haut
A neophyction : Science fiction et fantastique
Accueil - Auteurs et oeuvres - Forum - Liens - Divertissements - Webmasters - Salmigondis - Boutique - Contacts - ?

 

  Sous-menu :

 • Les écrivains
   - de Seby
 • Les dessinateurs
  Classements
      —
  Les écrivains :
  - par votes
  - par nombres
      —
  Les dessinateurs:
  - par votes
  - par nombre
 
  Pour les enfants
   
  Croquemonster
  Alphabounce
idées cadeaux   


Par Matzemat

Votez pour cet auteur

L'auteur :
L'histoire :
La noter :

La révolution ne sera pas télévisée


La petite fille vint gentiment s’asseoir sur les genoux du vieil homme, qui la regardait avec tendresse.
– Que voulais-tu me demander, ma puce ? dit le vieillard.
– Dis, grand-père, c’est quoi la télévision ?
Le vieil homme regarda un instant sa petite fille, puis fronça les sourcils, essayant de trouver les mots justes pour ne pas trop éveiller la curiosité de la fillette sur ce sujet tabou.
– Hum… Eh bien, la télévision, c’était une grosse boîte qui diffusait des images, des films, des programmes. Cela marchait à l’électricité et presque tout le monde en avait une à la maison. Les gens la regardait pour se distraire, pour passer le temps, parfois même pour s’instruire.
La petite fille parut comprendre.
– Mais, pourquoi nous n’avons pas de télévision, nous ?
– Tu sais, la télévision n’existe plus depuis longtemps maintenant, et tu peux t’en réjouir. Si elle n’avait pas disparu, tu n’aurais pas tous tes amis, ni un beau jardin comme celui-ci avec autant de jeux. D’un geste de la tête, il désigna le magnifique espace vert s’étendant à leurs pieds.
L’enfant fixa à nouveau son grand-père et demanda :
– Mais comment elle a disparu, la télévision ?
Le vieil homme réfléchit un instant puis se décida à entamer le récit pour sa petite fille :
– Eh bien vois-tu, elle a disparu à cause – ou bien devrais-je dire « grâce » à un seul homme…

« …L’homme s’appelait John. Il avait toujours été attiré par le pouvoir des mots et des images, c’est pourquoi il a passé la plus grande partie de sa vie à regarder la télévision. Elle le passionnait, l’impressionnait et le guidait dans sa vie de tous les jours. Il aimait l’idée réconfortante que la vérité sortait également des haut-parleurs du poste de télévision.

Lorsqu’il avait quinze ans, sa télécommande tomba une fois de trop et il dû la remplacer. Il acheta alors une de ces télécommandes universelles qui ne marchent qu’une fois sur deux.
Ce soir-là, il avait allumé sa télévision en baissant le volume au maximum, car de chez lui, il pouvait entendre le son d’une bonne dizaine de postes voisins. Il aimait écouter ce que les gens regardaient, quelles chaînes ils préféraient. Il jugeait ainsi ses voisins selon leurs programmes favoris.
Il remonta ensuite le son, car une de ses émissions préférées allait commencer. En attendant le début, il changea de chaîne, histoire de voir ce qu’il y avait ailleurs. Il remarqua que ses voisins avaient tous mis la même chaîne, au même moment. Une telle coïncidence l’amusa, et il retourna à son zapping. Mais il s’arrêta bien vite, car il entendit dans toute la rue des exclamations et des bruits de coups donnés sur les télévisions. Le son de la publicité qui était diffusée à ce moment précis, et qu’il connaissait par cœur, était en train de se répercuter dans tout le quartier, donnant à John l’impression d’être en plein rêve éveillé. « Pourquoi regardent-ils tous la même chose ? » se demanda-t-il stupéfait. Il changea à nouveau de chaîne et comprit très vite ce qui se passait.
Alors que de sa fenêtre ouverte lui parvenaient les cris de ses voisins de plus en plus énervés, il contempla lentement l’objet allongé qu’il tenait dans sa main droite.
– Ce n’est pas possible… murmura-t-il.
Son dernier espoir de rêver s’évanouit au moment où il pressa à nouveau sur le bouton « P + », et qui changea l’ambiance sonore générale régnant dans le quartier.
Impressionné par le pouvoir que détenait cette télécommande, il se mit à changer de chaîne de plus en plus rapidement, comme pour s’assurer qu’il était réellement celui qui transformait en direct l’ambiance qui régnait dans le quartier. Sa façon de presser les boutons de son objet magique devint frénétique ; il était totalement omnubilé par la sensation étrange qu’il avait entre ses doigts.
Soudain, une clé s’immisça brutalement dans la serrure de l’entrée et la poignée pivota. Le père de John rentrait du travail.
Le jeune John fut pris d’une brusque panique. De peur que son père, d’ordinaire assez sévère, lui passe un savon pour avoir déréglé sa télévision, il se mit en tête de cacher la télécommande. En effet, son père n’aurait pas compris le subtil pouvoir détenu dans cet objet et n’aurait vu qu’un fils incapable de faire marcher quoi que ce soit.
Mais il était trop tard. Le père de John était déjà dans le salon à observer son fils, debout face au poste de télévision, la télécommande en main.
– Allez, donne moi ça et va te coucher, fit négligemment le père de John en désignant du doigt l’objet que tenait son fils, tu as assez regardé la télé pour aujourd’hui.
– Mais papa, comment peux-tu dire ça, tu n’étais même pas là !
– Cesse de discuter ! hurla le père apparemment ivre. Donne moi ce machin !
John s’exécuta, mais sa nonchalance rebelle eut pour effet de laisser s’échapper la télécommande de sa main. L’objet en plastique heurta le sol bruyamment mais resta en une seule pièce. Son père le ramassa en poussant un « rhaaaa » des plus désagréables. John s’éclipsa lentement tandis qu’il observait son père changer de chaîne. Il remarqua alors que la télécommande n’avait plus rien de magique. Le ballet de lumières et de sons illuminant la rue et le quartier n’était plus en harmonie avec le poste de télévision présent dans le salon qu’il quittait d’un pas hasardeux.
John oublia vite l’incident et le classa dans la catégorie « imagination débordante », que son père lui reprochait d’exploiter un peu trop, non sans une pointe blessante de reproche.
Et puis… bien des années passèrent tranquillement.

John avait maintenant vingt cinq ans et était sur le point d’accomplir un de ses plus vieux rêves : créer sa propre chaîne de télévision.
En effet, après des études de journalisme et quelques années à travailler ici et là, il pouvait enfin être lui-même un acteur de ce monde qui l’avait tant fasciné durant toutes ces années.
Sa chaîne était une chaîne d’informations comme tant d’autres. Seulement, John tenait à ce que tout ce qui était dit à l’antenne rentre dans une logique qu’il avait lui-même fixée. En effet, il avait toujours été convaincu que si les gens pensaient tous de la même manière (c'est-à-dire comme lui), de nombreux problèmes pourraient ainsi être évités.

Quelques années plus tard, sa chaîne était première sur le créneau de l’information, et il se félicitait que ses investissements en recherche et développement aient porté leurs fruits. John, qui était devenu très riche et possédait une dizaine d’autres chaînes de télévision, mit au point des techniques visant à influer sur l’esprit des gens au travers des images.
Naturellement, depuis que cette technique s’était vérifiée, il connaissait un succès plus grand chaque jour, si bien qu’il touchait maintenant une grande partie de la population.
Son envie de répandre la vérité, à l’origine de son attirance pour le journalisme, avait petit à petit laissé la place à une soif d’argent toujours plus grande. Il pouvait maintenant s’enrichir encore plus facilement, en orientant l’esprit des gens.

Avec le temps, il fit élire plus d’un président, et justifia plus d’une guerre aux yeux du monde. Mais un groupe d’opposants lui tenait toujours tête, refusant de regarder ses chaînes, de « consommer » son information, d’écouter ses publicités ou de se laisser divertir par ses programmes familiaux abrutissants. John en avait assez des manifestations devant l’entrée de son building et des meetings organisés aux quatre coins du globe contre son empire, l’empire qu’il avait bâti à partir de rien.
Depuis la mort de son père, il s’était résigné à ne plus se laisser marcher sur les pieds et sa détermination grandissait de jour en jour. Le poids d’un père désagréable et ivre la plupart du temps lui avait ouvert les yeux. Il pouvait désormais s’épanouir en étant totalement libre, et il ne se priverait pas de jouir de cette liberté.
Perdu dans les mauvais souvenirs que lui rappelait son père, John se souvint alors de cet étrange soir où il crut détenir un objet exceptionnel. Si exceptionnel qu’il était capable d’influencer les gens à distance. Il pouvait contrôler les télévisions de tout son quartier… Et s’il était possible d’en faire autant mais avec les télévisions du monde entier ? Son rêve pourrait enfin se réaliser…
Il comprit qu’il lui fallait mettre la main sur cette télécommande et vérifier si elle avait bel et bien les pouvoirs qu’il s’était efforcé de mettre sur le compte de son imagination durant toutes ces années. Il savait qu’avec un tel objet, son emprise sur le monde pourrait être totale.
Il se rendit dans la vieille maison de son enfance, où depuis la mort de son père rien n’avait bougé. Il monta au grenier, où il se souvenait avoir vu son père ranger la télécommande à la suite de l’acquisition d’un nouveau poste de télévision. Et il la trouva effectivement dans un vieux carton, entre deux meubles poussiéreux.
John fut pris d’une joie hystérique, serrant triomphalement dans sa main l’objet de sa convoitise. Son sourire brutal, son teint rougeâtre et les veines sur son front, prêtes à éclater, lui donnaient l’air d’un fou.
Il arbora la même expression sur son visage un mois plus tard, lorsque le directeur de son laboratoire lui confirma que la télécommande avait des facultés inexplicables mais réelles, et qu’elle avait été modifiée avec succès. En effet, le pouvoir qu’elle contenait n’était effectif que sur une courte distance, quelques dizaines de mètres tout au plus. Elle fut donc reliée directement à un réseau satellite (propriété de John bien évidemment), étendant son pouvoir au monde entier. John se mit à rêver des applications concrètes de ce nouveau système, couplé aux effets des techniques d’images subliminales, dont les résultats avaient déjà été vérifiés par le passé…

Quelques années plus tard, John régnait sur le monde de la télévision et, avec le soutien de ses milliards de téléspectateurs (dont ses ex-opposants), sur le monde tout entier. Il possédait désormais des multinationales dans tous les secteurs, contrôlait allègrement plusieurs des gouvernements les plus importants de la planète et avait créé un monde à son image, pensant comme lui, agissant à sa guise et donc peu enclin à s’opposer à sa montée en puissance, devenue depuis longtemps inévitable. « John News », comme l’appelaient ses amis, dont le regard hypnotique satisfaisait pleinement notre homme, était maintenant allé au bout de tout ce qu’il avait imaginé. Il ne lui restait plus qu’à clore ce qu’il appelait son « œuvre ». Comme tout dieu digne de ce nom, il voulait mettre fin au monde qu’il avait façonné, détruire cette planète qui, de toute façon, n’aura plus de raison d’être lorsqu’il sera mort.
John allait donc entamer la première étape du dernier chapitre de sa création, qui lui prendrait toutefois quelques années pour aboutir, histoire de profiter du temps qu’il lui restait à vivre.
Au milieu de son immense bureau, au dernier étage de sa tour, John décrocha son téléphone afin de prévenir ses amis dirigeants que la fin du monde était proche, ce à quoi ils répondraient unanimement : « Comme vous voudrez, patron ».
Tout en tapotant sur le clavier de son téléphone, John souriait, le regard perdu dans le vague. Comme en présence d’un auditoire invisible, il cria :
– Que les ténèbres soient !
Et les ténèbres furent… dans son esprit tout du moins.

À l’autre bout de la planète, un petit garçon regardait les publicités à la télévision, se bavant légèrement dessus. Tout à coup, dans l’écho inlassable des télévisions de son quartier, il se leva et secoua la tête, revenant à lui. Il s’avança vers son poste de télévision, baby-sitter à temps partiel, et appuya sur le bouton d’alimentation qui n’avait jusque là servi qu’une seule fois, il y a quelques années de cela.
L’écran 16:9 devint tout noir pour la première fois depuis qu’il était entré dans ce foyer, et le petit garçon le considéra un instant. Il haussa les épaules et prit la direction de sa chambre pour y retrouver sa montagne de jouets, tous dans leur emballage d’origine.
Quelques instants plus tard, alors qu’il jouait tranquillement, il entendit une à une s’éteindre les télévisions de son quartier. Le silence le mis mal à l’aise un instant, mais il finit par s’y habituer et reprit son activité créative.
Partout dans la rue, on entendait le bruit de télévisions qui s’éteignaient. Le même bruit se répéta dans la ville, dans la région et bientôt dans tout le pays. Un nouvel instinct de survie venait de faire son apparition. »

– C’est ainsi que les postes de télévision furent petit à petit mis de côté, rangés au fond d’un placard, détruits, et puis finalement oubliés.
Un court silence marqua la fin du récit.
– Elle est drôlement bizarre ton histoire grand-père... mais merci de me l’avoir racontée ! Je suis sûre que mes copines ne la connaissent pas.
La petite fille descendit des genoux de son grand-père, puis se tourna vers lui, intriguée.
– Ce serait pas un peu pareil que ce qui est arrivé avec Internet ? Papa m’en avait parlé un jour, mais je n’ai pas tout compris…
Le vieil homme se mit à rire chaleureusement.
– Oh non ma petite, ça, c’est une autre histoire !
La petite fille commença à se diriger vers son bac à sable, puis dit à son grand-père :
– Tu me la raconteras aussi celle-là, hein grand-père ?
– Peut-être… fit le vieillard, un sourire complice aux lèvres. Peut-être…


Fin.

 

          Site construit en francais-übersetzt mit google-translated with google

   ———
   ———
   ———
  Le forum   
   ———
   ———
  Protégeons la planète
 Affichez moi sur votre site ! :)
   
AvertissementSite déposé sur CopyrightFrance