Le
peuple miroir
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Le docteur Aldon Carwell était un homme pour qui l’observation
et l’analyse relevaient du sacerdoce. Responsable du programme
Contact et Communication, il effectuait son travail avec une rigueur
scientifique dont il ne se départait jamais. Bardé des
diplômes parmi les plus prestigieux, le docteur Aldon Corwell
jouissait, à bientôt soixante ans, d’une réputation
qui avait depuis longtemps dépassé le simple cadre universitaire.
Ses recherches sur les primates d’Afrique australe, puis la publication
dans la revue New Science de conclusions aussi surprenantes qu’inattaquables,
avaient suscité un élan d’admiration de la part
de toute la communauté scientifique, aussi bien dans son propre
pays, l’Irlande, que dans le reste du monde. Il faut dire que
l’annonce de sa théorie sur l’origine de l’Homme
et, plus généralement, sur l’évolution, ne
souffrait d’aucune contestation, du moins dans les salons enfumés
de la bonne société scientifique.
La découverte, six mois plus tard, de la planète Sigma
87 avait d’ailleurs effacé les quelques doutes qui planaient
encore, ici et là, quant à la pertinence de son analyse.
Le professeur avait alors été convié à présenter
ses conclusions sur les plateaux des programmes télévisés
les plus populaires. Le public avait été envoûté
par la voix de ce petit homme chétif dont les grosses lunettes
ne suffisaient pas à masquer une timidité presque maladive.
Face à tant de compétences, et à l’insolence
de ce succès, les responsables du programme Contact et Communication
n’avaient donc pas hésité une seule seconde avant
de choisir le petit homme sec et dégarni pour accomplir l’une
des missions parmi les plus importantes de toute l’histoire de
l’humanité.
Depuis son arrivée sur Sigma 87, le docteur Carwell accomplissait
chaque jour le même rituel. Il se levait très tôt
– jamais après six heures du matin – et, après
s’être douché et habillé, il rejoignait le
laboratoire installé à quelques mètres du lac Intérieur.
Le scientifique appréciait la sérénité qu’offrait
l’immense étendue d’eau, dont la surface semblait
figée pour l’éternité. Vu du ciel, le lac
ressemblait à l’œil unique d’une planète
cyclope, veillant sur la tranquillité de ses habitants. Seule
étendue d’eau de la planète, il couvrait cependant
près de quarante pour cent de la superficie totale.
Tout autour du lac s’étendaient à perte de vue plaines
et plateaux même si, parfois, les réminiscences de quelque
dénivellation, colline ou mamelon grignoté par l’érosion,
venaient rompre la monotonie du paysage. Sur ces territoires à
l’homogénéité surnaturelle, le climat était
doux et accueillant, sauf à l’approche des pôles
où un froid cinglant interdisait toute apparition et toute propagation
de la vie animale comme végétale. Les terriens avaient
envoyé plusieurs sondes dans ces régions ; elles n’avaient
rapporté que des échantillons de glace ainsi que des cristaux
dont la composition était depuis longtemps connue des scientifiques.
L’équipe de chercheurs s’était donc focalisée
sur les terres encerclant le lac Intérieur, afin de pouvoir cibler
leurs études sur les organismes à la fois animaux et végétaux,
terrestres et marins. Cette mer intérieure recelait en effet
une myriade d’espèces dont l’examen n’en était
encore qu’à ses tous premiers balbutiements.
Ce matin encore, Carwell laissait son esprit vagabonder sur le miroir
lisse et scintillant qui s’étendait à perte de vue.
Avant de rejoindre ses ordinateurs, il aimait contempler les deux soleils
se lever derrière l’horizon, enflammant de leurs rayons
matinaux les eaux encore endormies du lac. Il admirait, sans jamais
se lasser, les scintillements de l’aube, milliers de cristaux
marins qui absorbaient et réfléchissaient l’énergie
des astres. La planète Sigma 87 était en effet le satellite
non pas d’un, mais de deux soleils : Arthénon et Polyathénon.
Les deux astres, l’un rouge sang, l’autre légèrement
violacé - en raison d’un taux en silicium particulièrement
élevé - ne se quittaient jamais dans le ciel de cette
étrange planète.
Bien avant que l’Homme ne foule le sol de Sigma 87, les astronomes
savaient que son atmosphère permettrait l’établissement
d’une colonie de terriens. Si l’air contenait un certain
nombre de gaz auxquels les humains n’étaient pas habitués,
la quantité d’oxygène suffisait à alimenter
leurs poumons. Finalement, au bout de quelques jours seulement, l’organisme
s’habituait aux conditions de vie de la planète. Quant
aux rayons des soleils, ils étaient certes deux fois plus puissants
que sur la Terre, mais Sigma 87 était entourée d’une
ceinture composée de gaz lourds et de micro particules d’origine
inconnue qui jouaient le rôle d’un filtre diablement efficace.
Par conséquent, le rayonnement des ultraviolets perdait une grande
part de son intensité avant d’entrer dans l’atmosphère
de la planète.
On ne risquait donc pas d’attraper des coups de soleil, et on
pouvait même fixer les astres ocre et violacé sans risquer
de se brûler les yeux.
La présence conjointe des deux étoiles naines produisait
cependant des phénomènes auxquels l’œil humain
n’avait jamais pu assister sur la Terre. C’est pourquoi
le docteur Carwell ne manquait jamais le lever de ces deux soleils.
Arthénon apparaissait toujours le premier, avec quelques minutes
d’avance sur son frère jumeau. L’astre violet suivait
rapidement, et les deux soleils prenaient alors leur envol, pour ne
plus jamais se quitter. Ils étaient si proches l’un de
l’autre, et en même temps si différents, si opposés.
Arthénon était un disque plein, aux contours d’une
régularité quasi géométrique. Polyathénon,
au contraire, offrait une image plus floue, et sa surface semblait onduler,
comme si l’astre se situait derrière un miroir déformant.
Arthénon paraissait plus grand ; pourtant, les deux soleils avaient
exactement la même taille, et les astronomes s’étonnaient
encore aujourd’hui de cette situation physique presque surnaturelle.
La lumière du lever de soleils sur Sigma 87 donnait une coloration
spectaculaire au ciel. Carwell observait la nébuleuse astrale,
mélange de rouge, d’ocre et de feu. Il avait l’impression
qu’un peintre invisible dessinait des motifs mystérieux,
piochant ses couleurs et trempant ses pinceaux dans les palettes offertes
par Arthénon et Polyathénon. Le résultat était
un tableau différent chaque matin, et malgré l’habitude,
Carwell s’émerveillait encore ce jour-là, debout
sur la berge du lac.
Après cette brève période de contemplation, l’anthropologue
rejoignait son laboratoire.
Le bâtiment était peu imposant, d’aspect et d’utilisation
particulièrement fonctionnels. L’entrée, située
sur la gauche, s’ouvrait sur un hall, lequel donnait sur deux
couloirs. Le premier, à gauche, conduisait à la salle
numéro un. Il s’agissait du laboratoire principal où
les chercheurs étudiaient les rapports fournis par les techniciens
qui officiaient sur le terrain. Le second corridor menait à la
salle numéro deux, en fait une large pièce faisant office
de centre d’archives où se trouvaient consignés
les documents vidéo, photos et sonores, tous numérisés.
Dans une petite annexe extérieure, les employés disposaient
d’un restaurant ainsi que d’une salle de repos Mais celle-ci
était peu utilisée car les chercheurs préféraient
rejoindre le Village lorsqu’ils avaient achevé leur travail.
Le centre accueillait ainsi une dizaine de chercheurs et analystes,
tandis que vingt cinq techniciens arpentaient la planète à
la recherche de nouvelles espèces, plantes, insectes et vertébrés.
Carwell dirigeait cette équipe avec autorité, même
s’il ne dédaignait pas déléguer un peu de
ses responsabilités à Ellen, son adjointe. Cette jeune
femme, docteur depuis peu, avait était choisie par Carwell lui-même
pour l’accompagner sur Sigma 87. Il aimait beaucoup cette ancienne
étudiante dont il avait dirigé les travaux de recherches
sur l’incidence des rayonnement gamma et ultraviolet sur le développement
des hominidés. Mais elle avait surtout été recrutée
pour sa polyvalence, Ellen possédant des compétences dans
de nombreux autres domaines : la palynologie - l’étude
des pollens – ou encore la botanique.
Carwell entra dans la salle des chercheurs, saluant ses collaborateurs
qui étaient déjà au travail. Ellen était
parmi eux, assise aux côtés d’un chercheur dont les
yeux rivés sur un microscope semblaient faire corps avec la machine.
« Bonjour Ellen. Vous êtes plus matinale que moi. Déjà
en train d’étudier les pollens de Surèn ? »
La veille, les techniciens avaient rapporté plusieurs échantillons
de pollen de la région de Surèn, une vaste plaine de fougères
située à plusieurs centaines de kilomètres du lac
Intérieur. Les deux palynologues de la mission d’étude
cherchaient à comprendre pourquoi cette région de Sigma
87 était déserte. Les Almovides semblaient éviter
soigneusement cette zone alors qu’aucun prédateur, animal
ou végétal, n’avait été détecté
par les humains. Ces terres étaient recouvertes d’un épais
duvet de fougères particulièrement abondantes, mais ce
tapis végétal n’avait rien montré de dangereux,
à l’exception peut-être des pollens qu’expulsaient
ces millions de plantes lorsque le vent d’ouest se mettait à
souffler, toujours légèrement. Certains scientifiques
pensaient que les Almovides pouvaient être allergiques à
ces spores. Par conséquent, ils avaient demandé aux techniciens
de rapporter quelques échantillons afin d’en étudier
la composition, et de tester les réaction des lourds mammifères
à leur contact. Les prothalles étaient déjà
disposés sur les lamelles des chercheurs.
« Intéressant. Très intéressant, intervint
la jeune femme. Ces grains de pollen ne sont pas composés de
deux noyaux, comme ceux que nous connaissons sur Terre. Ils n’en
ont qu’un seul. Les noyaux végétatif et reproducteur
ont dû fusionner pour donner cette structure moléculaire
originale. L’étude des acides aminés indique en
outre un taux de protéines supérieur à cinquante
pour cent. Ce qui est simplement inimaginable ailleurs.
- Les Almovides pourraient-ils rejeter ce taux particulièrement
élevé ?
- Je ne sais pas. Il faudrait réaliser des tests sur plusieurs
sujets. »
Evidemment. Ce n’était pas la première fois qu’Ellen
objectait de la sorte. Elle aurait aimé soumettre les Almovides
à une batterie exhaustive de tests. Mais la jeune femme savait
que le protocole établi par la mission interdisait aux scientifiques
de réaliser des expériences sans l’avis des individus
concernés.
Et, pour le moment, personne n’avait demandé leur avis
aux Almovides.
Carwell remercia sa collaboratrice pour ses premières conclusions.
Ellen et les autres chercheurs avaient encore un certain nombre d’analyses
à effectuer, et il les abandonna à leurs microscopes.
Il fit le tour des autres équipes afin d’obtenir un aperçu
des activités journalières. Puis, il prit congé
de ses collaborateurs. D’autres tâches l’attendaient
ailleurs.
Installé
au volant de son Rôdeur, un petit engin fonctionnant sur coussins
d’air et alimenté par combustible nucléaire, non
polluant et non bruyant, Carwell prenait le temps d’admirer le
paysage. Il maintenait une vitesse peu élevée - pas plus
de trente kilomètres par heure - pour pouvoir diriger son véhicule
tout en observant la nature surprenante de Sigma 87.
Comme il n’y avait ni chemin, ni route à emprunter, le
terrien pouvait voguer sur l’océan végétal
comme bon lui semblait, sans risquer de heurter un arbre ou un rocher.
De toute façon, il n’était pas pressé. Alors
il prenait plaisir à humer l’air encore frais de ce début
de journée. Les milliers de plantes qu’il survolait bruissaient
doucement, dans un murmure qui offrait à l’endroit une
atmosphère de sérénité. Parfois, quelque
volatile éructait dans cette vaste campagne, et puis le bruissement
à peine perceptible des végétaux recouvrait à
nouveau la lande.
A cet instant, Carwell ne trouva aucune raison valable à un retour
sur sa planète originelle.
Le Rôdeur poursuivit son chemin sur la lande pendant près
d’une heure. Soudain, le professeur entrevit une ombre massive
sur sa droite. Il obliqua immédiatement pour s’approcher
de l’énorme masse de chair.
L’Almovide était en train de mâchouiller quelques
brindilles, assis paisiblement dans l’herbe bruissante. Carwell
s’approcha de l’autochtone, sans ralentir ni accélérer.
Celui-ci ne broncha pas lorsque le terrien s’arrêta, à
quelques mètres de lui. Le scientifique avait eu largement le
loisir d’observer les caractéristiques de cette race extra-terrestre,
mais il ne se lassait jamais d’en admirer l’imposante morphologie.
L’étude de cette espèce indigène pouvait
induire certaines tentations anthropomorphiques. En effet, leur ressemblance
avec les hominidés avait immédiatement frappé les
arrivants. Leur taille, entre deux mètres et trois mètres
cinquante, était certes bien plus imposante que celle des humains.
Pourtant, ils se tenaient debout sur deux larges jambes, et le reste
de leur structure biologique s’apparentait à celle des
terriens. Un épais duvet revêtait l’intégralité
de leur corps, et leur visage rappelait celui des primates que Carwell
avait étudiés sur Terre. Le chercheur n’avait donc
pas l’impression d’être en face d’une espèce
extra-terrestre, mais plutôt de côtoyer de proches cousins
des grands singes d’Afrique australe.
Il leur trouvait même un air humain.
Ce genre de réflexion n’était pas très scientifique,
mais Carwell ne pouvait s’empêcher d’établir
un parallèle entre Almovides et hominidés. Par conséquent,
certaines de ses hypothèses suggéraient un lien évident
entre cette espèce et ses homologues morphologiques terrestres.
Mais comment ces individus pouvaient-ils bien être des parents,
des frères ou même des cousins éloignés de
l’Homme ? Quel étrange processus aurait mené l’espèce
humaine à cette étrange mutation ? L’évolution
réservait parfois quelques surprises…
Les Almovides étaient les seuls mammifères vivants sur
la planète. L’origine de leur apparition et de leur développement
demeurait donc absconse pour les mammalogistes et les entomologistes
du programme Contact et Communication. Quand et comment étaient-ils
apparus sur Sigma 87 ? Pourquoi étaient-ils les seuls mammifères
sur cette planète ? L’équipe du professeur Carwell
n’avait pas encore obtenu de réponse à ces questions.
Depuis l’arrivée de la mission trois mois plus tôt,
les terriens avaient cependant abouti à quelques conclusions
intéressantes. Certaines hypothèses initiées par
Carwell avaient ainsi trouvé leur confirmation après l’étude
quotidienne et systématique des Almovides. Ces gros primates
(pour simplifier, les scientifiques avaient opté pour cette dénomination
terrienne) ne vivaient pas en troupeau. Chaque spécimen évoluait
paisiblement, loin de ses congénères, comme s’il
disposait d’un périmètre qui lui était attribué
et réservé. Les Almovides ne s’approchaient donc
jamais à moins de plusieurs centaines de mètres l’un
de l’autre. Néanmoins, leurs zones de vie évoluaient
au gré de leurs pérégrinations. Il ne semblait
pas y avoir de logique dans leurs déplacements, mais ils tournaient
tous autour du lac Intérieur, fuyant les rudes régions
polaires.
Il était encore difficile de déterminer l’existence
d’un langage propre à l’espèce. Les Almovides
possédaient une bouche, du moins un organe réservé
spécifiquement à l’ingestion des aliments - des
végétaux uniquement. Pour organiser leurs mouvements,
ils devaient certainement avoir recours à un mode de communication.
Les études menées sur le terrain n’avaient pas appris
grand- chose sur le sujet. Peut-être s’agissait-il de fréquences
inaudibles pour l’oreille humaine ?
Carwell prit quelques photographies à l’aide de son appareil
numérique. Il téléchargea le fichier sur le terminal
du Rôdeur, avant d’envoyer l’intégralité
des clichés au laboratoire via le réseau interne. Il adressa
quelques mots à l’attention de l’animal, mais celui-ci,
en guise de réponse, ne lui lança qu’un bref regard
empli d’incompréhension. Puis le terrien rangea son matériel
dans le Rôdeur et enfourcha sa machine. C’est presque à
contre cœur qu’il abandonna son sujet d’étude.
Mais un rendez-vous important l’attendait, avec des spécimens
bien plus loquaces.
Avant
même leur arrivée sur Sigma 87, les colons connaissaient
déjà ses caractéristiques.
Les sondes envoyées en éclaireurs avaient répondu
à la plupart des questions concernant l’environnement climatique,
bactériologique et géophysique de la planète. Elles
avaient rapporté un nombre incalculable de photographies et d’images
satellites qui orientèrent rapidement les conditions de l’installation
de la mission. Le climat le plus clément se trouvant sur les
rives du lac Intérieur, c’était là que les
arrivants avaient choisi d’installer leur base.
Avant d’aménager le laboratoire de recherches, ils avaient
d’abord édifié leurs futurs logements. Les terriens
avaient emporté avec eux une trentaine d’habitats domestiques,
sortes de tentes en forme de dôme extrêmement résistantes.
Cet agglomérat formait ce qu’ils appelaient désormais
le Village. Chaque colon y possédait sa propre habitation comprenant
une chambre, un petit salon, une salle d’eau ainsi qu’une
pièce réservée aux loisirs. Depuis trois mois,
la petite communauté vivait donc dans cet environnement, partageant
son existence entre le Village et le laboratoire de recherches. Ils
en oubliaient même fréquemment la présence d’une
autre communauté bien moins nombreuse, et bien moins scientifique
aussi.
Sur Terre, la Congrégation du Renouveau spirituel avait fait
pression sur le Parlement européen pour que la mission acceptât
d’inclure dans ses bagages deux de ses représentants. En
effet, la découverte d’une nouvelle planète ne manquait
pas d’intéresser l’ordre religieux qui luttait depuis
déjà longtemps contre les théories du docteur Carwell.
Pour les Frères, il paraissait inconcevable de ne pas être
associés à cette entreprise de recherches, d’abord
pour éviter que les scientifiques ne s’en approprient les
premières conclusions. Ensuite, la Congrégation espérait
aussi prouver à ses fidèles, et à tous les hérétiques,
que l’univers était de fabrication divine, et que l’agnosticisme
comme le scientisme, qui reprenait vigueur après un vingtième
et unième siècle empreint d’obscurantisme, devaient
être éradiqués des décisions politiques.
Pour éviter de se mettre les religieux à dos, le Parlement
avait finit par accepter que deux Frères du Renouveau spirituel
s’embarquent à bord de la navette Europa, direction Sigma
87.
Les Frères José avaient dès le début choisi
de s’éloigner du reste des colons. Ils avaient installé
une petite chapelle à quelques kilomètres du Village.
Depuis, ils vivaient reclus, tentant d’approcher eux aussi les
Almovides, avec des résultats similaires à ceux des scientifiques.
Les Frères José espéraient trouver une origine
divine à la nature environnante. Ils rejoignaient d’ailleurs
les théories du professeur Carwell qui estimaient que les Almovides
étaient peut-être de lointains cousins des hominidés.
Cependant, leur conception était différente, dans la mesure
où ils cherchaient à prouver que Sigma 87, comme la Terre,
étaient les œuvres de forces divines universelles. En d’autres
termes, que Dieu avait essaimé dans l’univers, et que la
Terre n’était donc qu’une de ses très nombreuses
réalisations.
Les convictions des uns et des autres paraissaient donc inconciliables.
Pourtant, Carwell tenait à entretenir de bonnes relations avec
les représentants de l’ordre religieux.
Suite