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Je
suis une vampire Le temps est un étrange élément de notre monde. Encore plus étrange est la manière dont le genre humain appréhende ce que certains définissent comme une dimension. Moi-même, avant de changer, je voyais tout naturellement les saisons salternant, tandis que ma vie sécoulait lentement, inlassablement. Je me consumais avec amertume, moffrant aux plaisirs de la vie dans le but inavoué et inassouvi doublier lhorreur de celle-ci. Chaque jour nouveau je mettais le masque de la vie, pourtant consciente que la finalité de tout ceci était la mort. Heureusement ceci prit fin la nuit du 30 avril 1975, la dernière date humaine dont je me souvienne réellement, le dernier jour de ma misérable condition de femme. Quétais-je donc réellement à lépoque ? Cest à peine si cela à encore de lintérêt, en tout cas pour moi. Pour dautre, ma compagnie était trop agréable pour navoir pas été regrettée. Jaimais le plaisir de la chair, et javais la chance de posséder un physique agréable que jaimais mettre en valeur. Sans être vraiment plantureuse, ma silhouette était suffisamment au-dessus de la moyenne pour faire fantasmer la plupart des hommes que je côtoyais. Ma vie était axée sur deux axes principaux, le travail pour pouvoir vivre, monotone et inutile, et les sorties, où seule ou avec des amis je partais en chasse dune proie qui saurait satisfaire mon appétit. Cétaient les seuls instants où je vivais vraiment, mabreuvant de sexe comme dautres sabreuvent de drogues, réclamant la jouissance pour oublier la vie, pour oublier la mort. Javais alors 31 ans, lâge de la maturité, lâge de la dégénérescence du corps qui commence déjà à se faire sentir. Plus je vieillissais, et plus mon appétit sexuel grandissait, pour le plaisir de mes partenaires avec qui je me pervertissais de plus en plus, reculant au fil du temps tout les interdits que je métais fixée. Je sortais deux à trois fois par semaine, fréquentant en priorité les bars de célibataires réglos et les boîtes où lon était sûr de samuser. De temps en temps je tentais les endroits un peu moins fréquentables, en quête dune nouvelle excitation et dun nouveau plaisir. Je commençais sans men rendre compte à allier le plaisir de la peur au plaisir de la chair. Doucement, mais sans aucun doute, je devenais véritablement perverse. Heureusement mon destin en voulut autrement. Cétait un soir dautomne, une de ces fraîches soirées romantique où vous aviez particulièrement envie de vous retrouver dans les bras dun homme. Ma méthode était très rodée. Vêtements sexy assez classiques, mais jamais vulgaire, jattendais patiemment quun homme vienne maborder, ne prenant que rarement les devants. Par cette méthode, il métait plus facile de le juger et de lenvoyer promener sil ne me convenait pas. Et surtout, jadorais trop être désirée pour inverser les rôles. Ce soir là, la nuit avançait à mon grand désarroi, et aucun homme présent dans le bar hélas, nétait assez courageux ou assez soûl pour venir maccoster. Je savais pertinemment que cela finirait par arriver, cela arrivait toujours, mais je ne supportais pas de voir passivement le temps se dérouler. Cétait déprimant. Sans même le voir je sus quil était là. Sa présence envahissait tout le bar, javais limpression que lair se déplaçait différemment, que tout lespace autour de moi avait changé de densité, de texture. Un frisson envahissait tout mon corps, et sans savoir pourquoi, je fus poussée à regarder dans sa direction. Il était au bar, grand, fort, le teint halé et les traits aquilins. Jeus limpression de voir un aigle majestueux, un aigle affamé qui cherchait sa proie. Il me fixait, et son regard était envoûtant. Ses yeux étaient noirs comme la nuit, je ne pouvais men détacher, je savais déjà que jétais sa victime. Il vint me rejoindre, mais aucun mot ne fut échangé, car aucun mot nétait nécessaire. Il avait provoqué en moi une telle fièvre de désir que je nétais plus quun sexe en rut réclamant la délivrance de la jouissance. Quant à lui, impassible et fier, il navait plus quà ordonner pour être obéit. Je lemmenais chez moi, lieu quaucun de mes amants occasionnels navait connu, lieu où javais juré de nen amener aucun. Seulement à cet instant aucune promesse navait plus dimportance, aucune parole navait plus de sens, seule la chair avait encore le droit et le pouvoir de sexprimer. Il me prit comme une bête, déchira en partie mes vêtements, me laissant avec des lambeaux de tissus sur le corps après avoir mis au jour les parties essentielles. Jétais totalement soumise, mon corps nétait plus à moi. Il me pénétra violemment, douloureusement, et pourtant jéprouvais un plaisir immense. Mes sens étaient extrêmement affûtés, je sentais le moindre de ses mouvements, le moindre de ses gestes, aussi subtils pouvaient-ils êtres. Quand à mon sexe, cétait un feu de plaisir qui me consumait au plus profond de moi. Il me griffait, allait et venait en moi sans ménagement, me serrait dans ses bras à men faire perdre le souffle, malaxait ma chair et mes seins à en laisser des marques, membrassait les lèvres si violemment que je sentis le goût du sang. Le sang, je le sentis également venir de mon sexe, mais la plaie quil me créait affûtait ma sensibilité, sublimait mon plaisir. Jamais je navais rien ressenti de pareil, javais atteint un degrés de plaisir inconcevable, et je sentais que celui-ci montait pour exploser en la plus sublime des jouissances. Le moment vint, mais au lieu de lorgasme vint le prix à payer. Alors que jétais sur le point de jouir, toute sensation de plaisir se stoppa net, et avec une clarté étonnante je sentis ses crocs pénétrer ma gorge. La chair céda et lartère éclata sans peine. Le sang jaillit à flot, sa gueule de monstre grande ouverte, le laissant venir à lui. Soudain je vis la mort, et dans un spasme de peur jessayais de me dégager de cette chose qui était sur moi, en moi, et qui navait plus rien dhumain. Je souhaitais autant que cette étreinte se termine que javais put souhaité que lautre ne sarrête jamais. Mais il me tenait dans ses puissants bras, et rapidement je perdis mes forces. Le sang sécoulait à flot, nous recouvrait tous les deux, nous donnant limpression de ne former quune masse de chair à vif et informe. Le froid se mit à envahir mon corps, quau fur et à mesure je ne sentais plus. Mon souffle se coupais et jétais à deux doigt de perdre conscience. La mort était là, mais il nen voulait pas. Alors que la plupart de mes sens étaient déconnectés je le vis, ou plutôt le perçu, souvrir le torse avec lune de ses griffes, laissant couler un filet de sang assez conséquent, mais bien maigre face à ce quil mavait pris. Je ne me souviens plus de ce quil fit ensuite, seul me reste le goût du sang dans ma bouche, puis vînt lobscurité totale, sans que je perdes conscience. Finalement mes nerfs reprirent vie et je retrouvais les sensations de mon corps. Cela ce faisait au fur et à mesure, avec une perception accrue de chaques éléments qui me constituait, une nouvelle sensation de la chair, et de la douleur qui accompagnait la chair. Car jétais meurtrie de toute part, mon corps était mort et sa renaissance était horrible. Je ne sais combien de temps cela dura, je crus plusieurs fois que jétais morte tant cétait insupportable, mais chaque fois un nouvel élan de douleur me rappelait que jétais bien consciente. Je ne sais si cela fut du sommeil, mais je finis par sombrer dans linconscience totale. Aucun rêve, aucune sensation ne resta dans ma mémoire. Je me rappelle seulement du soleil sur mon visage, et dune sensation de bien être total, sans quaucune douleur ni quaucune fatigue ne viennent troubler cela. Sil ny avait pas eu tout ce sang sur moi et sur le sol, jaurais certainement crus que javais rêvé tant mon bien être était total. Je ne voyais sur mon corps aucune blessure, même sur mon cou quil avait pourtant déchiqueté, en tous cas est-ce dont je me souvenais. Enlevant les lambeaux de vêtements qui me restaient, je partis prendre une douche afin de me débarrasser du sang qui recouvrait tout mon corps. Là, je constatais que jétais indifférente à la température de leau. Je savais si elle était chaude ou froid, mais sans réaction physique, ma peau ne rougissait même pas à un jet deau bouillante. La deuxième surprise vint à la sortie de la douche, alors que je passais devant le miroir. Non seulement je navais aucune blessure, mais en plus jétais resplendissante. Javais retrouvé le teint de ma jeunesse, ma peau était superbe et, comble de tout, jétais devenue pulpeuse. Mes seins et mes fesses étaient beaucoup plus pleins et ronds qu'auparavant, mes jambes possédaient un superbe galbe, mon ventre désormais légèrement arrondi et bien ferme. Même mes épaules, qui avaient toujours été frêles, étaient plus pleines et me donnaient une meilleurs allure. Mes bras étaient également plus remplis. Je me passais les mains sur le corps, je sentais des muscles toniques sous une couche de graisse idéale. Jétais stupéfaite, quoi quil sétait passé, je possédais désormais lun des corps les plus désirables que javais eu loccasion dadmirer. Mes cheveux également étaient plus soyeux. Ils avaient retrouvé la texture de mon enfance, ondulant joyeusement autour de mon visage, et javais même limpression quils étaient plus longs que la veille.
Je passais la journée à sentir ce nouveau corps, sans même me soucier de mon travail auquel jétais attendu. Cela navait déjà plus aucune importance. La faim et la soif avaient également disparus. Jessayais bien de manger de la viande par pur curiosité, me forçant car elle me dégoûtait par le simple regard, mais mon estomac la rejeta aussitôt violemment. Egalement, je neus plus besoin de me vider le corps des impuretés habituelles, il me semblait que le cycle naturel de nettoyage nexistait plus. Cela ne mennuyait pas, cétait même une sensation de liberté très agréable. Puis vint la nuit, et la faim, lautre faim. Au fur et à mesure que la lumière sétait mise à décroître, javais sentis que quelque chose se passais en moi. Cela se déclara pleinement avec la disparition du soleil, et la venue dun désir qui bouleversa tout mon corps. Une frénésie sempara de moi, javais limpression que mon corps allait se dérober si je ne faisais pas rapidement quelque chose. Javais mal au fond de mon corps et au fond de mon âme.
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