haut
A neophyction : Science fiction et fantastique
Accueil - Auteurs et oeuvres - Forum - Liens - Divertissements - Webmasters - Salmigondis - Boutique - Contacts - ?

 

  Sous-menu :

 • Les écrivains
   - de Seby
 • Les dessinateurs
  Classements
      —
  Les écrivains :
  - par votes
  - par nombres
      —
  Les dessinateurs:
  - par votes
  - par nombre
 
  Pour les enfants
   
  Croquemonster
  Alphabounce
idées cadeaux   


Par Pierre Tiacevin

Votez pour cet auteur

L'auteur :
L'histoire :
La noter :

La marche des gobelins
(1/3)


Le jour déclinait rapidement dans l’ébauche de camp et Shtark se hâtait de rejoindre le rassemblement qui s’était formé près de la tente du chef.
Aerk Tshlek avait déjà commencé à parler, ou du moins il agitait ses bras couverts de poils grossièrement tressés en débitant son discours le plus vite possible. Ce qui donnait approximativement ceci :
« Bande de manges-merdes, z’écoutez jamais rien quand j’cause ?!? » Exultait-il, « Je m’en tape le groin que vous ayez mal aux pieds, si jamais les Grands pigent qu’on s’traîne, ils viendront couper ma tête et vingt autres pour le plaisir !»
En réalité Aerk Tshlek n’avait pas réellement de groin, bien que son nez ne soit plus qu’un amas de chair replié en tas informe, laid même pour la mode locale. Le chef était en fait un gobelin, comme le reste de la bande. Tournant sa grosse tête au cheveu rare, il aperçut Shtark et ses longues oreilles eurent une crispation convulsive :
« Te v’là sale bouseux, toujours a traîner derrière pour éviter la bagarre, hein ? Tu peux être sûr que j’t’arracherai tes sales yeux de couineur bien avant que les Grands viennent nous massacrer ! »
Shtark tordit sa bouche mais la garda bien close, mieux valait s’écraser quand le chef piquait sa crise. Surtout que ce n’était là que le premier couplet, la suite ne se fit pas attendre :
« Ce foutu Castel-Blanc est encore à cinq jours de marche et ces salopiaux veulent commencer la bagarre dans juste quatre jours ! Même si on marche sans s’arrêter jusqu’au bout, c’est pas sûr que ces maudits orques aient laissé une seule pierre du château quand on arrivera ! »
A présent ses yeux abritaient une dangereuse lueur de folie et tout le monde détournait soigneusement la tête. Shtark vit que même le grand Yelhoïd, dont les bras touchaient le sol et qui affichait en permanence un petit sourire satisfait, ne semblait pas tranquille et passait nerveusement sa longue langue sur les poils de ses lèvres. Le chef poursuivit sans interruption :
« Je pars dix minutes en éclaireur et vous, vous montez le camp dans mon dos comme des matrones boiteuses qui ont trop marché pour leurs gros culs ! On repartira dès qu’i fera jour, et là on marchera jusqu’à ce que vous ayez tous râpés vos sales guiboles tordues, PIGE ?? »
Un concert de grognements soumis lui répondit. Aerk Tshlek, les yeux toujours exorbités, hocha brièvement la tête, se fraya un passage à travers le cercle à coups d’épaules et rentra dans sa tente personnelle, trois peaux de vaches tendues sur des piquets boueux.
Shtark observa le camp en grinçant des dents : seules cinq tentes avaient été montées avant l’engueulade, et pas la peine de sortir les autres après ça. De plus, après le savon que le chef lui avait passé, personne ne voudrait dormir dans la même tente que lui. Résigné, il se mit à chercher un trou où passer la nuit.

* * * * *

Une longue gueulante réveilla Shtark en sursaut. Il avait dormi la tête appuyée contre la racine d’un arbre mort et il eut la désagréable impression qu’on lui avait brisé la nuque, tellement le torticolis obtenu était sévère. Grognant de douleur, il s’aperçut que son abcès au flan avait encore suppuré. Il l’avait récolté deux mois auparavant pendant la traversée des marais de Sreïmoloc, le presser le faisait couiner et impossible de s’en débarrasser sans le shaman. Le vieux grincheux qui faisait office de guide mystique était avec le reste du clan, loin dans les montagnes, ce qui faisait bien l’affaire d’Aerk Tshlek, lui et Niob Tsouek ne pouvant pas se supporter.
Le camp fut levé en un temps record, et pour cause, moins d’un quart du bazar avait été descendu des chariots. La troupe se mit en marche dans un concert de bruits divers : jurons, cliquetis d’armes, meuglements des attelages, coups de pieds, cris étouffés et, d’un ton par-dessus le tout, les hurlements du chef exhortant la bande à avancer plus vite.
La marche démarra à un régime plus que soutenu, la route pavée des humains permettant des déplacements rapides. Cabanes de bergers incendiées et troupeaux massacrés et dépecés à la va-vite se succédaient. Apparemment les humains n’avaient pas été avertis de l’arrivée de l’armée du Grand Chef orque, comme l’attestait ce corps empalé au milieu des restes de son troupeau, ces deux jambes dans le fossé droit de la route et le reste dans le fossé gauche. Le seul commentaire vint du cuisinier Bluark, un gros lard à face de pioche :
« Humains et moutons morts depuis trop longtemps, même les corbeaux en veulent plus. », effectivement l’odeur était dérangeante même pour les gobelins.
Bluark secoua sa tête carrée, il n’aimait pas le gâchis.
« C’est bougrement dommage, le ragoût au mouton ou à l’humain changerait des meurks …», conclu-t-il pendant que la bande s’éloignait du charnier avec quelques commentaires appréciateurs.

* * * * *

Ni les ventres vides ni la pluie battante ne purent ralentir les gobelins ce matin là. Un seul coup d’œil à la mine du chef redonnait des ailes au plus fainéant des guerriers. Pour sa part Shtark ne sentait plus ses pieds quand la première halte fut ordonnée, alors que le soleil débutait sa descente, invisible derrière de lourds nuages noirs. S’appuyant au chariot le plus proche pour soulager ses jambes de son poids, le gobelin observa la discussion entre Aerk Tshlek et ses lieutenants d’un œil voilé.
« On pourra pas tenir à c’te vitesse, chef, les meurks vont nous clamser dans les doigts avant ce soir » exposa calmement un vieux gobelin qui en avait vu d’autres, tout en jetant un regard appuyé aux petites vaches des montagnes qu’ils utilisaient pour tirer les chariots.
« Et on s’ra trop crevé pour la bagarre si on ralentit pas ! » approuva un de ses homologues, un grand gars au teint jaunâtre.
Le chef semblait s’être calmé sous l’action combinée de la pluie et de la marche. « T’as p’t’être raison Vrek », dit-il en grimaçant malgré lui. « Mais si on arrive après que les orques aient fini le boulot, tu peux être sûr qu’on y aura droit ! »
Le dernier lieutenant prit la parole avec véhémence : « On aurait jamais du suivre ces pourris de Grands ! Mais ils nous ont pas laissé le choix ces salauds ! Maintenant on a plus qu’à espérer que ces humains plantent la tête du Grand Chef sur une pique avant qu’on arrive ! »
« Les humains de Castel-Blanc sont des faibles ! » cracha Aerk Tshlek. « Aucune chance qu’ils matent les orques, et s’ils le faisaient ce serait des flèches pour nous à la place des gourdins orques ! »
Vrek en bavait de contrariété mais le chef avait vu juste, et tous acquiescèrent. Se tournant vers le reste des gobelins, Aerk Tshlek cria :
« Bouffez quelque chose en vitesse, bande de bouseux ! On repart dès que les meurks ont fini de boire ! »
Shtark se redressa et se dirigea vivement vers le chariot des vivres, où Bluark distribuait pour l’heure des coups de louches à ceux qui grimpaient sur son domaine.
« Formez la ligne misérables ! »beuglait le gros à l’entourage. « Pas de viande avant que tout le monde soit en ligne »
Shtark grogna de concert avec ses voisins et bouscula par derrière un archer qui lui arrivait au menton pour prendre sa place. Le petit s’affala dans la boue et se fit piétiner par trois ou quatre paires de pieds avant d’avoir pu se relever. Il jeta un regard haineux à l’entourage sans parvenir à découvrir le responsable et se dirigea vers la fin de la file qui s’allongeait rapidement, pour le plus grand plaisir du malfaisant qui décrocha sa gamelle cabossée : rien de tel pour vous ouvrir l’appétit !

* * * * *

suite

 

          Site construit en francais-übersetzt mit google-translated with google

   ———
   ———
   ———
  Le forum   
   ———
   ———
  Protégeons la planète
 Affichez moi sur votre site ! :)
   
AvertissementSite déposé sur CopyrightFrance