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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Sef

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(2/2)

J'attendis deux heures du matin, vérifiant si de ma fenêtre rien n'était visible. Il n'y avait plus aucune lampe allumée, et la nuit sans lune laissait la cour intérieure dans une forte pénombre. Je devinait bien quelques lumières dans quelques chambres, mais rien de bien particulier. Après avoir plaqué mon oreille contre la porte, et sûr de n'entendre aucun bruit, je pénétrais dans le couloir éteint. Tâtonnant tandis que mes yeux s'habituaient à l'obscurité, je faisais en sorte de faire le moins de bruit possible. Je m'étais bien sûr vêtu de noir, marchant pied nu afin d'être le plus discret possible. Dans les faits, rien ne m'interdisait de me promener la nuit dans le centre, mais comme mes intentions n'étaient pas nobles, je préférais jouer la carte de la prudence.
Tant bien que mal, je descendis les escaliers et finis par atteindre le rez-de-chaussée. Puis non sans difficulté, je trouvais un accès vers l'aile nord du bâtiment qui, d'après mes repérages, correspondait aux entrepôts et cuisines du centre. Je devais avoir parcouru environ 50 mètres à travers un dédale de couloirs, lorsque des bruits de pas me parvinrent. Aussitôt, sans attendre de voir de quoi il s'agissait, je me mis en quête du premier abri disponible. Il se révéla être le dessous d'un escalier de service coincé entre deux murs. Une porte s'ouvrit non loin de moi, et je vis un rayon de lumière s'engouffrer dans un couloir situé à une dizaine de mètres. Rapidement de multiples ombres passèrent, tandis que le bruit de pas était désormais très présent. Je devinais qu'une foule assez conséquente se déplaçait en direction de l'est, et certain qu'il s'agissait là d'une aubaine à saisir, j'attendis d'être sûr que la foule soit passée pour sortir de ma planque et aller voir de quoi il s'agissait. M'approchant de la fenêtre la plus proche, je vis des lumières qui s'éloignaient en dehors du centre par le biais d'une grande porte que je n'avais encore jamais vue. En effet, cette partie du centre était inaccessible visuellement si l'on n'était pas dans l'aile nord. Furieux d'être arrivé trop tard pour voir précisément ce qu'il s'était passé, je décidais de sortir du centre coûte que coûte afin de savoir ce qui se cachait derrière cette escapade nocturne. Il n'était pas question de passer par le même chemin qu'avait emprunté ce groupe, car bien que la porte était toujours ouverte, elle était gardée par un homme à la carrure imposante qui se dessinait dans l'encadrement. Je n'avais pas souvenir d'avoir vu un tel mastodonte dans le centre, et ce détail attisait encore plus ma curiosité. Décidant de contourner par l'aile sud, je cherchais la première fenêtre susceptible de s'ouvrir. Je finis par trouver un étroit vasistas d'aération dans lequel je passa à peine. Heureusement je suis bien bâti mais assez sec et souple, et je pus finalement me retrouver à l'extérieur, non sans quelques efforts.
Repérant les lumières s'engouffrant dans la forêt située au nord du centre, je les contournais pour mieux les approcher. Durant ce que j'estime être environ trente minute, je suivis les feux tant bien que mal à travers les bois. Puis ceux-ci stoppèrent, et je vis alors qu'on embrasait un grand feu au centre d'une petite clairière. M'approchant afin de mieux voir, mais gardant mes distances pour de ne pas me faire repérer, je me mis à observer cette étrange scène nocturne.
Il y avait environ une trentaine de personnes assises sur le sol Je reconnu la plupart comme des clients du centre, entourés par une dizaine de membre du personnel, et cinq gros bras qui se tenaient quant à eux debout. Je n'avais jamais vu aucun de ces types taillés comme des champions de bodybuilding, qui tels des statuts attendaient patiemment, les bras croisés et les visages impassibles. Le groupe formait un demi-cercle face à un feu de bois assez conséquent, dont les flammes dansaient dans la nuit profonde. Personne n'émettait le moindre son, ne faisait le moindre mouvement, tous semblaient attendre patiemment, calmement.
Au bout de quelques minutes d'attente, plusieurs silhouettes se découpèrent dans la pénombre du bois. Ces silhouettes, qui arrivaient face au groupe, étaient cachés par le feu. Ma position me permettait de les voir assez bien, et au fur et à mesure que ces mystérieux personnages approchaient de la clairière, je commençais à deviner des silhouettes longilignes accompagnées de plusieurs gardes du corps toujours aussi bien taillés. S'approchant du feu, les corps devinrent plus aisément identifiables, et je reconnu cinq silhouettes féminines, quatre très longilignes et une cinquième pulpeuse, toutes revêtues de longues capes et de capuches qui cachaient leurs visages. Quand aux tas de muscles qui les accompagnaient, ils étaient au nombre de cinq.
Toutes ces armoires à glace étaient légèrement vêtues de la toge traditionnelle du centre, et je ne voyais aucune arme et peu d'endroit pour qu'ils puissent vraiment en dissimuler. Je trouvais étrange cette nécessité d'être entouré de pareils monstres, alors que n'importe quelle arme était plus efficace que des muscles. Hélas, cette constatation démontrait à quel point je ne comprenais rien à ce qui se déroulait, que je commençais à peine à dévoiler certains secrets.
Les femmes prirent placent entre le feux et le groupe, formant un cône, la plus grande devant, celle aux formes plus généreuses sur sa gauche en arrière. La plus avancée retira sa capuche, et je reconnu les traits si particuliers de la directrice du centre, bien qu'elle avait dessiné sur son visage des formes abstraites qui lui donnaient une expression assez particulière.
Puis elle fit un signe de la main aux gens face à elle, et ils se prosternèrent tous aussitôt. Elle se mit alors à leur parler, mais le crépitement du feu couvrit ses paroles que la distance atténuait déjà, et je ne compris pas le moindre mots. J'aurais alors souhaité être plus près, mais les gardes observaient régulièrement autour d'eux. Il était de plus inutile de prendre des risques, alors que j'avais tout de même l'occasion de récolter un bon nombre d'information.
Son discours fut assez bref, puis elle fît un geste vers la femme à sa gauche. Celle-ci s'approcha, et sortit de sous sa cape une boîte qu'elle ouvrit, révélant de multiples flacons. Alors la prêtresse des lieux invita son cercle d'initiés à se lever, et à prendre chacun un petit flacon. Tous les clients du centre et les membres du personnel eurent droit à leur flacon, hormis les gardes qui s'étaient éloignés de leur position, ayant agrandi de manière conséquente leur cercle de surveillant. Ils s'étaient d'ailleurs approchés de moi.
Chacun ayant alors son petit flacon à la main, ils attendirent avidement un geste de leur prêtresse pour absorber leur mystérieux contenus. Ceci fait, ils rangèrent tous leur petit flacon dans la boîte, puis commencèrent à se disperser dans le bois comme si de rien n'était. La prêtresse et ses consœurs s'éloignèrent à leur tour, repartant d'où elles étaient venues, toujours accompagnées de leurs gardes particuliers.
Quand à moi ma situation n'était déjà pas réjouissante, de plus en plus approchée par des membres du groupe, lorsque soudain retenti un cri horrible, plus animal qu'humain. Pourtant il provenait bien d'une femme, qui prise d'une crise de démence se mit à courir à travers bois, déchirant ses vêtements et se roulant dans la terre. Quel effroi fut le mien lorsque autour de moi, tout ceux qui avaient absorbés l'étrange élixir se mirent à réagir de la même manière. Je me mis à comprendre, ils avaient absorbés un puissant narcotique désinhibiteur des instincts animaux. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils se mirent tous à se poursuivre les uns les autres, soient pour se battre en mâle prédateur, soient pour s'accoupler dans une fougue sauvage et bestiale.
C'était irréaliste, je les entendais gémir et crier, se prenant nus les uns les autres à tour de rôle sans chercher à comprendre, tout raisonnement humain ayant disparu de leur cerveau. De plus, je devais me cacher sous les branchages, car ils couraient et s'ébattaient près de moi sous le regard impassible des gardes, restés pour les surveiller, ou les protéger de leur propre folie. Je n'osais plus bouger, le temps paraissait interminable.
Deux ou trois heures se passèrent ainsi, témoins de cette folie qui me ramenait à une autre époque de l'humanité, une époque que je croyais oubliée dans les origines de notre histoire. Mais le plus dur n'était pas passé, et je n'y crus pas lorsque je vis une femme nue et plaine de terre se diriger vers moi. Elle m'avait certainement repérée à l'odeur, puisqu'elle ne devait plus réagir qu'à ses seuls instincts. Elle se rua sur mon sexe, arrachant mon pantalon avec une sauvagerie inouïe. Elle m'embrassa sauvagement, déversa en moi un arôme qui me perturba profondément. Le désir alors m'enivra, et me poussa à satisfaire les désirs de cette sauvage en rut. Bien que conscient de mes actes, je ne pus m'empêcher de la prendre, de lui donner ce qu'elle désirait tandis qu'elle me griffait le corps.
Cela ne dura pas, l'excitation était trop grande. Mais la bête en voulait plus. Heureusement la délivrance de l'orgasme m'avait quelque peu remis les idées en place, et je pus me dégager de son étreinte. Voyant que mon seul recours était la fuite, je me mis à courir éperdument dans la direction que je jugeai la plus opposée à celle des gardes. Je courus à perdre haleine, suivi quelques temps par la sauvage, qui finie par se lasser pour se chercher un autre partenaire. Je m'écroulais alors dans un prés, haletant et mort de fatigue.
Reprenant mon souffle, j'écoutais attentivement pour savoir si personne ne m'avais suivi. Rien de significatif ne me parvenant au bout de plusieurs minutes, je décidais qu'il était temps de mettre définitivement les voiles et de rentrer au centre aussi vite que possible.
Le retour se passa sans problème, si ce n'est que j'étais détruit physiquement, et que passer une seconde fois par le vasistas ne fut pas une partie de plaisirs. Mais finalement je parvins à ma chambre, complètement épuisé, déboussolé par les évènements dont j'avais été témoin, et hélas acteur. Je gardais le trouble de l'arôme que m'avait fait partager cette furie, tel une cicatrice dont j'espérai qu'elle guérirai rapidement. Je m'endormis, non sans mal, et mon sommeil fut troublé par d'horribles cauchemars. J'y voyais impuissants des hordes d'êtres sauvages en furies envahir les villes, dévastant tous sur leurs passages, et plus d'une fois je trouvais la mort dans ces rêves incessants.
Le réveil fut assez difficile, j'avais du mal à distinguer mes rêves de ce que j'avais réellement vécu. Je ne fis le tri qu'au fur et à mesure que je me réveillais pleinement, restant toutefois perturbé par cette nuit de folie.
Afin de reprendre mes esprits, je fis un tour à la piscine pour nager un peu. Quelle ne fut pas ma surprise de reconnaître plusieurs personnes présentes durant la nuit, apparemment en pleine forme et ne présentant aucun stigmate de ce qu'ils avaient vécu. Il était difficile de croire qu'une drogue aussi puissante puisse s'assimiler aussi vite, mais j'étais devant le fait accompli. En tout cas j'avais découvert que ce centre cachait bien quelque chose, et que la cérémonie à laquelle j'avais assisté s'apparentait à des pratiques sectaires. Malgré tout j'étais toujours sans preuve matérielle, et je me demandais bien comment j'allais concrétiser ma découverte de cette nuit. Mais pour l'instant il fallait que je reprenne des forces, et je décidais de passer une journée sabbatique, persuadé que j'avais été parfaitement discret durant la nuit.
La journée qui passa fut assez banale. Je fis surtout en sorte de reprendre mes forces après une nuit aussi particulière. J'évitais aussi de trop me balader dans le centre, car au fond de moi, j'avais tout de même la peur de pouvoir être reconnu par la femme qui s'était jetée sur moi. Je n'y croyais pas vraiment vu son état, mais j'avais depuis longtemps appris qu'il ne valait mieux pas tenter le diable.
Désormais certains que ce lieu n'était que la face visible d'un iceberg bien sombre, je voyais d'un autre œil ces icônes qui décoraient l'endroit. J'étais certains que les recherches qu'effectuait mon ami a ce sujet n'allaient pas être infructueuses. Hélas il me fallait attendre, ce genre de recherche ne se faisait pas rapidement si on voulait les mener correctement.
Je passais une bonne partie de la journée à surveiller de ma fenêtre, retrouvant de ci de là des participants de la soirée nocturne. Ils ne présentaient bien sûr aucun signe de ce qui s'était passé, si ce n'est qu'ils étaient tous vêtus de manière à cacher leur membres blessés par leurs ébats sauvages. Ils me dégouttaient, j'avais envie de quitter ce lieu, de laisser ces dépravés entre eux, d'oublier cette nuit trop particulière.
Le problème, c'était que j'avais vu mais que je n'avais aucune preuve, même pas le moindre petit papier ou la plus simple des photos pour prouver ce qu'il se passait en arrière fond. Je savais bien que sans cela, il me serait difficile d'engager une investigation plus poussée par la suite. Bien sûr, je me disais que quelque part des gens qui avaient participé à cela, et qui le regrettaient maintenant, pouvaient témoigner. Mais je ne savais où trouver ces gens, ce qui consistait à diriger l'enquête vers la piste de l'aléatoire, ce que je me refuser à faire autant que possible. Normalement, j'avais encore dix jours à passer dans le centre. Je décidais de couper la poire en deux et de partir au bout de cinq jours, si les évènements ne contredisaient pas ma décision.
Pour la première fois de ma vie depuis mon enfance, je vis le soleil se coucher et l'obscurité prendre possession de la nuit avec un sentiment d'effroi. Je ne peux dire si c'était le contre coup de la drogue que j'avais en partie respiré la nuite précédente, ou si tout simplement j'avais été plus marqué que je ne l'avais cru par cette folie bestiale à laquelle j'avais participé malgré moi. En tout cas une angoisse me prit et empêcha le sommeil de me parvenir sereinement. Je passais ainsi une bonne partie de la nuit, regardant le ciel étoilé à travers ma fenêtre, assis sur mon lit, déprimant quelque peu, somnolant par à-coup.
Le sommeil finit par me prendre tout entier. Mais de nouveau les cauchemars m'envahirent, des cauchemars pleins de sang et de sexe, provoquant en moi des troubles qui me restèrent au réveil. Toutes ces scènes d'orgies que j'avais vu en rêves, de corps s'entrelacent et s'entrechoquant. Les chairs se touchant et se frottant dans un déferlement de plaisir, et aussi de douleur. Tous cela m'avaient extrêmement excité, et c'est non sans mal que je passais la matinée à essayer de me débarrasser de mes envies lubriques. Surtout qu'il était si facile en ce lieu de les assumer, ce que je préférais éviter tant que c'était possible.
La journée, qui fut aussi peu lucrative que la veille, touchait à sa fin lorsque je la rencontrai, revenant tout simplement de la piscine.
- Pardon ? dit-elle en se tournant vers moi alors que j'allais la dépasser. Elle était magnifique, ses longs cheveux roux ondulaient sur des épaules bien tenues et aux courbes parfaites. Ses yeux, intensément verts, me troublèrent tandis que son visage aux courbes rondes inspirèrent en moi la douceur. Son corps, pulpeux à souhait, le dos superbement cambré, m'offrait des seins magnifiquement dessinés, généreux sans être disproportionnés. Je ne savais pourquoi cet objet de désir m'avait interpellé, et j'aurai d'ailleurs dû me méfier de suite. Mais je n'étais pas dans mon état normal, et je ne pouvais résister à l'aura de sensualité d'une telle femme.
- Oui, dis-je en m'arrêtant net alors que je marchais à vive allure. Je remarquais que bien qu'elle était vêtue d'une tunique légère, mais ce n'était pas la toge qui distinguait l'un des membres du personnel.
- J'espère ne pas vous déranger, mais j'aurais besoin de l'aide de quelqu'un. Comme vous êtes la première personne que je croise, vous êtes donc la première à qui je demande. Sa voix était chaleureuse et douce. Elle semblait légèrement troublée, je pensais à une délicieuse trace de timidité.
- Et bien dites toujours, et je verrais en quoi je peux vous aider. Je me rapprochais d'elle, tentant tant bien que mal de ne pas trop arrêter mon regard sur ses parties les plus généreuses.
- C'est assez simple, je dois me rendre à la séance de relaxation qui se déroule dans le petit gymnase de l'aile Est ce soir. La séance de ce soir prévois des exercices en couples, et étourdie comme je suis j'avais complètement oublié ce détail, jusqu'à ce que je relise le descriptif. J'avoue que là j'étais plutôt sans voix. Bien que perplexe, l'idée du séance de relaxation, particulièrement en compagnie de cette beauté, n'était pas pour me déplaire. D'un autre côté, cela allait de nouveau emballer ma libido.
- Pourquoi pas ? dit-alors la partie primaire de mon cerveau, à laquelle je cédais facilement, totalement incapable de refuser la compagnie de cette jeune femme malgré un trouble présent en moi. Je me laissais aller, encore inconscient du vrai mal qui me rongeait.
La séance de massage fut un supplice pour les sens. Je passais une bonne heure à toucher ce corps non seulement savoureux au regard mais délicieux au contact. Palper cette chair si douce, la malaxer sous mes doigts, la presser, la caresser parfois dans des endroits à la limite de la décence m'excita à un point extrême. Je ne pus d'aucune manière provoquer une distance avec elle, elle était trop parfaite, trop femme. Lorsque ce fut son tour de me prodiguer des soins manuels, je ne pus m'empêcher d'imaginer des caresses plus intimes, et seule la gêne qu'on puisse s'apercevoir de mon émoi réussit à retenir quelque peu mes réactions physiques.
Nous étions une vingtaine de personne, tous étalés sur le sol, légèrement vêtus et baignant dans une atmosphère très sensuelle. Chacun s'occupait ardemment du corps de son partenaire. Nous suivions tous les conseils d'un homme très aguerri dans ses méthodes. Il ne cessait de nous parler de l'harmonie de notre corps avec la nature, de notre nécessité de retrouver notre essence animale dont nous étions originaire. En tous cas ma partie animale avait du mal à ce contenir, et c'est non sans une certaine joie que je vis la fin de la séance arriver.
Sortant de la salle, je m'apprêtais a laisser la femme que j'avais accompagné, et dont j'avais découvert entre temps qu'elle s'appelait Pathie, lorsqu'elle me prit par le bras, s'agrippant à moi.
- Ne partez pas ainsi, je suis sûre que vous avez encore nombre de talents à me montrer. Que peut-on répondre à cela ? Je me doutais bien que depuis le début elle cherchait un compagnon pour des massages d'un autre genre, mais je fus tout de même pris au dépourvu par une attitude aussi directe. En fait je ne répondis rien. Elle me lança un regard de désir si intense, que je ne pus transmettre que par ma seule expression le désir qui m'enflammait. Sans autre commentaire, elle m'amena à travers les couloirs du centre, jusqu'à se retrouver devant la porte d'une chambre qu'elle ouvrit avec sa clef. C'était une chambre quasiment identique à la mienne, et elle me poussa jusqu'à son lit, m'embrassant fougueusement avant que j'eus le temps de prendre la moindre initiative. Ses lèvres étaient horriblement enivrantes. Sa chair était si onctueuse que je crus que j'allais être mal, tant j'étais enivré par les excitations successives de cette soirée. Je la caressais, prenait son sein dans ma main et le malaxait tendrement, avidement. Je commençais à la dévêtir lorsqu'elle me fit signe d'attendre. Je me demandais de quelle manière elle allait encore essayer de reculer le moment fatidique pour le rendre encore plus savoureux. Mais elle voulait simplement se rendre dans sa salle de bain pour se préparer, hygiène féminine oblige.
Je n'ai bien sûr rien vu d'anormal à cela. Notre fougue ne devait pas nous enlever toute notion d'hygiène, sans parler que cela ne nous coupait pas nos besoins naturels. J'étais ainsi seul dans la chambre, attendant en nage le retour de ce corps si désiré. Je devais avouer ma faiblesse dans cette circonstance, mais le reste des effets de la drogue de la veille, et cet ensemble d'excitation, m'avait transformé en un être aux besoins primaires que seul l'orgasme pouvait libérer, du moins l'espérais-je. Et puis, qui aurait pu résister à un corps aussi bien fait ? Malgré tout je gardais une certaine méfiance, plus instinctive que réfléchie. Ce fus certainement ce qui me poussa à me lever, lorsque je me rendis compte qu'aucun bruit d'eau ne me parvenait de la salle de bain. Je tendis l'oreille, il y avait bien un léger bruit, mais je ne voyais pas de quoi il s'agissait. Je finis par distinguer entre autre le bruit d'une respiration intense.
Brusquement j'eus la sensation d'être un animal pris au piège. Cette réaction me remis en partie les pieds sur terre, juste ce qu'il me fallait pour me redonner le contrôle de moi-même. Pathie ne revenait pas, la porte devant moi restait close et seul ce bruit étrange et cette respiration témoignait de sa présence. Une suite d'idées négatives défilèrent alors dans mon esprit. Soudain la peur déferla, telle une immense vague qui traversa mon corps. Je bondis vers la porte pour savoir ce qu'il se passait au delà. La porte s'ouvrir sans problème, il n'y avait pas de possibilité de fermer de l'intérieur pour raison de sécurité. La petite pièce était dans l'obscurité, et je mis quelques seconde, immobile, pour prendre conscience de la chose qui se trouvait à l'intérieur. De la même taille que la jeune femme qui y avait pénétré, se tenait debout devant moi une créature au pelage noir et fin, le corps souple et musculeux, le visage possédant encore quelques traits distinctifs de Pathie, mais arborant désormais une mâchoire dotée d'une dentition de fauve. Les yeux luisaient comme ceux d'un félin, les mains et les pieds étaient doté de puissantes griffes, et une queue ondulant nerveusement prolongeait la colonne vertébrale courbée. J'étais face au parfait mélange de féminité et de félinité, une femme panthère prête à se jeter sur moi. Dopé par une brusque montée d'adrénaline, je claquais la porte et sautais par dessus le lit, atteignant en un clin d'œil la porte de la chambre, qui était fermée à clef. Je n'avais même pas vu qu'elle avait refermé le piège, et déjà elle était face à moi, de l'autre côté du lit, repliée sur elle-même et prête à me bondir dessus dans un râle bestiale. Au moment exact où elle s'élança, j'eus le réflexe de prendre une lampe de chevet située à porté de main, et je la lançais de toutes mes forces sur la créature qui en était au beau milieu de son saut.
Il y eu plusieurs chocs, brutaux. D'abord celui de la lampe qui explosa sur le visage du fauve, les débris s'éparpillant accompagnés de multiples filets de sang, puis celui du corps de la chose qui atterrit sur moi, n'ayant bien sûr pas eu le temps de me retirer après mon geste in-extrémismes. Je fus poussé contre le mur, amortissant le choc avec mon dos, et je restais sonné quelques secondes avant de pouvoir faire le moindre geste. Heureusement la chose avait perdu connaissance avant de m'atteindre, et je n'eus plus qu'à pousser ce corps inerte qui déjà reprenait forme humaine.
C'était hallucinant, mais l'instinct de survie avait tellement pris le dessus que je n'essayais même pas de comprendre. Je n'avais plus qu'une seule idée en tête : fuir. Récupérant la clef dans la salle de bain, je sortis de la chambre et sans prendre le temps de récupérer mes affaires. Je me rendis dans l'aile Sud, afin d'essayer de retrouver cette trappe qui m'avait permis de sortir du centre deux jours plus tôt. Heureusement il était déjà tard, et il n'était pas trop difficile d'éviter les gens peu nombreux. Cela était primordial, non seulement je devais arborer une expression de fou, mais en plus j'avais sur moi du sang de la créature. Je parvins assez facilement devant la salle où se trouvait ma sortie de secours, et c'est avec soulagement que je me rendis compte que l'accès était toujours libre. Ce fut au moment où je me faufilais dans l'évacuation que j'entendis des bruits de pas pressés s'approchant. N'hésitant plus à me faire mal, je me contorsionnais pour sortir, et à peine mes pieds avaient-il touché le sol que je me mis à courir droit devant moi comme un fou furieux, d'autant plus que des bruits significatifs me parvinrent pour me signaler que l'on s'était lancé à ma poursuite.
Je ne sais pas combien de temps j'ai couru, en tous cas l'aube arriva lorsque j'atteignis une petite commune qui s'éveillait à peine. Je ne pouvais pas prendre le risque de me rendre chez une quelconque autorité. Je ne savais pas jusqu'où le centre s'était infiltré dans le secteur, c'est pourquoi je me rendis à la route la plus fréquentée et me mis à faire du stop pour m'éloigner au maximum de la région. Heureusement j'avais toujours eu sur moi mon portefeuille, et je savais qu'à partir du moment où je pouvais atteindre un ville possédant une gare, je finirai par pouvoir me rendre n'importe où.
Le plus dur fut de me faire prendre en stop, et ce fut au bout d'une heure qu'un routier voulut bien m'emmener jusqu'à la prochaine grande ville. Il faut dire que j'avais fier allure le tee-shirt taché de sang et les cheveux hirsute, le visage mal rasé et les traits tirés par une nuits épuisante. Je pus heureusement dormir durant le trajet, ce qui me fit le plus grand bien. Arrivé dans la ville, je me rendis dans le premier magasin qui passait pour me racheter une garde robe à défaut d'un corps tout neuf. Je me rendis ensuite à la gare.
Il était pour moi clair, depuis le début de ma fuite, que le seul endroit où je pouvais me réfugier était chez mon meilleur ami. Je ne voyais pas à qui d'autre je pourrai faire confiance dans une situation aussi extrême, ni qui d'autre était capable de porter sur ses épaule un tel fardeau que celui que j'allai lui amener.
Je pris donc le premier train qui pouvait m'amener vers une ville ou je pourrais ensuite prendre une correspondance. Je mis une bonne demi-journée entre les attentes et les trajets, c'est pourquoi lorsque j'arrivais à la gare de ton village, la nuit était déjà en train de tomber. J'avais dormis durant tous mes trajets, ce qui m'avait permis de récupérer physiquement, mais hélas pas nerveusement. J'étais plutôt dans un état qui se dégradait au fur et à mesure que la journée se déroulait. Ceci explique sûrement qu'alors que je remontais le chemin qui menait vers ta propriété, qui hélas est assez éloignée du village, je fus face à un trouble qui provenait certainement des rémanences des peurs primaires. Jamais depuis l'enfance je ne m'étais rendu compte à quel point l'obscurité pouvait être source de peur. Surtout que ce n'était pas l'obscurité totale, c'était bien au contraire une obscurité sournoise, mélange d'ombre, de pénombre et de silhouette étrange se découpant sur un fond bleu nuit des plus envoûtant Et s'il n'y avait eu que cela, mais il y avait les sons ! Les sons de la forêt que l'on oublie le jour, mais qui dans la solitude de la nuit semblent produits par les créatures les plus invraisemblables. Le chemin était long, trop long, et au fur et à mesure que les mètres défilaient c'est ma raison qui se dispersait. Ma peur pris le dessus, je me mis à courir comme un enfant, à geindre comme un enfant, et c'est pourquoi tu me trouvas dans cette état déplorable, mes nerfs ayant craqué lors du dernier effort, durant une dernière ligne droite interminable.

Voilà, c'est le récit que Luc me fit, et ce fut presque les dernières paroles qu'il prononça depuis. Alors que parler aurait pu le libérer, comme c'est souvent le cas, il plongea dans une déprime encore plus profonde.
Les jours passèrent ainsi, sans aucun véritable signe d'amélioration. Je dus bien admettre que dans une telle situation j'étais totalement incompétent, et c'est pourquoi je pris une décision terrible qui sera certainement un fardeau pour moi jusqu'à la fin de mes jours.
Je connaissais quelques peu le Professeur Martens, psychiatre de son état, et c'est pourquoi j'osais lui parler du cas de Luc. Rapidement, il analysa les différentes parties de son récit pour en tirer des éléments clefs censés expliquer un tel délire. A ses yeux, il était évident que Luc, dans le cadre d'une enquête ou autre, avait abusé de substances illicites à l'occasion de cérémonie ou d'orgie aux motifs qui pour l'instant restaient indéterminées. Un déséquilibre mental avait eu lieu lors de cette prise de drogue, ce qui avait provoqué une crise de paranoïa qui l'avait conduit à s'enfuir et à se réfugier chez la seule personne en qui il pouvait encore avoir confiance, c'est à dire moi. Ensuite, il avait complètement réinventé un monde fantasque, dont la seule correspondance avec ce qui lui était réellement arrivé était la nature exceptionnelle de l'événement.
Pour le Professeur il était évident que le fait qu'il se soit confié à moi était un signe positif, cela signifiait qu'il souhaitait qu'on l'aide. Quand à son mutisme, il n'était pas spécialement grave à condition qu'il soit pris en charge le plus vite possible. Bien sûr, cela signifiait qu'il fallait l'interner. Tous cela semblait assez logique, je ne peux que l'avouer, mais l'idée que Luc se retrouve dans un asile n'était pas des plus réjouissante. D'accord, les asiles ne sont plus les centres d'enfermement d'antan, mais cela reste tout de même quelque chose de particulier. En même temps je ne pouvais le laisser ainsi, surtout que je n'étais pas responsable légal de sa personne. C'est pourquoi je m'en remis aux conseils du Professeur, espérant que Luc allait se remettre rapidement de cette étrange situation.
Je le menais moi même au centre de soin, et il faut avouer que lorsqu'il se rendit compte de ce qui l'attendait, il se laissa faire, comme soulagé d'être pris en charge. Il me dit seulement "je souhaite que tout cela soit faux, mais attention, je n'en suis pas sûr ". Il pensait à moi, c'était toujours bon signe. Hélas ce genre de phrase n'est pas sans vous perturber.
De retour chez moi, de nouveau seul, je décidais qu'il était temps pour moi d'en savoir plus sur ce qui était réellement arrivé à Luc. Je contactais tous nos amis communs, mais quelle ne fut pas ma déception de constater qu'aucun ne savait ce qu'avait fait Luc dernièrement, si ce n'était pour confirmer qu'il avait dû quitter Paris vers la date qui correspondait à son récit. Ainsi rien de vraiment concluant, il était parti sans mot dire, sans laisser de trace.
Finalement, je pris contact avec le patron du café de Monmartre où Luc a ses habitudes, et il me confirma qu'il avait discuté avec une femme correspondant à la description qu'il m'avait faite. J'avais enfin une piste qui démontrait que Luc devait bien être sur une enquête. Hélas, je ne connaissait pas cet ami qui l'avait fait rencontrer cette femme.
Trois jours passèrent ainsi, sans que ma propre enquête avance d'un iota, et je me demandais si je n'allait pas monter sur Paris. J'aurais préféré attendre d'avoir un peu plus d'éléments en main pour mener une investigation, mais attendre trop longtemps n'était pas non plus une bonne idée.
Deux jours plus tard, je me rendis compte que depuis quelques jours un rapace volait autour de ma maison. N'étant pas habitué à voir ce genre d'oiseaux dans la région, je l'observais à la jumelle et constatais qu'il s'agissait d'un magnifique aigle royal. Le problème, c'était que cette race ne vivait pas dans cette région, la raison étant que ce n'était du tout son terrain naturel. Je continuais à l'observer, et tandis qu'il tournoyait autour de ma demeure, inlassablement, obstinément. Cela m'intriguait. Ce n'ai pas que je suis facilement influençable, mais les derniers évènements m'avaient quelques peu stimulé l'imagination.
Je décidais de voir cela de plus près, et je sortis, faisant semblant d'aller m'occuper de mon tas de bois dans la cour. J'observais du coin de l'œil le rapace qui venait de se poser sur la branche d'un arbre et qui m'observait. Rentrant chez moi comme si de rien n'était, j'allais chercher dans un coffre caché dans ma chambre un fusil de chasse.
Je ne sais pas vraiment ce qui me pris. Je connais le nature, et la présence de ce rapace était tellement invraisemblable qu'une idée germa dans mon esprit, une idée qui commença à tournoyer, tournoyer jusqu'à devenir une litanie hypnotique qui me mit dans un état second. Je voulais en avoir le cœur net, je fis feu si rapidement que l'oiseau n'eut même pas le temps de la moindre réaction.
Quand à moi, soit la folie est contagieuse, et alors je suis devenu fou, sois il faut m'expliquer pourquoi à l'endroit où est tombé le rapace, gît désormais le corps nu d'une femme à la silhouette effilée.
Luc pardonne moi.

Fin.

 

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