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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Seby

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Homicide involontaire ?!
(1/2)

De nature active, ce jour-là n’était pas un jour comme les autres, pour une fois Jack Silvat n’avait rien à faire, aucune obligation, aucune activité, du coup il s’ennuyait terriblement.

Il transvasa du café chaud qu’il venait de faire dans une tasse puis s’assied sur le canapé de son salon. Machinalement, il porta son regard sur les aiguilles de l’horloge qui ornait cette pièce et découvrit qu’elles indiquaient trois heures de l’après-midi. Silvat se concentra de toute son âme sur la trotteuse afin de pénétrer en son cœur pour se mettre quelques instants à sa place. Contrairement à lui, elle avait quelque chose à faire et cela même si elle tournait toujours en rond. Elle devait, à un moment précis, ordonner à l’aiguille des minutes de se déplacer d’un cran, aiguille qui fera de même pour celle des heures. En quelque sorte, c’est la trotteuse le grand chef.

Jack sortit de son état hypnotique, il relut l’heure et pris conscience que vingt minutes s’étaient écoulées, il ne vit rien à tout ce temps perdu, il ne le sentit même pas. Silvat sentit quelques larmes couler sur son visage, il les essuya rapidement et se demanda ce qu’il venait de se passer. La concentration avait été si intense qu’il en avait oublié de cligner des yeux, ou avait peu cligné.

Une concentration si longue que lui ainsi que l’aiguille la plus rapide de l’horloge de son salon parcouraient le même chemin, ensemble sur une durée de vingt minutes. Tout cela pour indiquer les mêmes secondes et donner les mêmes ordres lorsqu’elle atteindrait son point de départ. Quelle étrange vie ? Infernale et morose, pourtant ça a l’air de lui plaire, bien qu‘elle n’ait pas connu autre divertissement que de tourner en rond. En fin de compte, cette trotteuse ressemblait à Silvat, du moins sur deux points : le premier est la routine, toujours la même vie, le même travail fatiguant, sans intérêts et jamais aucun remerciement n’est perçu. Le second point est le temps, vingt minutes écoulées pour cette aiguille sont comme vingt années pour Jack. Vingt minutes… vingt ans… Autant de temps gâché à l’un comme à l’autre.

Silvat se rappela qu’un café l’attendait, il en avala une gorgée pour la recracher de suite, en près d’un quart de siècle de trotteuse, un café avait largement le temps de se refroidir. Il reposa la tasse sur la table devant lui, se leva puis partit prendre une douche bien chaude. Il ne resta pas longtemps dessous, il en ressortit presque aussitôt, se sécha, s’habilla et au moment de se coiffer, Jack vit son visage dans le miroir. Un visage jeune, sans la moindre ride, des cheveux bruns, mi-long, ébouriffés et encore mouillés. L’image reflétée par le miroir se transforma en un visage de vieil homme aux cheveux gris, des joues creuses et des yeux si tristes que l’on a envie de pleurer pour lui. Un homme fatigué par le temps, un homme qui a fait son temps. Jack repris ses esprits, coiffa ses cheveux en arrière puis sortit de son studio afin de boire, cette fois-ci, un café bien chaud dans un bar situé au coin de sa rue. Au passage, il attrapa le courrier dans sa boite à lettres, histoire de ne pas la charger et de ne pas se mettre le facteur à dos. Dehors on sentait la vie, les rues grouillaient de personnes qui couraient, se pressaient de peur d’arriver en retard à leur travail, des enfants jouaient, s’agitaient sous un soleil de plomb, un soleil d’été. Silvat s’arrêta devant cette scène et en profita pour lire son courrier. La première lettre était un rappel de factures impayées, la seconde provenait de sa mère et la dernière venait de son travail. Jack la lu plus lentement que les autres puis s’écria à voix haute :

– Je suis viré ! Quelle bande d’enculés ceux-là, après tout ce que j’ai fait pour eux. Et puis de toutes façons à part ma mère, personne ne m’envoie de bonnes nouvelles, et encore…

Silvat jeta ses trois lettres dont celle de sa mère et se rendit au bar.

– Bonjour mon ami, je te sers quoi ? Questionna le patron en le voyant arriver. Oh ! Mais dis donc, ce n’est pas la grande forme aujourd’hui, t’as une de ces tristes mines qui me donnent envie de pleurer.

– Sers donc un café à un nouveau chômeur, lança t’il en s’installant au comptoir, un café bien chaud.

– Toutes mes condoléances, ça a dû être dur.

– Je m’y attendais un peu et de toute manière, ils commençaient à me prendre la tête dans cette boite de fayots. Tu sais, bosser dans une boucherie n’est pas vraiment joyeux.

– Que vas-tu faire maintenant ?

– Je ne sais pas, je crois que je vais retourner chez ma mère. Elle sera contente de me voir, du moins je l’espère.

– On ne te verra plus traîner par ici alors ? Fais chier ! T’es celui qui ramenait le plus de fric dans mes caisses, comment vais-je vivre maintenant ? Sans déconner, tu m’enverras de tes nouvelles ?

– Calme-toi, je ne vais pas rester définitivement chez ma mère, je vais juste prendre quelques jours de vacance et de toute façon, je ne tiendrais pas six mois chez elle sans me suicider.

Après avoir payé sa consommation, Silvat rentra chez lui préparer ses valises, quelques heures plus tard, il était dans le train en direction de Brest. Arrivé devant le portail de sa maison d’enfance, Jack hésita un long moment avant de sonner, il craignait la réaction de sa mère, il était jadis partit si violemment de chez lui, à cause d’une dispute tellement grotesque qu’il le regrettait chaque fois qu’il y repensait. Silvat ne savait pas s’il elle voudrait encore le revoir mais il était trop tard, cachée derrière sa fenêtre, elle venait de le surprendre. Le cœur de Jack s’accéléra lorsqu’il vit la porte s’ouvrir et l’accueil se fit comme il se le devait en de pareilles circonstances.

– Mon bébé ! Cria t’elle en courant vers son fiston pour le serrer dans ses bras. Tu es revenu ! Oh! Mais comme tu as grandi.

– Ca va maman, je vais bien mais arrête de me pincer les joues, ça commence à faire mal.

– Excuse-moi mais c’est parce que je suis heureuse de te revoir. Combien de temps restes-tu ? Je suppose que tu n’es que de passage, tu vas bien rester un mois ou deux.

– Peut-être un peu plus, je me suis fait virer et j’ai besoin de vacance. Puis-je te demander un service ?

– Oui mon bébé, répondit t’elle, demande moi ce que tu veux.

– Tu vas dire que j’insiste mais s’il te plaît, arrête de me pincer les joues, tu vas finir par me les éclater.

– C’est vrai que tu insistes mais ne reste pas là, entre, installe-toi, désires-tu quelque chose de frais à boire ?

– Non-merci, je suis fatigué par le voyage, je préfère dormir un peu.

– Vas-y mon bébé, je n’ai pas touché à ta chambre depuis que tu es partit.

– C’est bien ce qui me fait peur. Acheva t’il en entrant pour s’affaler sur son vieux lit et s’endormir comme un « bébé. »

*

Jack entra dans le wagon des premières classes et pris place à côté d’un passager habillé d’un splendide costard noir. Cette partie du train était pratiquement remplie, presque plus aucune place n’était disponible. A bord, les gens parlaient dans leur téléphone portable, les plus calmes lisaient des magasines et les autres regardaient dehors les maisons, les prés et les vaches défiler rapidement sous leurs yeux. Silvat sortit de sa poche un paquet de cigarette et un briquet, il en saisit une, la porta à ses lèvres et se l’alluma. Son voisin le prévînt d’un air sympathique qu’il se trouvait dans un wagon non-fumeur et le pria d’éteindre sa cigarette. Jack le regarda avec mépris mais son attention changea de direction lorsqu’un contrôleur se présenta aux voyageurs en leur demandant de bien vouloir lui présenter leur billet. De loin, il aperçut Silvat, il se tint instinctivement sur ses gardes puis arriva à sa hauteur.

– Monsieur, puis-je voir votre billet s’il vous plaît ?

– Va te faire enculer connard ! Lui cracha sèchement Silvat.

La panique envahit l’inspecteur qui ne faisait que son travail. Il s’empara de son talkie-walkie pour appeler ses collègues en secours mais Silvat se leva, le lui arracha des mains avant qu’il n’ait eu le temps de placer le moindre mot et l’envoya de toutes ses forces contre une vitre du train. Pendant que les regards étaient dirigés vers la vitre qui s’effondrait, laissant passer le vent et l’insupportable bruit que font les roues en frottant sur les rails, Jack sortit de nulle part un gros couteau de boucher qu’il enfonça sans hésiter dans la gorge du contrôleur. Celui-ci fit un demi-tour sur lui-même, faisant découvrir sa nuque et la pointe du couteau qui l’avait traversé, avant de tomber face au sol. Une jeune femme enceinte assise à trois mètres du meurtre se mit à hurler devant le massacre, Jack empoigna l’arme blanche qui venait de servir, l’arracha du cou du contrôleur, se dirigea vers la jeune mère en souriant et lui ouvrit le ventre de haut en bas. Après le découpage, il jeta l’outil de torture en direction de l’homme au costard noir. Instinctivement, celui-ci porta ses mains à son oeil gauche, sentit le couteau enfoncé avant de s’effondrer comme l’avait fait le contrôleur. Pendant ce temps, Silvat enfonça ses mains dans le ventre de la jeune femme et les ressorties avec un bébé dans chaque, il les mit à la hauteur des yeux de l’ex-future mère puis les lâcha en annonçant d’une voix amusée :

– J’ai l’immense joie de t’apprendre que tu as deux jolies petites filles. Tu pourrais me remercier au lieu de chialer, je viens de leurs éviter toutes les misères de ce monde. Saloperie de pondeuse !

*

– Mon dieu ! S’exclama Jack en se réveillant le lendemain de son arrivée chez sa mère. Ce n’était qu’un cauchemar !

Essoufflé, il se leva, se dirigea vers la salle de bain prendre une douche, descendit vers la cuisine se faire un petit déjeuner puis alluma la télévision sur la chaîne des informations régionales. La première chose qui le frappa fut l’heure qu’il était : deux heures et quart de l’après-midi. La seconde fut l’histoire d’un homme recherché pour avoir commis cinq meurtres dans le train de treize heures et demie en direction de Brest. Un homme armé et dangereux, la police a lancé un avis de recherche et les infos diffusaient un portrait-robot effectué d’après les témoignages des voyageurs qui, pour la plus grande majorité, sont traumatisés et le resteront certainement longtemps. Les informations incitaient aussi à faire fortement attention à cet homme et à surtout ne pas le provoquer, nul n’a connaissance des mobiles qui le poussent à tuer, nul n’a connaissance des atrocités qu‘il peut encore faire. Un message était clairement envoyé aux téléspectateurs, message à prendre au sérieux : « Quiconque apercevrait l’assassin est prié de contacter la police le plus rapidement possible. » Mais le plus étrange dans cette histoire, c’est que le meurtrier a disparu comme par magie, sous les yeux des témoins.

Un gros problème se posait, un de ces problèmes qui provoquent des crises cardiaques chez certaines personnes. Le portait robot présenté par le journal télévisé est celui de Silvat, la même tête, le même visage, jusqu’à la coupe de cheveux. Il en resta blême devant le poste, étonné, sans voix, immobile jusqu’à ce que sa mère rentre, anxieuse pour son fiston adoré.

– Mon bébé ! Hurla t’elle affolée. As-tu vu ce qu’ils disent aux infos ? S’il te plaît, dis-moi que ce n’est pas toi, dis-moi que tu n’as rien à voir avec tout ça. De toute façon, ce ne peux pas être toi vu que tu es arrivé hier soir et que tu étais ici, entrain de dormir quand c’est arrivé. Tu ne pouvais pas te trouver dans deux endroits à la fois.

La sonnerie de la porte d’entrée retentie et c’est madame Silvat qui ouvrit. Elle découvrit huit policiers armés et en alerte.

– Que me voulez-vous ? Interrogea froidement sa mère prise par son instinct de protection maternel. Vous n’avez rien à faire ici.

– Une personne qui restera, sous sa demande anonyme, nous a signalé que vous abritiez un dangereux criminel actuellement recherché. Elle nous a aussi précisé qu’il se nomme Jack, que c’est votre fils et qu’il se trouve en ce moment chez vous. Alors si vous ne voulez pas vous aussi être mise en état d’arrestation… coopérez !

Les policiers entrèrent dans la maison, bousculant légèrement la pauvre femme qui faillit tomber puis ils retrouvèrent, toujours assis sur le canapé du salon, le si terrible assassin. Ils l’emmenèrent sans attendre, menottes aux poings, au commissariat le plus important de la ville. Jack s’efforçait du mieux qu’il le pouvait de garder son calme même si la peur et la panique tentaient prendre le dessus.

– Nom et prénoms ! Demanda l’un des commissaires chargés de l’enquête.

– Silvat Jacques Hervé monsieur.

– Où étais-tu et que faisais-tu aujourd’hui à précisément une heure trente minutes de l’après-midi ?

– Je dormais chez ma mère mais vous faites erreur sur la personne, je n’aurais jamais pu faire de telles atrocités. De plus, je suis arrivé hier soir alors que le tueur a frappé cet après-midi.

– Monsieur Silvat, continua le commissaire, moi je crois ce que je vois et là, je vois votre tête sur les affiches des personnes recherchées. Et vous auriez très bien pu prendre le train en sens inverse et revenir faire vos meurtres et ainsi, fournir comme alibi l’histoire avec votre mère. D’après ce que nous a raconté votre mère, vous avez longuement dormi depuis votre arrivé, ce qui ne vous arrange guère car toute votre période de sommeil vous donnait largement le temps de faire tous ces trajets. Franchement, croyez-vous que le seul témoignage de votre mère aurait suffi à vous innocenter ? Et en particulier avec cinq meurtres dont deux bébés sur le dos. Nous ne sommes pas aussi cons que vous le pensez.

– Puisse que je vous dis que je suis innocent et que vous vous trompez de personne. Brailla Jack en se remémorant le visage du vieillard que lui avait reflété le miroir de la salle de bain de son studio. Était-ce un présage ? Avait-il vu son destin ? Sa fin ? Enfin, continua t’il, ce n’est tout de même pas de ma faute si ce type me ressemble comme deux gouttes d’eau.

– J’en ai vu des meurtriers soi-disant innocents, repris le commissaire, mais vous, vous m’avez l’air franc. N’imaginez pas que je vous crois ou que j’ai de la pitié pour vous. Au contraire, je suis de nature méfiante et je ne vous aime pas du tout. Si ça ne tenait qu’à moi, je ferais ressortir la guillotine et je vous ferais couper la tête sur-le-champ, sans vous juger ou même mieux, je vous enverrais directement sur une chaise électrique pour que vous souffriez autant que vos victimes. Seulement il y a des lois qui me l’interdisent… dommage ! Même si je ne le montre pas, il y a en moi un côté humain qui me dit de prendre mes gardes pour ne pas enfermer un innocent et comme vous le dites ainsi que votre mère, vous en êtes un. Pour cela que je vais vous faire la seule proposition qui s’impose : je vous garde ici jusqu’à ce que le soi-disant assassin refasse surface. Dans ce cas, je vous libère et vous pourrez continuer votre misérable vie normalement. S’il s’avère que vous êtes le véritable meurtrier, je ferais en sorte que la prison soit un inimaginable calvaire pour vous. Sauf si toutefois, un beau jour, vous décidiez de parler, dans ce cas la peine serait peut-être moins lourde mais quoiqu’il arrive, j’aurais une augmentation et cela grâce à vous. Ma proposition vous convient-elle ?

– Ai-je vraiment le choix ? Répondit Silvat découragé. C’est dur à dire mais j’espère que l’assassin va encore frapper et le plutôt sera le mieux.

Suite

 

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