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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Seby

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Rev’là Pépé !
(1/3)

Robert ouvrit les yeux, le corps tétanisé, il vit le ciel, le soleil et entendit des oiseaux chanter à tue-tête, après quelques minutes d’intenses efforts, il réussit à se lever. La sueur d’une lutte acharnée contre soi-même pour récupérer le contrôle total de ses membres, paralysés par un violent et soudain réveil, remonta à la surface de l’épiderme, des gouttes coulaient sur son visage encore pâle et ses vêtements commençaient à s’humidifier. Machinalement, il s’essuya le front du revers de la main et tout en pratiquant ce geste, son regard tomba sur le sol, à l’endroit même où il venait de se réveillé. Robert s’attendait à y découvrir un lit ou même de l’herbe mais à la place, il eut la fâcheuse surprise d’y trouver une tombe, délabrée, rongée par l’usure du temps. Il se hâta de déchiffrer les inscriptions gravées dans la pierre, son propre nom ainsi que sa date de naissance et de décès y étaient inscrits. Un très rapide calcul mental lui révéla que sa mort s’était déclarée le lendemain de ses soixante-treize ans. Il chercha du regard un indice qui pourrait l’aider à apprendre la date d’aujourd’hui puis il trouva, à trois pas de lui, une poubelle avec à l’intérieur un journal, qu’il soit d’aujourd’hui ou d’hier n’était pas très important pour notre vieillard, ce qu’il désire c’est de connaître approximativement la date de sa remise en forme. Il s’empara du journal et lu : 23 décembre 2102, avant de le rejeter là où il l’avait pris. Par curiosité mais surtout par inquiétude, Pépé regarda les tombes voisines et constata que toute famille sa reposait en paix, à ses côtés. De gauche à droite, sa femme, ses enfants et même ses petits-enfants gisaient à deux mètres sous terre. Cette découverte horriblement affreuse lui fît monter aux yeux toutes les larmes de son corps, son cœur lui faisait mal et ses mains tremblaient. Ne voulant pas en savoir d’avantage sur ces faits, Robert détourna vivement la tête, le dos tourné vers les tombes, les mains toujours tremblantes posées sur le visage, de manière à cacher sa peine et à vider sa souffrance. Quelques minutes plus tard, Pépé se redressa, il essaya de son remémorer son passé et les souvenirs lui revinrent. Ses enfants, sa maison, ses vignes et le génie avec sa bouteille de vin en argent. Il se souvînt aussi des trois vœux qu’il avait formulé avant de mourir, l’explication de sa mort par le génie de même que toutes ces années passées dans l’au-delà. Sans oublier sa femme que Pépé avait retrouvé de l’autre côté, pas assez longtemps à son goût, elle dû se réincarner. Il se rappela aussi de ses amis qui comme lui, se sont fait berner par Gérard en désirant vivre éternellement. On peut dire qu’il en a tué du monde, il y en a eu beaucoup à faire ce genre de souhait, celui qui a gâché leur vie terrestre, celui qui leur ont fait perdre tous leurs biens matériels ainsi que leurs amis. A cause de lui, tous sont coincés dans le monde des morts, errant, invisible sur une terre imaginaire et tout à fait réel en même temps. Des victimes qui ne peuvent pas espérer se réincarner un jour vu qu’ils ont demandé à être là pour l’éternité. Renaître dans un corps matériel serait d’abord passer par une mort naturelle donc annuler la vie éternelle, ce qui trahirait leur souhait. Il se souvenait aussi que chaque fois qu’il revenait sur terre vérifier l’emplacement de la bouteille, il se retrouvait à l’intérieure des toilettes de sa maison, ou de son ancienne maison car il n’a jamais réussit à obtenir d’autorisation pour visiter le reste de sa demeure. Est-elle en ruine ? Y a t’il un nouveau propriétaire ? Que de questions qui restent sans réponses, ou presque car parfois il y voyait une personne, une personne floue, une ombre éclairée de l’intérieure. Une âme voit un vivant comme un vivant voit une âme : du coin de l’œil et en une fraction de seconde. Il ne serait dire son identité mais en cent années de vérifications, Robert constata que c’était toujours la même personne, son spectre matériel ne changeait jamais. Pépé pensa que cet étrange inconnu avait trouvé le génie et avait fait le vœu d’éternité mais c’est impossible ! Ce mortel aurait dû subir le même sort que Robert et que tous les autres, pourtant les couleurs vives qui sortent de l’obscurité de cet individu ne montrent aucun signe de faiblesse, de fatigue, aucune défaillance physique ou psychique, sinon la lumière ne serait pas aussi étincelante. Qui est-il ? Quel est son secret ?

*

Pourquoi a t’il ressuscité ? Cette question lui vînt à l’esprit aussi rapidement que sa mort s’était jadis présentée, il y a précisément cent ans et quatre mois. Pourquoi tout ce temps avant de revivre ? Pourquoi donc s’est il réveillé dans son ancien corps matériel et dans exactement les mêmes habits qu’il portait autrefois, aussi propres et aussi neufs qu’à son dernier jour chez les mortels ? Alors que à en voir l’état des tombes… ces détails devraient être inutilisables après tout ce temps passé sous terre. Et comment ce fait-il qu’il soit apparut en dehors et sur sa propre tombe ? Robert ne voulut pas s’attarder à toutes ces questions qui lui trottaient dans la tête et aucunes des explications qu’il pourrait envisager ne seront assez concluantes. Il n’y a qu’un seul moyen, qu’une seule manière d’avoir des réponses et pour cela il lui faut retrouver le génie, sa bouteille et lui formuler ces questions à travers des vœux.

Un nouveau problème s’ajouta. Pépé reconnu sans trop de mal le cimetière où il venait d’apparaître, c’est celui qui borde sa ville natale, la même où a été fabriquée la bouteille de Gégé : Bédoin, à plus de sept cents kilomètres du repère du génie, donc de sa demeure et de ses vignes. Robert sortit tout de même du cimetière, il se dirigea directement vers le centre ville tout en réfléchissant au moyen de trouver de l’argent afin qu’il puisse rentrer chez lui, et il n’a pas le temps d’attendre.

Sa ville natale n’a pas trop changé en près d’un siècle et demi, quelques immeubles ont poussé, les magasins se sont développés et la population s’est pas mal accroissée. La seule chose qui soit positive c’est que cette petite ville a réussi à garder sa beauté et sa tranquillité provençale.

Au loin, Robert aperçut une bijouterie placée juste en face d’un bar et tout de suite il pensa au goût que doit avoir le vin d’aujourd’hui. En se frottant les mains, Pépé s’aperçut que ses enfants l’avaient fait enterrer avec son alliance et sa gourmette, ce qui lui donna une petite idée, il entra dans la bijouterie et revendit sa bague pour un bon prix. Robert ressortit quelques secondes plus tard avec cinq mille six cents francs en poche et en liquide, le marchandage avait été bref car il a toujours été mauvais dans ce domaine et il détestait cela. Le sourire aux lèvres, il se dirigea sans plus attendre vers le bar. Il avait bien soif Pépé, il est vrai que ça doit assécher le gosier de ressusciter au bout de tant d’années et rien de tel que le meilleur vin qu’ils aient en réserve pour se rassasier. Robert s’assit à la première table libre qu’il vit, une table en terrasse et le serveur rappliqua immédiatement sans laisser le temps à Pépé de profiter du décor.

– Envoie-moi donc un petit rouge mon grand ! Commanda t’il d’une voix rayonnante.

– Désolé mon gars, répliqua le barman, mais si tu savais lire, tu verrais inscrit sur cette pancarte que ce bar est strictement interdit aux vieux. Alors dégage, vas te saouler ailleurs, tu fais fuir mes clients.

Robert partit outré, écœuré de l’impolitesse de cet immonde individu mais sans pour autant le montrer. Gardant l’apparence d’un homme calme, s’efforçant de maintenir une démarche décontractée, il s’arrêta cent mètres plus loin, s’allongea sur un banc public et se concentra profondément. Les yeux fermés, les muscles du corps complètement relâchés, Pépé entra dans un inégalable état de transe. Depuis qu’il est passé de l’autre côté, il a appris à faire la différence entre le monde physique et spirituel, il a appris à contrôler son esprit et sait très bien que le corps n’est qu’une enveloppe. Il ne pensait pas à se venger mais il fallait bien rendre une petite leçon à cet ignoble serveur. Il satura ses pensées et son esprit en direction du bar puis après quelques secondes, les télévisions, les vitrines ainsi que toutes les verreries explosèrent dans un terrible fracas. Les employés et tous les clients sortirent du bar comme s’ils étaient envahis par une puissante peur collective. Robert attendit sagement que le jeune serveur reprenne son souffle et qu’il regarde vers sa direction, celui-ci le vit allongé sur un banc et entendit dans sa tête aussi bien que si le vieux lui parlait à l’oreille.

– Désormais, lui expliqua Pépé mentalement, ton bistrot accueillera à bras ouvert toutes les personnes âgées qui s’y présenteront, tu les serviras aimablement et sans aucunes arrières pensées négatives. Si pour une raison ou une autre, tu ne respecte pas cela, ton bar fera en peu de temps faillite à force de réparer la casse et de perdre ses clients. Je te surveille, ne l’oublie jamais.

Le contact coupé, Robert se releva et partit à la recherche d’un bar plus accueillant et en meilleur état. Il se fît, non loin du désastre, sa petite cure revitalisante dans un bistrot dont il avait des souvenirs. Il y venait souvent lorsqu’il était tout jeune, accompagné de son père, le vieux croûton comme il l’avait plus tard surnommé. Robert le détestait, il éprouvait une indescriptible haine envers lui. Un père alcoolique qui frappait sa femme et son fils quand ce dernier s’interposait. Il aurait tant aimé se retrouver face à lui dans le monde des morts mais son père avait déjà dû se réincarner ou peut être avait il été projeté dans le bas astral : une sorte d’enfer à plusieurs niveaux. Personne ne sait combien il y en a en tout simplement parce que personne n’en est jamais revenu. Certains disent que ceux qui ont dépassés le palier sept inférieur ont vu le diable et d’autres prétendent que le diable n’ose même pas s’aventurer au-dessous du niveau cinq inférieur. Une âme jetée dans un niveau plus bas que le moins un ne remonte jamais la pente et ne la remontera jamais.

Pauvre Robert, un enfant traumatisé qui n’a pas voulu suivre le chemin de son père. Certes il aime l’alcool et en particulier le bon vin mais il n’en abuse que très rarement. Pépé n’a jamais levé la main sur un seul de ses enfants et de cela, il en est fier. Il ne désirait pas qu’ils endurcissent ce que lui a autrefois vécu.

Robert ne resta pas longtemps dans ce bar, il se remémorait beaucoup trop de mauvais souvenirs. Il demanda au patron de lui appeler un taxi, lui paya son verre et sortit attendre la voiture dehors. Très peu de temps après, le taxi arriva et Pépé s’installa.

– La gare d’Avignon s’il vous plaît ! Exigea t’il.

Une demi-heure plus tard, Robert descendit de la voiture après avoir généreusement payé le chauffeur puis pénétra dans la gare, il acheta un aller simple pour Liverdun. La jeune femme lui expliqua poliment que la gare la plus proche se trouvait à Nancy, celle de Liverdun avait été abandonnée depuis fort longtemps. Il n’eut pas trop le choix donc il pris un aller simple pour Nancy. Le train arriva une heure plus tard mais il fallut près de vingt minutes aux gendarmes pour fouiller les wagons et les quelques passagers. Robert dormit presque tout le long du trajet, à deux reprises il fût réveillé par une sorte de contrôleur sur-armé. La première fois que son sommeil fût troublé, c’était pour une vérification du billet, la deuxième fois, c’est pour lui annoncer son arrivée et qu’il fallait se dépêcher de sortir. Le train s’arrêta, les gardes descendirent les premiers, ils firent signe aux passagers de décamper puis ils remontèrent dans le train avant de repartir, laissant les voyageurs livrés à eux-mêmes dans une gare déserte, sans surveillance et dans un piteux état. Pépé ne reconnaissait plus cette ville, pourtant il y venait souvent dans le passé. Il était étonné de découvrir tous ces changements, il ne s’attendait pas à cela, pas du tout.

Suite

 

 

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