haut
A neophyction : Science fiction et fantastique
Accueil - Auteurs et oeuvres - Forum - Liens - Divertissements - Webmasters - Salmigondis - Boutique - Contacts - ?

 

  Sous-menu :

 • Les écrivains
   - de Seby
 • Les dessinateurs
  Classements
      —
  Les écrivains :
  - par votes
  - par nombres
      —
  Les dessinateurs:
  - par votes
  - par nombre
 
  Pour les enfants
   
  Croquemonster
  Alphabounce
idées cadeaux   


Par Sef

Votez pour cet auteur

L'auteur :
L'histoire :
La noter :

Face au mythe
(1/6)

Voici, tels qu'ils m'ont été demandés, les extraits du journal de Paul Karion en rapport avec l’affaire sur laquelle nous travaillons actuellement. J’ai pensé qu’il était également nécessaire d’y ajouter ce qui semble être la dernière trace directe de sa personne, c’est à dire l’article du Parisien daté du 3 novembre 1956.

Concernant le contenu du journal de Paul Karion, je vous laisse libre d’apprécier la qualité de certains renseignements.

1er octobre 1956.

10 heures 30. Je souffre de prendre la plume pour écrire une aussi mauvaise nouvelle dans mon journal, mais je me vois dans l’obligation de mentionner qu’aujourd’hui, j’ai appris la mort de mon meilleur ami, Gérard Mathieu. Il apparaît qu’il se soit fait bêtement faucher par une voiture, alors qu’il traversait une rue très fréquentée du treizième arrondissement.

J’ai encore peine à croire que cela soit vrai, que celui avec qui j’ai vécu les durs moments de la guerre n’est plus là, et que jamais plus nous ne pourrons discuter de longues nuits ensemble. Jamais plus nous ne parlerons de nos souvenirs si précieux, bons ou mauvais, ni de littérature comme il aimait tant. Quand je pense que ça arrive au moment où ses propres romans se vendent plus que jamais, cela me rend vraiment amer.

Je suis très abattu. Cela va durer quelques jours, puis je me plongerai dans le travail afin de me changer les idées, trop morbides pour le moment. J’ai déjà reçu le soutien de quelques amis, c’est agréable. Malgré cela, je redoute beaucoup la solitude qui est la mienne depuis qu’Edith m’a quitté, et que je vais retrouver ce soir.

15 heures 15. Je n’ai pas pu m’empêcher de téléphoner à mon collègue chargé de l’arrondissement où l’accident a eu lieu. Il est vrai que cela ne changera rien, mais je ne cesse d’y penser. J’ai certainement l’illusion que ça n’a pas déjà eu lieu, que je peux encore faire quelque chose. Selon le commissaire Verne, les témoignages sont assez précis pour que la voiture puisse être rapidement retrouvée. Son conducteur est dans un sale pétrin. L’imbécile aurait mieux fait de ne pas s’enfuir, surtout que les témoins s’accordent pour dire qu’il roulait trop vite. Quand on commet une faute, aussi grave soit-elle, il faut néanmoins avoir le courage d’assumer.

23 heures 20. J’ai relu mes journaux personnels datant de la deuxième guerre mondiale. Cela me déprime encore plus, car avec la mort de Gérard, j’ai vraiment l’impression que c’est une partie de moi-même qui a disparue.

J’ai revécu la mobilisation générale, notre rencontre dans un régiment d’infanterie, puis la grande débâcle et notre emprisonnement dans un camp allemand. Ce fut une époque terrible où nous maudissions Hitler et son armée invincible. Mais c’était aussi le genre de situation qui transforme deux inconnus en deux frères.

Heureusement l’évasion ne tarda pas, et nous fûmes de ceux qui rejoignirent l’Afrique et la nouvelle armée, avant de repartir à la conquête de l’Europe sous les ordres du général Leclerc. Le plus dur nous attendait alors. Mais la victoire et la paix succédèrent aux peines et à la guerre, et après un périple qui nous avait marqués pour la vie, nous pûmes enfin reprendre une existence normale, en tout cas en avions-nous l’illusion.

Gérard et moi avions étés fier de participer à la libération de la France, et le retour dans nos familles n’en avait que plus de valeur. Malgré les deuils qui empêchaient la joie d’être totale, nous étions heureux que tout cela soit enfin fini.

Rapidement, je passai le concours d’inspecteur de police, accompagné pour me soutenir d’un Gérard qui écrivait alors son premier roman. Puis il y eut la fête pour célébrer ma réussite, et c’est d’ailleurs ce soir là que j’ai rencontré Edith. Double victoire en somme, en tous cas à l’époque.

Ayant donc été reçu, il me fallait habiter Paris afin de suivre les cours de l’école de police, et Gérard, qui depuis toujours habitait la Capitale, me proposa de vivre avec lui dans son studio. J’acceptai car ce n’était que provisoire, et ainsi cela fut une occasion de plus de partager nos vies. C’est d’ailleurs à cette époque qu’il commença à s’intéresser à d’étranges livres pour lesquels je n’ai jamais eu qu’aversion.

Je me souviens encore très bien de la colère, stupide je l’avoue aujourd’hui, que j’eus à cause d’un de ces livres. Il travaillait en effet sur la traduction d’un manuscrit allemand, ce qui en soit n’avait rien de particulier. Mais lorsque je compris que ce livre parlait de mythes dont s’étaient entre autres inspirés les nazis pour leurs théories ariennes, je me suis emporté. Cela peut sembler exagéré aujourd’hui, mais à l’époque les plaies de la guerre étaient encore très vives. J’avais tout simplement pris trop au sérieux un vieux grimoire, qui n’était qu’un instrument de travail pour Gérard. Il m’en lut d’ailleurs quelques passages à l’occasion, et je dus admettre que le rapport avec le nazisme était indirect, que c’était plus une histoire d’interprétation qu’autre chose. Malgré tout, les récits qu’il me lut me semblaient bien étranges, et plutôt susceptible de perturber un esprit sain.

Mais cela est du passé à présent, comme sa passion pour l’étrange. Il n’en restera plus que ses propres récits fantastiques, où des créatures de toutes sortes semblent prêtes à surgir à tout moment.

Je déprime à l’idée de devoir annoncer sa mort à tous nos amis anglo-saxons de la libération, tous ceux avec qui nous sommes restés en contact. Si seulement il avait raison lorsqu’il disait que le sommeil presque éternel n’était pas la mort, ou quelque chose de ce genre.

7octobre 1956.

15 heures. J’ai assisté ce matin à l’ouverture du testament de Gérard. Avec moi se trouvaient sa sœur et sa mère, son père étant mort durant la guerre. La sœur de Gérard est un peu plus jeune que lui, elle a 37 ans si je me souviens bien. Bien que très attristée par la mort de son frère, elle n’en garde pas moins une certaine beauté et une certaine élégance. Quant à sa mère, à peine âgée de 60 ans, les malheurs de la vie et ce nouveau drame l’ont déjà transformé en une personne grabataire. Elles étaient au moins heureuses de me voir. J’ai toujours entretenu avec elles les meilleures relations, même si hélas je ne les vois presque plus.

Devant nous se tenait le notaire, maître Renalte, homme intègre et consciencieux. Après avoir présenté ses condoléances et mentionné certaines lois concernant les legs, il ouvrit le testament et en fit la lecture à haute voix.

En toute logique, tous ses biens matériels, son argent et les droits de ses livres, doivent être partagés entre sa sœur et sa mère, ainsi que quelques autres membres de sa famille et proches amis. Evidemment, je suis parmi eux le plus privilégié, bien que cela me gène plus qu’autre chose. Quoi qu’il en soit j’hérite d’une somme d’argent assez conséquente, et de quelques objets qu’il savait avoir une certaine valeur pour moi. De plus, bien que cela m’étonne, il me lègue tous ses manuscrits et travaux écrits, ainsi que quasiment tous ce qui peut avoir un lien avec les mythologies qu’il étudiait. Le tout est parfaitement répertorié sur une liste qui était régulièrement mise à jour. Entendre ceci m’étonna assez. Cela semble beaucoup d’attention pour un homme à la quarantaine bien conservé, qui n’avait pas de raison d’attendre la mort. Mais ceci n’est rien comparé à ma réaction lorsque j’appris la suite. Parmi les destinataires de ses biens se trouve Mary Kramer, une américaine. Cette femme correspondrait avec Gérard depuis dix ans, ce dont je n’ai jamais entendu mot. D’ailleurs je ne lui ai jamais connu de relation durable, même d’amitié, avec les femmes. Quoi qu’il en soit, Gérard lui lègue certains de ses manuscrits, livres et documents, et par le biais de son testament, il me demande de les lui apporter personnellement. De plus, il m’est allégué une somme d’argent censée couvrir tous mes frais, et j’ai l’assurance que je serai nourri et logé chez cette femme durant mon séjour.

Il est évident que je vais faire ce que me demande Gérard, mais je suis très perplexe et très impatient d’en savoir plus. J’ai d’ailleurs demandé au notaire si Gérard faisait mention de journaux personnels récents, ce qui aurait été une source d’information primordiale. Mais ceux dont il a connaissance ne vont pas au-delà de 1946, ce qui correspond à ce que je pensais.

19 heures 15. Je viens de recevoir un appel d’un de mes collègues. La voiture qui a fauché Gérard vient seulement d’être retrouvée dans un bois, à cent cinquante kilomètres de Paris.

Apparemment, c’est une voiture volée récemment chez un concessionnaire. Comme on peut s’y attendre dans ce genre de situation, le conducteur a fait en sorte de ne laisser aucune trace compromettante. Je trouve cela suspect, c’est trop parfait pour être normal. Je pense peut-être cela car c’est de la mort d’un ami qu’il s’agit, mais il y a vraiment quelque chose d’étrange dans cette histoire. De toute manière, l’enquête n’est pas terminée, hélas ou heureusement, j’avoue ne plus savoir.

Sinon, demain je dois me rendre chez Gérard afin de récupérer ce qu’il me lègue, ainsi que ce qui est destiné à l’Américaine. Bien qu’il ne s’agisse pas de journaux personnels, je peux toujours trouver des éléments qui me permettront d’en savoir plus sur les activités de Gérard ces derniers temps. Sans parler de cette correspondante dont il ne m’a jamais rien dit, alors que je croyais si bien le connaître.

Afin de pouvoir consacrer du temps à ceci, j’ai décidé de prendre quelques jours de repos. De toute façon, je n’arrive pas à me concentrer à mon travail, mes pensées vont continuellement vers Gérard.

9 Octobre 1956.

J’ai ramené chez moi tout ce qui était mentionné dans la liste. J’ai passé une bonne partie de la nuit à lire les manuscrits de Gérard, ainsi qu’une partie de sa correspondance avec Mary Kramer.

J’ai retrouvé l’étrange livre allemand responsable de mon ancienne colère, l’Unaussprechlichen Kulten de Von Junzt, ainsi que ce qui semble être sa traduction intégrale faite par Gérard. J’ai lu certains passages, et c’est de la vraie démence. On y parle d’un culte blasphématoire, d’une mythologie et d’une croyance dont jamais je n’avais soupçonné l’existence. Il est évident que c’est de ce livre que Gérard tirait l’inspiration de ses propres récits, parsemés de créatures originaires d’autres mondes. On y parle aussi d’une sorte de sorcellerie, qui dans la pratique serait l’application d’un pseudo langage mathématique dont les termes me sont totalement inconnus.

Mais cela n’est pas terrible en soit, ce qui l’est, c’est que dans leurs lettres Gérard et l’Américaine parlent de cela comme de faits réels. Il parle de ce livre comme d’un précieux trésor contenant les secrets du monde. Il parle de notre monde comme d’un monde d’illusion et de ténèbres. De plus, ce livre ne semble pas le seul du genre. Tous les deux font allusion à des écrits tel que De Vermis Mysteriis, le Livre d’Eibon ou encore un autre qui semble être le plus important ; Le Necronomicon.

J’ai téléphoné ce matin à un ami bibliophile afin d’en savoir plus. Il ne connaissait pas ces livres, mais m’a donné le numéro de quelqu’un susceptible de m’aider. Je l’ai appelé aussitôt. Hélas il n’a pas voulut me dire ce qu’il savait, il n’a fait que me mettre en garde contre de telles lectures si je ne voulais pas qu’il m’arrive malheur.

Je ne suis ni superstitieux ni facilement impressionnable, la guerre et mon métier y sont pour beaucoup. Mais après les événements des derniers jours, et une nuit d’étrange lecture, je ne suis pas resté insensible aux paroles de cet homme.

J’en viens à me demander si Gérard n’a pas fait parti d’une secte ou quelque chose du genre. Après tout, les créatures dont il parle ressemblent à des dieux, aussi étranges et malsains seraient-ils. Mais d’un autre point de vue, ils ne font jamais allusions à aucune sorte d’adoration. Ils semblent croire en leur existence, les craindre, voir les respecter. Mais jamais ils ne les vénèrent. Par contre d’autres semblent le faire. En tout cas c’est ce qu’il transparaît dans leur correspondance.

Malgré tout, ces créatures sont bien celles que l’on retrouve dans ses récits, qui désormais prennent un nouveau sens pour moi.

Maintenant, la question qui se pose est de savoir si contrairement aux apparences, Gérard possédait toute sa santé mentale. J’ai peine à douter de cela. De plus, il ne faut pas oublier que Gérard est mort dans des circonstances moins banales que présupposées, or ce n’est certainement pas son imagination qui en est la cause. Bien sûr, je ne prétends pas que ce dont parle Gérard est vrai. Mais si on prend tout cela à un autre degré, ça veut peut être tout simplement dire qu’il avait mis la main sur quelque chose que d’autres préfèrent garder secret. Evidemment, tout cela n’est que spéculation, mais il faut bien apporter une réponse à l’irrationnel dans lequel je me trouve plongé.

J’espère que l’enquête avancera rapidement. Je connais la personne qui en a la charge, et je peux avoir confiance en son professionnalisme. Quant à moi, il ne me reste plus qu’à me rendre à New York où j’espère en apprendre plus. D’après les lettres, cette Mary Kramer maîtrise très bien le français. Cela facilitera nos relations, mon anglais parlé ayant rouillé suite à de trop longues années sans servir. Je dois lui remettre entre autres le livre allemand, un grand nombre des autres manuscrits de Gérard, ainsi que toute leur correspondance. Je lui ai écrit aussitôt que j’ai appris le contenu du testament. Je partirai dès que j’aurai de ses nouvelles.

Suite.

 

          Site construit en francais-übersetzt mit google-translated with google

   ———
   ———
   ———
  Le forum   
   ———
   ———
  Protégeons la planète
 Affichez moi sur votre site ! :)
   
AvertissementSite déposé sur CopyrightFrance