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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Seby
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L’homme ... à modeler
(2/2)

Le début de la semaine suivante se déroula tranquillement, sans histoires. Lundi et jeudi, Steven signa des tonnes et des tonnes d’autographes, il avait insisté auprès de Nicky pour que cela se passe dans le calme et surtout dans une salle climatisée. Mardi, il répéta ses gestes et ses pas de danse pour qu’aucun mauvais coup ne survienne pendant le concert. Mercredi, il ne fit rien sauf un peu de sport et participa à une émission télévisée. Il préférait se reposer, étrangement, il éprouvait souvent le besoin de dormir mais cela n’était guerre gênant. Vendredi matin, Steven s’éveilla en pleine forme, heureux de vivre, avec un merveilleux sourire qui lui remontait jusqu’aux oreilles. Impatient de découvrir la salle de concert où il se produirait le soir même, il se dépêcha de prendre sa douche, d’avaler son petit déjeuner, tout cela s’effectua en moins d’une vingtaine de minutes. Avant de faire les cents pas, il téléphona à Nicky afin de le presser de venir le chercher pour l’emmener visiter les coulisses et la salle.

– Je passe te prendre dans une heure, assura son coach, occupe-toi !

Subitement énervé parce qu’il espérait que son manager vienne le chercher de suite, le boys-band raccrocha violemment le combiné téléphonique et commença à chauffer sa voix. Comme prévu, son Nicky arriva une heure plus tard, exactement une heure plus tard et son protégé avait tellement bien chauffé sa voix qu’il pouvait la monter dans les aigus comme dans les graves sans avoir besoin de forcer. Il n’eut pas le temps d’entrer que Steven le poussa pour partir. Arrivé à l’endroit tant désiré, le boys-band découvrit, avec les yeux d’un enfant qui trouve un matin ce que lui a laissé le père Noël, l’immense salle de concert. Il l’inspecta visuellement d’un bout à l’autre, recherchant ses fameux ventilateurs, son seul moyen de survie, et ils étaient bien présents. Son coach tenait toujours ses promesses et il avait fait remplir la scène de quarante-deux systèmes d’aération, vingt et uns encastrés dans le sol et vingt et uns autres accrochés au plafond.

– J’espère que tu sais ce que tu fais ? Interrogea Nicky. Il faut que tu saches que si tu désires que tous ventilateurs soient poussés à leur puissance maximale, ton côté de la scène atteindra environ moins quinze degrés. Franchement, je ne te comprends pas mais je te fais confiance. Viens avec moi, il faut que je te présente le chef de la sécurité.

Ils traversèrent la salle de concert, montèrent sur l’estrade puis empruntèrent un long couloir fourmillant de personnes qu’il n’avait jamais vues hormis certaines comme des maquilleuses, des techniciens et quelques gardes qu’il avait jadis employé.

– Steven ! Appela son coach. Voici monsieur Vincent Blood, ce type risquerait sa vie pour sauver la tienne, j’ai foi en lui parce que je suis sur et certain que c’est le meilleur.

– Cela m’étonnerait beaucoup ! Cracha brutalement le boys-band. Tant qu’il fait son boulot et qu’il ne m’empêche pas de faire le mien…

Monsieur Blood eut un petit sursaut à cette remarque inattendue et répliqua aussi férocement :

– Sachez que je suis le meilleur dans mon domaine et que je risquerais ma peau même si c’est pour une personne qui ne le mérite pas.

– Des paroles, toujours des paroles, repris Steven, je ne te paie pas pour parler mais pour agir alors à partir de maintenant, tu te tais et tu fais ton travail.

– Reçu patron ! Acheva Vincent écœuré.

– Où se trouve ma loge ? Renchaîna le boys-band en se tournant vers son manager.

Arrivé à la loge de la star, Nicky entra avec lui, referma brutalement la porte et laissa exploser ses nerfs.

– Ca te prend souvent de parler de cette façon à un type chargé de ta sécurité ? Je vais de ce pas le voir et toi… tiens toi tranquille.

– Que vas-tu lui dire ? Interrogea l’effronté.

– Je vais juste lui annoncer que tu l’attends dans ta loge et que tu veux t’excuser pour ce petit malentendu. Tu as d’ailleurs intérêt à le faire sinon tu le regretteras et crois-moi, il y a du monde dans la rue qui aimerait, tout comme toi, devenir une grande star.

Nicky repartit en claquant la porte rejoindre monsieur Blood tandis que Steven se mit à faire les cents pas dans sa loge, façon de faire le vide le plus total dans sa tête et son esprit. Il stoppa net sa ronde lorsque quelqu’un frappa, il ouvrit et aperçut l’air idiot que son (nouvel ami) faisait. Gentiment, il lui demanda d’entrer puis se lança :

– Vincent… puis-je vous appeler par votre prénom ?

– Bien sûr ! Répondit-il aimablement.

– Je vous prie d’accepter mes plus sincères excuses et je…

Steven s’interrompit quand il vit une jeune personne habillée comme un type de la sécurité pénétrer dans sa loge. Machinalement, il envoya un rapide bonjour étonné à l’inconnu avant que celui-ci ne sorte un revolver caché dans la poche intérieure de son blouson. Monsieur Blood eut à peine le temps de se retourner et ainsi découvrir le visage de l’étranger qu’il tira sur le boys-band. A son tour, le chef de la sécurité dégaina son arme, visa le front de l’assassin et tira pratiquement à bout portant. La tête de l’individu explosa en des milliers de petits morceaux.

Le sang et la cervelle recouvraient désormais le sol, les murs et même le plafond de la loge. Les nerfs de la victime, encore actifs, la firent avancer d’un lent et interminable pas vers sa cible avant de s’effondrer dans un effroyable silence. Vincent se retourna de suite vers protégé pour y découvrir un homme horrifié, au visage pâle et aux yeux exorbités. Sous le choc, Steven s’évanouit, il tomba à terre sans mots dire, dans un silence de mort. Inquiet, monsieur Blood le secoua :

– Est-ce que vous allez bien ? Avez-vous été touché ?

Il jeta un rapide coup d’œil sur le corps de la star mais il ne vit aucune blessure apparente, rien que le sang du meurtrier mort, jusqu’à ce que ses yeux arrivent à la hauteur de ses épaules. Steven fit son possible pour détourner le regard du sauveur puis ils se relevèrent tous d’eux, découvrant la nouvelle peinture fraîche de la loge. Le boys-band repris sa respiration avant de répondre d’une voix encore troublée :

– Non, ça va, je n’ai rien. Merci Vincent et tant que j’y suis, veuillez accepter mes excuses pour la façon de je vous ai parlé tout à l’heure, je vois que vous faites un excellent travail. Maintenant ce que j’aimerais, c’est changer de loge, de vêtement après une bonne douche froide si vous n’avez pas d’objections à faire bien sûr.

– Je n’en vois aucunes, répliqua Monsieur Blood, mais avant il faut que je demande à deux ou trois de mes hommes qu’ils inspectent votre loge de remplacement. Vous comprenez, on ne sait jamais.

Dés que le manager fut mis au courant de la terrible nouvelle, il rappliqua aussitôt comme un hystérique. A son arrivée, le chef de la sécurité, toujours sur tension, ressortit son revolver encore chaud et le pointa en direction de Nicky qui recula instinctivement d’un pas et supplia le nerveux de reprendre son calme. Il regardèrent tous d’eux le restant du cadavre qui gisait à leurs pieds et à cette vue, le manager Nicky sur le mort, ce qui fit éclater de rire Monsieur Blood.

Une bonne demi-heure après le carnage, Steven avait une nouvelle loge, le chef de la sécurité avait fait renforcer les entrées et sorties des coulisses et le manager essayait tant bien que mal de convaincre sa machine à fric de remettre le concert à une autre date mais la star du show-business le lui refusait à chaque tentative. Il ne pouvait décevoir ses fans qui, depuis déjà pas mal d’années, le supportaient et faisaient progresser leur idole préférée.

– Le concert débute dans deux heures ! Hurlèrent les haut-parleurs installés dans les couloirs.

– Il faut que je te laisse, signala Nicky à son protégé, essaie d’oublier ce qui vient de se passer, je reviendrais te voir avant que commence le spectacle.

Le temps passa vite, si vite que la star ne s’était pas tout à fait remise de ses émotions. Dure journée pour un homme qui n’a que pour habitude de signer des autographes, parler à la presse et faire des représentations publiques. Dure journée pour un homme qui n’a jamais vu de cadavre autre que dans les films télévisés. Dure journée pour un homme qui n’en est plus vraiment un. L’angoisse qu’éprouvait Steven n’était pas causée par la foule qui attendait leur idole dans la salle. Non, elle était dirigée vers les ventilateurs, il avait surtout peur que ceux-ci tombent en panne ou ne soient pas assez puissants, il est vrai que même sur scène, la chaleur devient vite insupportable et avec tout ce monde qui vient le voir, ça risque d’être horrible. Après la visite de Nicky et après que Steven lui ait ordonné d’allumer les aérations aux trois quarts de leur puissance, le boys-band entra en action.

Il fallait voir cela, la foule était en délire et le chanteur au plus haut de sa forme, les ventilateurs fonctionnaient à merveille et les projecteurs ne gênaient nullement la star, il n’avait aucune chance de fondre sur place. Sentant la salle chauffer et la température augmenter, Steven fit un signe discret de la main au personnel de la technique pour qu’il fasse accélérer la vitesse de rotation des hélices. Il avait raison car en y pensant bien, il y avait un certain danger, les milliers de projecteurs plus la foule et l’ambiance surchauffaient la salle, les équipes de secours ne cessaient de s’occuper de fans qui tombaient dans les pommes. Un technicien appliqua sans attendre ce qu’ordonna le boys-band qui le remercia d’un large sourire.

Désormais, plus rien ne pouvait arrêter le monstre du show-business, tous danger étaient écartés mais Steven commençait étrangement à avoir du mal de bouger, de plus en plus de mal. Évidemment il avait tout prévu, tout essayé, tout testé, il avait découvert que la chaleur était son seul ennemi mais n’avait pas trouvé que l’ennemi de cet ennemi était aussi le sien, autrement dit : le froid. Steven avait perdu quelques sens et ne pouvait connaître la température qui régnait sur scène. Le corps crispé, il ne put ordonner aux techniciens de baisser la puissance des ventilateurs. Un sourire figé atteint inconsciemment ses lèvres, il durcissait sur place, à vue d’œil. Rapidement, il s’arrêta de danser, chanter, il ne le fit pas volontairement, au contraire, un boys-band digne de son succès aurait tout fait pour continuer et terminer son show mais il ne le pouvait plus, il ne parvenait plus à faire le moindre mouvement, il n’en était plus capable. Dans un impensable effort de volonté et de concentration, il réussit à baisser la tête et les yeux en direction de son bras gauche, il n’était plus là. Maintenant le silence régnait en maître dans la salle, le public était tout aussi figé que leur idole, non pas pour la même raison mais par peur, il ne pouvait que regarder l’atroce spectacle se dérouler sous leurs yeux sans être en mesure d’intervenir. Steven, en continuant à forcer comme un titan parvint à diriger ses yeux vers son deuxième bras, il n’était plus là non-plus. Priant mentalement le seigneur, il entendit d’inquiétants craquements à la base de son cou. La foule était stupéfaite de voir leur idole se décomposer sous leurs yeux, de cette manière, à cette vitesse. Quelques milliers de personnes s’évanouirent, quelques milliers d’autres en restèrent bouche-bée et une minorité pensait que leur star leur avait réservé des nouveaux effets spéciaux rien que pour augmenter la magie du concert mais beaucoup étaient réalistes. Soudainement, Steven tomba à terre, il venait de perdre une jambe, l’autre s’envola à son tour prise par la force des ventilateurs puis la tête roula sur toute la largeur de la scène. Ce fut le plus impressionnant et dernier concert d’un boys-band nommé Steven !

*

Après cette émouvante et troublante histoire, que pensez-vous de la gloire ? Aimeriez-vous, à votre tour, devenir une star comme Steven ? Si vous dites oui, à mon avis, c’est parce que vous ne me croyez pas du tout. Une histoire pour les enfants me diriez-vous, une histoire à dormir debout. C’est vrai ! Pourquoi croire la vérité alors qu’il y a des centaines de rumeurs plus logiques que cette invraisemblable histoire et je vous dirais : croyez ce que vous voudrez !

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que dans ma vie j’ai été le père de milliers de rumeurs, j’ai aussi eu autant de prénoms mais les plus belles rumeurs que j’ai déclenchées sont lorsque je me nommais Roberto. Alors restez sur vos gardes car à vous aussi cela peut arriver…

FIN

 

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