez, céda Antoine,
mais seulement un petit tour et puis on s'en va…
Après avoir traversé toute la galerie des plantes, Antoine
suivit la flèche «bonnes affaires », comme le
lui conseilla à l’oreille la puce Sauttise.
Marché aux Puces
Au marché, tout grouillait pêle-mêle... Il y avait
beaucoup de monde, d’apparence diverse. Les puces minuscules sautaient,
à pas de puce, à gauche et à droite entre les marchands
et les acheteurs…
Allez, allez, il est bon, il est bon mon jambon ! criait un charcutier.
Prenez le meilleur morceau, le plus beau !
Chou blanc ! Chou blanc ! Pas cher ! criait un autre
marchand. Une feuille de laitue pour madame la Tortue ? !
Et avec ceci ?
Discrètement, Galopin voulut tirer une carotte de son stand,
mais il le remarqua aussitôt et le chassa.
Ouste ! Pas de carotte, petit lapin !
La tête d’Antoine ne cessait de tourner de droite à
gauche. De tous côtés, il entendait :
Un coup d’œil !
Pas cher !
Un coup de pouce !
Pas cher !
Et avec cela ?
Chemin faisant, entre les stands, Antoine fasciné s’arrêta
près du marchand du sable. Celui-ci vendait de jolis sabliers,
remplis de sables de toutes formes et couleurs, qui comme un temps imaginaire
s'écoulaient devant les yeux !
Nouveau ! Sable coquillier ! cria le marchand. Un rêve !
Il vendait aussi du sable fin, très fin, et aussi du gros sable,
du sable jaune, rouge, blanc, gris… Cela donnait vraiment envie
à Antoine de faire le château de ses rêves…
Messieurs,
dames, approchez-vous ! appela d’une voix forte une bergère
qui était en face.
Minou Perché s’approcha tout de suite, en regardant le
lait et le fromage d’un petit air fripon.
Si tu y mets la patte, tu auras du bâton ! prévint
la bergère en colère.
Miaou ! C'est une folle ! miaula Minou Perché en se
retirant.
À côté des produits fermiers, un autre marchand
vendait des spécialités italiennes et différentes
sortes de pâtes.
Ce sont des macaronis ! Les macaronis ! cria-t-il. Mais dès
qu’il entendit la fermière en colère, il attrapa
le chat.
Oh ! Oh ! Antoine, viens vite ! appela Galopin. Minou
Perché est en danger !
Antoine se retourna. La voix du marchand était assourdissante :
Achetez ! Achetez un chat en sac ! Pas cher ! Pas cher !
Monsieur, monsieur, mais c’est mon chat ! Antoine protesta
devant lui. Mais c’était en vain, car le marchand l’ignorait
complètement.
Allez, laissez vite mon chat et que ça saute ! Excitée,
Sauttise sauta sur le marchand, qui faisait semblant de ne pas la voir
non plus.
Mais tout à coup une vieille dame apparut dans la foule.
Minou ! Minou ! Mon gentil minou ! appela-t-elle.
Elle demanda aussitôt au marchand, pleine d’espoir :
Mon chat n’est pas perdu, monsieur, vous l’avez donc trouvé ?
Confus, le marchand s’arrêta aussitôt de crier et
se tourna vers la dame.
Eh... Donnez une récompense, madame, et il vous sera rendu !
répondit-il en espérant gagner quand même un peu
d’argent, mais la dame le surprit avec un baiser. L’air
gêné, le marchand vida immédiatement son sac.
Miaou ! C’est la Mémé ! Minou Perché,
heureux, se retrouva dans les bras de la vieille dame, tandis que Sauttise
sauta à son tour sur l'oreille d'Antoine.
Au revoir, Antoine ! miaula Minou Perché. Tu peux garder
ma puce de compagnie, si tu veux.
Salut Minou ! Porte-toi bien et que ça saute ! Sauttise
sursauta sur l’épaule d’Antoine.
Antoine
se baladait au marché avec Galopin et Sauttise.
Gentil coquelicot, mesdames, gentil coquelicot nouveau ! chanta
une fleuriste.
Boum ! Ça alors, c’est le Bouquet ! s’exclama
Galopin. C'est mon Papy.
Effectivement, parmi les bouquets posés dans les seaux d'eau,
Antoine aperçut le Vieux Lapin, qui tenait une grande horloge
entre les pattes. C'était une vieille horloge avec un magnifique
cadran plein d’images et deux grandes aiguilles.
Je vous ai attendu ici une heure d’horloge, leur dit-il en montrant
le cadran, où une aiguilles pointait sur l’image d’un
petit poussin en couronne d’or. Vous nous faites perdre notre
temps !
C’est grave ? s’inquiéta Antoine, qui, à
vrai dire, ne pouvait pas comprendre l’heure qu’il montrait.
Non, ce n'est pas grave, dit Galopin calmement. Et de toute façon,
chez nous on peut toujours rattraper le temps perdu.
Eh bien ? ! Comment ça alors ? s'intéressa
Antoine.
Comment ? Tu ne le sais pas ? !
Sauttise sautilla sur son oreille.
C’est simple pourtant : il faut juste reprendre le temps
quand il vient !
Et vous savez, bien sûr, d’où il vient ? demanda
Antoine.
Chez nous, c'est par le Fleuve du Temps, lui expliqua le Vieux Lapin.
Celui qui coule dans le pré. La bonne heure est là-bas,
ajouta Sauttise en sautant sur son épaule. Si tu veux, on y va !
proposa-t-elle.
Alors ça, on ne peut pas manquer de le visiter ! décida
Antoine. Mais d'abord, je voudrais acheter une gourde pour prendre un
peu de temps dans ce Fleuve. Il empoigna quelques pièces dans
sa poche.
Ah, oui ! Tu peux prendre tout ton temps là-bas, confirma
le Vieux Lapin.
Vendeur
de Coquilles
Antoine
acheta une gourde à un marchand qui était en réalité
un Gros Escargot. Il vendait différentes sortes d’objets,
et aussi des coquilles vides.
A qui vendez-vous vos coquilles, monsieur ? Antoine était
très surpris de voir toutes ces coquilles vides aux tailles,
formes et couleurs différentes.
Aux perdus du pays, mon grand, répondit l’Escargot. Tu
n’es pas du pays, toi ?
En fait, ici, c’est quel pays, monsieur ? l'interrogea Antoine,
qui avait l’impression d’avoir quitté l’espace
du magasin déjà depuis quelque temps.
Nous sommes au Pays de Coqualâne, mon grand, expliqua l’Escargot.
Autrefois, à l’époque du Grand Coq Gallois, ce pays
s’appelait Coqlande, mais après l’arrivage massif
des ânes, dont nous ignorons toujours la raison, le nom a été
changé en Coqualâne.
Antoine regarda les habitants de Coqualâne autour de lui :
des animaux et des gens, des coqs et d’autres volatiles bien sûr,
et puis des puces et des crustacés, grands et petits, il paraît
qu’ils s’entendaient plutôt bien entre eux, et même
il en arrivait à les confondre, car parfois les gens lui semblaient
ressembler tellement aux bêtes...
Tu sais, tout est possible dans notre pays, continua l’Escargot,
même une toute petite bête peut devenir une grande bête,
comme par exemple un âne. Et toi, tu es de quel pays ?
Je suis de mon pays… fit Antoine.
Mais il est où, ton pays ? redemanda l’Escargot, curieux
lui aussi.
Je ne sais pas… A vrai dire, Antoine ne savait pas comment l'expliquer.
Eh, voilà un pauvre enfant qui a perdu son pays ! constata
une Limace, qui se trouvait à ce moment à côté
d'Antoine. Elle avait entendu toute leur conversation.
Et moi, hélas, j’ai perdu ma maison ! soupira-t-elle.
Pour une perdue, deux de retrouvées ! On a de jolis lots !
lui proposa l’Escargot devant ses coquilles.
Alors la Limace se glissa sur le stand en examinant des jolies coquilles.
Mais oui, ma petite dame, l’Escargot retourna vers elle en lui
faisant la causette. Ce n’était pas très prudent
de quitter sa coquille un jour de pluie ? !
La Limace lui fit une grimace.
Mais je ne pouvais plus rester enfermée dans une coquille toute
la journée, fit-elle.
Bien sûr ma chère, c’est une bonne raison !
continua l’Escargot. Mais par exemple mon cousin Frérot
Jacques, lui, ne quitte jamais sa coquille.
Vous avez raison. C’était tellement triste de perdre sa
maison !
La Limace fit encore une grimace.
Antoine regarda de près la Limace.
Avez-vous perdu la raison, madame ? lui demanda-t-il. De quoi parlez-vous ?
On parle de la pluie et du beau temps, mon grand, répondit l'Escargot
à la place de Limace, qui était occupée à
essayage d'une énorme coquille rose.
Faisant de drôles de grimaces, la limace se retourna vers Antoine.
À l’époque, quand j’étais mince, je
me glissais sans effort dans ma porte, lui raconta-t-elle. Hélas,
un jour après la pluie j'avais tellement grossi que je n’arrivais
plus à y rentrer.
Elle se faufila finalement dans la coquille rose.
Ah ! Ça c’est une coque ! se réjouit-elle
enfin. Vous pensez que la couleur me va bien
L’Escargot lui montra un miroir.
Très jolie ! Et de plus, rose bonbon, ça n'attire
pas trop l'attention des corbeaux.
Elle est très légère cette coquille, alors je pourrai
la porter partout avec moi !
La Limace se tourna de tous les côtés devant le miroir.
Et puis, contente de son achat, elle glissa de son sac avec ses cornes
une pièce pour l’Escargot.
Quelle idée folle d’aller se promener sous la pluie, marmonna
Antoine, qui entre-temps aperçut parmi les coquilles un grand
œuf doré.
Suite.