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Par Seby

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Sacré Pépé !
(1/2)

Le hasard fait bien les choses dit-on ! Je me permets de citer ce proverbe connu de tous parce qu’il n’est que trop bien adapté à l’histoire que je vais vous narrer. Et comme dans tous les récits il y a un héros, je vais donc de ce pas vous présenter le nôtre :

Pépé ! Tel est son nom, en fait c’est un surnom car il se nomme en réalité Robert, il a le bel âge de soixante-douze ans et plus un seul cheveu sur le crâne. A cause du travail acharné qui a nourri toutes ses années passées, Pépé a des problèmes de santé. Son cœur peut lui lâcher à tous moments, il y a sûrement aussi l’âge qui joue un rôle là-dedans mais il s’en fout Pépé, ce qu’il désire le plus maintenant c’est faire la fête, voir ses petits-enfants qui l’ont ainsi surnommés et cultiver ses vignes pour en faire du vin qu’il ne garde que pour sa consommation personnelle. Certes, Robert a eu une longue vie mais il en a passé la majorité à travailler, à économiser pour profiter au maximum de sa retraite, il a toujours été prévoyant, c’est dans sa nature. Maintenant, du matin jusqu’au soir et cela chaque jour que Dieu fait, Pépé ouvre une bouteille de sa mixture, il la déguste, la savoure, l’aime et en est fier. Robert est loin d’être un alcoolique, c’est juste que le vin est sa plus grande passion et comme il le dit : « Une bouteille c’est comme une femme à la différence que lorsque l’on en a finit avec une, on peut en prendre une autre sans qu’elle ne fasse de commentaire ». Le seul ennui, la seule déception avec laquelle Robert doit vivre, c’est qu’il est seul, trop seul. Il n’a jamais réussit à digérer la mort de sa femme il y a cinq longues années, elle succomba à la vieillesse, son cœur lui a fait fausse route pendant son sommeil, il fallait bien que ça arrive un jour ou l’autre. C’est d’ailleurs depuis ce jour que Pépé aime encore plus l’alcool qu’auparavant et tout particulièrement son vin. Ses enfants ont à plusieurs reprises essayé de lui faire comprendre qu’il y a des effets nocifs à ses divertissements mais têtu comme il est… Pépé leur répliquait qu’ils devaient tous aller se faire voir et qu’ils n’avaient plus à venir chez lui si c’était pour lui faire des leçons de morale. Le jour de ses soixante-dix ans, Robert avait fait une petite fête d’anniversaire à son domicile et avait invité ses deux enfants et ses quatre petits-enfants, gamins qu’il adore le plus au monde. Tout avait bien commencé, les petits criaient de joie, riaient et leurs parents en faisaient autant. Christophe, le préféré de ses deux enfants avait pris, du moins pour cette soirée, le rôle du comique de service. Il lançait d’incessantes blagues à sa sœur Christelle qui riait chaque fois de plus belle. Tous deux étaient venus seuls, sans leur conjoint, Pépé ne les aimaient pas beaucoup. Bref, tout se déroulait à merveille jusqu’à ce que Robert ouvre sa première bouteille de vin. D’un seul coup, sa fille s’arrêta de rire et son fils fît la remarque qu’il n’aurait jamais dû faire, il tenta d’improviser une nouvelle leçon de morale avant même que son père n’ai eu le temps de s’en servir. Ce qui énerva notre pauvre grand-père qui se leva, jeta son verre au sol puis ordonna à ses enfants de partir et de ne plus jamais revenir afin qu’ils le laissent mener sa vie comme bon il lui plaira. Pépé regretta bien vite d’avoir réagit ainsi, sous l’effet de la colère, il y a deux ans. Deux longues années qu’il n’a plus vu ses enfants et ses petits-enfants. Depuis cette terrible journée, il se sent seul, sans sa famille. Certes, il a encore ses amis mais ce sont tous de véritables alcooliques, des accros de la bouteille, des poivrots qui passent toutes leurs journées à boire et à dépenser l’argent de leur retraite pour le compte de Bernadette, le bar du village. Par contre, celui de Pépé sert majoritairement à payer ses factures et lorsqu’il lui reste un peu d’argent, il s’achète du matériel de pêche.

Robert ne se laisse pas abattre, psychologiquement et physiquement, c’est un homme fort et résistant… problèmes cardiaques mis à part. Comme sa femme, il aimerait mourir pendant son sommeil, quelle belle mort. Si Pépé vit longtemps c’est parce qu’il évite de penser aux tracas de la vie et a son passé, c’est sa recette pour tenir le coup. Depuis bien longtemps, il a tiré un trait sur ses problèmes, quels qu’ils soient, du moins il essaie tant bien que mal de les oublier en s’occupant comme il le peut, en passant quelques après-midi à pêcher, en effectuant des réparations de toutes sortes dans sa maison, en bouquinant un maximum et lorsqu’il lui reste encore du temps libre, il part admirer et vérifier le bon comportement de ses vignes.

Un jour, Robert se réveilla comme d’habitude à neuf heures du matin sauf que cette fois-ci, il démarra sa journée avec un sacré mal de tête. C’est rare qu’il se réveille avec la gueule de bois car c’est bien là ce qu’il a mais depuis plusieurs semaines quelque chose l’intrigue, le perturbe tellement qu’il ne pense plus qu’à cela. Il va bientôt avoir ses soixante-treize ans, ce n’est pas l’idée de l’âge qui lui fait si peur. Non ! En fait il a peur de passer cet anniversaire seul, devant sa télévision avec comme compagnie une bouteille de vin. Il pourrait sûrement le fêter avec ses amis mais faire une soirée avec eux, surtout une soirée aussi spéciale que celle-ci, avec des alcooliques ambulants, serait pour lui tomber dans le plus profond des gouffres qui puisse exister. Alors pour évacuer cette peur, Pépé boit jusqu’à se rendre complètement saoul et il ne se limite pas qu’au vin, et plus les jours s’écoulent, plus sa date d’anniversaire approche et plus l’alcool prend le dessus.

*

Nous sommes aujourd’hui la veille de son anniversaire, le mercredi 21 août de l’année 2002. Il est a peine sept heures du soir et Pépé en est à sa troisième bouteille de vin, il n’a rien vu passer, il l’a pratiquement bu sans y penser. C’est alors qu’il décide d’entreprendre une périlleuse excursion dans sa caverne d’Ali Baba mais quelque chose de plus important le presse, il a une irrésistible envie d’aller aux toilettes, ce qu’il le stoppe net son intention d’aller chercher du vin. Arrivé à la destination si appréciée dans ces circonstances, il fît ce qu’il devait faire mais au moment de tirer la chasse d’eau, Robert s’aperçut qu’un début d’inondation avait pris naissance dans la salle de bain située au première étage de sa maison. Il tira tout de même la chasse d’eau puis emprunta les escaliers vers le drame qui se déroulait, et je le rappel, la veille de son anniversaire. Dans un certain dégoût, Robert coupa l’eau qui s’échappait du robinet de son évier, enleva le bouchon qui empêchait l’écoulement puis repartit en se disant que de toute façon de l’eau : ça s’évapore. En plus, il a quelque chose de mieux à faire que d’éponger car ce soir, il n’a pas envie de s’embêter avec du travail ménager. A cause de ce début d’inondation, la tapisserie de ses toilettes s’est malheureusement décollée, dévoilant le mur blanc sur lequel elle reposait et quelques planches de bois qui n’avaient rien à faire là. Pépé déchira le morceau de tapisserie qui cachait encore trois quart du reste du bois et dénombra au total quatre planches. Il les arracha sans forcer puis découvrit un trou de près d’un mètre de profondeur sur cinquante centimètres de largeur, il y enfonça son bras et à sa plus grande surprise, Robert en ressortit une bouteille. Ce n’est pas la peine de vous décrire la tête qu’a fait notre pauvre grand-père lorsqu’il comprit ce qui ce cachait derrière les murs de ses toilettes : une bouteille de vin d’au moins trois bons litres. C’est de loin la plus belle bouteille qu’il n’ai jamais vu de toute sa vie, une superbe bouteille en argent massif.

– Je n’y touche pas pour l’instant ! Se dit-il à haute voix. Je la laisse dans son trou, je la picolerais demain soir pour mon anniversaire. Disons que c’est un cadeau de Dieu. Disons qu’il a eu pitié de ma solitude et qu’il aimerait que je fête mes soixante-treize ans avec lui.

Il décida d’abandonner sa trouvaille dans son trou d’origine puis partit s’en chercher d’autres dans sa cave. Arrivé avec peine dans son meilleur lieu de plaisir, il s’empara de trois de ses créations, remonta s’installer dans son salon puis les bu toutes avant d’aller se coucher ou plutôt de s’effondrer sur son lit, complètement bourré.

*

Jeudi 22 août 2002, il est à peine dix heures et demie du matin et Pépé se réveille une fois de plus avec un sacré mal de tête, encore un. Il se leva tout de même, partit directement dans la cuisine se faire un café bien noir et prit deux efferalgants dans un grand verre d’eau pour essayer de remédier aux désagréments de la cuite. Il ne se rappelait plus rien de sa soirée et en avait même oublié sa découverte. La seule chose qu’il sache, c’est qu’il s’est vidé six bouteilles de vin. Comment peut il savoir cela ? Robert les a découvertes vides sur la table du salon lorsqu’il s’est installé sur le canapé pour prendre ses cachets et boire son café.

Il est maintenant onze heures du matin, Pépé a finit de comater devant la télévision et son cerveau vient de réaliser que ce jeudi est le jour de son anniversaire, ce qui le rend encore plus malheureux que toutes ces dernières semaines à y penser et à s’en inquiéter. Il aimerait tant que ses enfants lui rendent parfois de leurs nouvelles, il aimerait tant leurs parler au téléphone mais Robert est plus têtu qu’un âne et jamais il ne ferait le premier pas. Ce serait pour lui une sorte d’échec, ce serait s’avouer vaincu, néanmoins il doit tout de même y avoir un certain manque de courage. De plus, ses enfants ont tous hérités de l’entêtement de leur grand-père, alors… qui osera s’excuser le premier ?

La journée s’écoula lentement, elle a été très longue pour notre pauvre vieux bonhomme, il ne s’est rien passé d’extraordinaire, rien d’inhabituel, rien qui n’aurait put égayer Pépé, même un court instant. Tout ce qu’il a fait, c’est aller rendre une visite à ses vignes, terminer son livre sur la psychologie du poisson et râler lorsqu’il découvert de l’eau sur le sol de sa salle de bain. Les seules fois qu’il a eu envie d’aller aux toilettes, il a emprunté celles du premier étage.

Ca y’est ! La nuit est tombée et il est maintenant neuf heures du soir, Robert décide de commencer sa soirée le plus rapidement possible. Donc, il descend dans sa caverne d’Ali Baba puis remonte avec deux bouteilles de vin dans chaque main. S’il aurait pu, Pépé en aurait embarqué plus cependant il préfère prendre ses précautions car comme il le dit : « – Je ne suis pas trop doué de mes mains et ça m’ennuierait terriblement de casser ne serais-ce qu’une seule de mes œuvres ! », le seul trésor auquel il tienne encore. Installé dans son salon, Pépé s’ouvrit sa première bouteille et s’en servit un grand verre. Ce soir, il se fout de goutter, de sentir, d’admirer ses merveilles, il n’a même pas envie de les savourer. Non ! Ce soir n’est pas un soir comme les autres, c’est un soir spécial et Robert le passe seul alors il veut se saouler, et plus vite les effets monteront au cerveau, et mieux ce sera. La première bouteille à peine terminée, Pépé se jette sur la deuxième et la boit sans perdre de temps.

– Ce n’est pas avec quatre bouteilles de pinard que je vais être bourré, se dit il à haute voix comme s’il se faisait croire qu’il n’étais pas seul, et je n’ai pas non plus envie de passer ma nuit à ne faire que des allés-retours dans ma cave.

Après cet instant de réflexion, il se leva et ramena deux bouteilles de whisky de la cuisine. Il en ouvrit une et en bu la moitié au goulot. Pépé attendit un peu puis un monstrueux sourire apparut sur son visage lorsqu’il sentit les effets de l’alcool arriver.

– Enfin ! S’exclama t’il impatient.

D’un seul coup Robert se leva, une envie pressante venait de se déclarer. Il courut en quatrième vitesse jusqu’aux toilettes les plus proches, en l’occurrence celles du rez-de-chaussée. En général, il n’aimait pas emprunter celle-là, il y a moins de confort que celles de l’étage mais parfois, lorsque l’on est trop pressé, il faut faire avec ce que l’on a. Il ouvrit la porte, trébucha sur les planche qui gisaient encore sur le sol puis se soulagea comme il devait le faire. Pendant que Pépé se déchargeait, il jeta un petit coup d’œil sur ce qui avait faillit le faire tomber puis découvrit les quatre planches de bois, le trou dans le mur puis l’image d’une mystérieuse bouteille en argent massif apparut dans sa tête. Derechef, son monstrueux sourire repris place sur son visage. Heureux, Il saisit la bouteille avec une grande délicatesse et avec le plus de précautions possible, et la sortit de son misérable trou, elle était surchargée de poussière et avait l’air de n’avoir jamais servie. Robert attrapa ce qu’il avait sous la main, du papier toilette, pour la dépoussiérer un peu afin de découvrir sa date de naissance, il n’eut même pas le temps de lire les inscriptions que, comme par miracle, le bouchon sauta puis un homme au nez rouge et à la peau du visage rongée par l’alcool en émergea. Cet homme ne tenait pas debout, je ne dit pas cela au sens figuré mais au sens propre du terme. En fait, il n’avait pas de jambes mais une sorte de tourbillon à la place, comme une minuscule tornade. Notre pauvre Pépé, mort de trouille, lâcha la bouteille, remonta son pantalon et courut se cacher dans ses vignes. Au bout d’une quarantaine de minutes, il revînt lentement chez lui, méfiant, se cachant du fantôme sans jambes et de sa bouteille en argent. Au bout d’un moment, il prit son courage à deux mains et entra dans le salon, son cœur battait très fort puis il surprit, tranquillement installé devant sa télévision, le revenant et sa bouteille. Il regardait un reportage sur la bombe atomique et ses essais réalisés le 25 juillet 1946 dans le lagon de l’atoll de Bikini.

– Ce n’est qu’une puissante hallucination ! Déclara Pépé pour se rassurer. Je suis en plein délire, je crois bien que je vais tout de suite arrêter le whisky, ça me fout trop les pétoches ce genre d’apparition.

– Eh ben non ! Répliqua l’homme sans jambes. Je suis peut-être un petit peu différent de toi mais je suis bel et bien réel, je ne te dirais pas que je suis en chair et en os mais je peux t’assurer que je suis vivant, tout comme toi. Désolé de t’avoir choqué mais moi aussi je l’ai été quand je t’ai vu à moitié nu. Vu que tu n’a rien compris à ce qui t’arrivais, je vais donc te dévoiler qui et ce que je suis. Je suis le génie de la bouteille de vin en argent que tu as si vulgairement frotté avec du papier toilette. C’est toi qui m’a appelé donc je me dois de t’accorder trois vœux. Mais ! Car il y a un, mais avant que tu n’y réfléchisses et comme je sais qu’aujourd’hui c’est le jour de ton soixante-treizième anniversaire, on va faire une petite fête ensemble, rien que nous deux et rien que pour toi. Tiens, gouttes mon vin, il est réellement merveilleux, tu vas m’en dire des nouvelles, on va en boire jusqu’à n’en plus pouvoir et demain, tu m’énonceras tes souhaits. Pendant ce temps, buvons à ta santé !

– Ben ça alors ! Repris Robert calmé. Pour une surprise, c’est une surprise. Mais y’a pas de problèmes pour moi mon vieux, si tu veux qu’on se bourre la gueule, on va se la bourrer du moment que c’est toi qui invite. Au fait, je m’appelle Robert mais Pépé ira très bien.

– Moi, c’est Gérard ou plutôt Gégé, on va bien se bourrer la gueule comme tu le dis si grossièrement mais profites en bien car je ne reste qu’une seule nuit, je te quitterais demain dès que tu m’auras fait-part de tes vœux.

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