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Par Gotama
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Le
dernier baron
Un :
Randall était exténué. Voilà deux jours qu'il
marchait dans ce désert rocailleux. Il avançait, sans but
affamé, et épuisé par un soleil si ardent, que seuls
quelques cactus faméliques ou bien des rongeurs égarés
résistaient encore à la chaleur suffocante que dispensait
l'astre diurne. Avec pour toutes ressources, dans ce paysage inhumain,
que quelques gorgées d'eau au fond de sa gourde en cuir. Son cheval,
son bel alezan, avait succombé à la chaleur et à
la fatigue voilà trois nuits. Et Randall ne comptait plus les ampoules
au fond de ses vieilles bottes ! Cette terrible traversée du désert
Kourghize avait un goût amer et lui faisait regretter sa nuit d'amour
avec la belle courtisane Elisade. Autant de souffrance pour un peu de
plaisir... Pfft ! Quelle idée avait-il eu aussi de coucher avec
la préférée du Roi Mérovic.
Il le savait pourtant que, Mérovic ; si prompt à le féliciter
- lui, son Baron / Chevalier préféré - pour ses victoires
sur les hordes Hunniques, régulièrement combattues et refoulées
aux frontières du pays, il savait bien que son roi, gouverné
par son caractère fornicateur, avide et jaloux ne lui pardonnerait
pas cette incartade. Et voilà le résultat : L'exil et la
honte ! Il avait beau prié le Dieu Ounshaald, aucun secours, aucune
aide providentielle ne tombait du ciel. Et Randall songeait qu'il y avait
encore cinq jours de marche avant de joindre l'oasis de Douagat. Tiendrait-il
jusque là ? Et dans quel état arriverait-il ?
Deux :
Le roi Mérovic siégeait à son conseil de guerre.
Il regrettait déjà sa colère envers le Baron, car
se séparer de son meilleur officier en cette période si
troublée n'était pas judicieux. Et tant pis pour son amour-propre
! Elisade croupissait dans une geôle, méditant sur les faiblesses
de la chair. Et si, hélas, Randall était plus séduisant
que lui et faisait battre le coeur des femmes... ma foi ! ! Mérovic
restait le roi, et ça, personne ne lui enlèverait.
Il grommelait en sourdine et écoutait d'une oreille distraite,
l'avis de ses généraux qui se disputaient à propos
de la stratégie à adopter quant à la défense
des frontières Ouest et Sud du pays.
_Bon, fait-il de sa voix tonitruante. J'en ai assez entendu pour aujourd'hui
!..Et puis faites envoyez des coursiers se mettre à la recherche
du Chevalier Randall.... Et vite, martèle t-il en claquant des
mains sèchement. Je me retire dans mes appartements. La séance
est levée.
Le Roi se lève et sort, tandis que ses généraux,
habitués au caractère ombrageux du roi, opinent et saluent
bien bas. Et avec prudence, s'abstiennent de commentaires : Mérovic
n'aime pas la répartie.
Trois :
_Oh là, étranger ! Réveillez-vous !
Un homme, râblé et chauve et vêtu d'un manteau de cuir
élimé et fermé par une grossière ceinture
de chanvre secouait Randall qui gisait évanoui.
_Eh ! Eh !...êtes-vous mort ? Insiste l'inconnu, tout en tentant
de verser de l'eau à travers les lèvres entrouvertes du
baron.
_Hein ? Réponds Randall. La bouche pâteuse et les traits
émaciés, il ouvre les yeux et embrasse du regard le désert
qui rougeoie sous le soleil couchant, et découvre son sauveteur.
Il boit avec délice la coupe d'eau et dévore la galette
de blé que l'homme, un asiate, lui tends. L'exilé retrouve
ses esprits. Il se souvient avoir marché ce matin même, et
puis plus rien. Il a du succomber, terrassé par la faim et la fatigue.
_Merci, étranger.
_Je m'appelle Istak. Je suis le serviteur du prêtre-sorcier Yamatasi.
Vous êtes épuisé et avez grand besoin d'aide, n'est-ce
pas ? Venez avec moi, je vous présenterai à mon maître,
sa maison n'est pas loin d'ici et il vous accueillera volontiers.
_Pourquoi pas...( et qu'ai-je à perdre ? Se dit Randall ) Allons,
c'est d'accord.
Un moment plus tard, remit d'aplomb par les bons soins de son sauveur,
il monte sur la croupe de son cheval, et tous deux, prennent le chemin
du Nord.
Le trajet est morne et silencieux, et à la tombée de la
nuit ; les deux voyageurs s'arrêtent devant une bâtisse en
pierre. Celle-ci, à demi-enterrée dans le sol pierreux serait
passée inaperçue sans le sens de l'orientation de son guide.
Istak met pied à terre, et invite Randall à le suivre. Celui-ci
est saisi par une impression d'étrangeté tandis que l'homme
ouvre une porte au bas de quelques marches taillées dans la pierre.
Ils pénètrent dans un long couloir, éclairé
chichement par des lampes à huile posées dans des niches
creusées à même le roc. ( C'est lugubre, se dit Randall
). Plus loin, Istak frappe à une seconde porte et attends.
_Entre ! Fait une voix nasillarde.
Le serviteur s'efface pour laisser passer Randall.
_Ah ! Baron Randall, je m'attendais à votre venue...Un homme d'une
soixantaine d'années, grand et maigre, vêtu d'un épais
manteau de laine tends ses mains en signe de bienvenue.
_...Asseyez-vous, je vous en prie.
_Vous me connaissez ?
_Qui ne connais le " brave " Randall, et ses frasques amoureuses...(
un sourire aux lèvres ).
_Je suis en train de le payer cher, n'est-ce pas ?
_Mais c'est la providence qui vous mène à moi. Laisser moi
vous aider...Approchez, voulez-vous.
Pendant que Yamatasi se dirige vers une cheminée, qui dispense
une agréable chaleur et qu'il remplit deux écuelles qu'il
plonge dans un chaudron odoriférant, Randall découvre avec
étonnement ce qui l'entoure. Ce n'est que : fioles, alambics divers,
des pots d'onguents ou autres...des amulettes traînent un peu partout,
des objets inconnus de lui trônent sur des tables basses. Il y a
des pots en verres où croupissent des cadavres de serpents et de
scorpions. ( Un repaire de sorcier plus vrai que nature se dit le baron
). Mais des coussins et de chaudes tentures donnent un peu d'hospitalité
à ce lieu si peu ragoûtant.
Quatre
Les
deux hommes mangent en silence, tandis qu' Istak dans un coin de la pièce
broie des poudres et des plantes dans un mortier en terre cuite. Yamatasi
observe Randall avec un sourire :
_Dites-moi, cher Baron ; croyez-vous en notre Dieu Ounshaald ?
_Ma foi, si je puis dire.. Disons qu'en certaines circonstances, j'invoque
son Nom. Et j'espère - s'il existe - qu'il répondra à
mes attentes. Même si je préfère ne compter que sur
moi pour résoudre mes problèmes...
_En clair vous êtes sceptique ! Comme beaucoup de gens, hélas.
Hum...Savez-vous que j'ai officié comme grand prêtre au palais
du Roi Mérovic ?
_Non, j' ignorais cela. Et à quel moment ?
_Il y a vingt ans, environ. J'ai exercé durant une dizaine d'années...
_Ah ! Je n'étais pas encore arrivé à la cour et puis,
j'étais enfant à l'époque. Pourtant je n'ai jamais
entendu parler de vous.
_Je peux vous raconter pourquoi si vous voulez : On m'a accusé,
pour d'obscures histoires de jalousie de pratiquer la magie noire. Et
l'on m'a évincé. Le Roi a ordonné d'effacer mon nom
de tous les documents officiels et a interdit d'évoquer mon sacerdoce.....
J'ai moi aussi connu la douleur de l'exil, et je n'ai pu rétablir
mon honneur. Ce fut terrible ! .. Mais maintenant, je suis arrivé
à l'aube de ma vie et tout ça n'a plus d'importance.
Randall est circonspect. Il découvre, surgissant du passé,
un inconnu, un revenant.
_Et cette accusation de magie noire, qu'en est-il ?
_Ah ! Nous y voilà. En fait il s'agit de magie blanche. J'ai découvert
en goûtant, par le plus grand des hasards, le jus tiré de
la décoction de certaines plantes que, pendant une cérémonie
de prières au temple, mon esprit s'était ouvert à
la présence et à la puissance de Ounshaald. Je suis alors
rentré en communication avec les forces de l'univers qui nous gouvernent,
nous : Les humains et les espèces animales et végétales.
Ce fut une expérience inoubliable. Mais je commis l'erreur de me
confier aux autres prêtres et hélas, ceux-ci, par peur de
ce pouvoir, par pure jalousie en réalité, complotèrent
contre moi et je fut chassé et exilé. Voilà toute
mon histoire...
_Et maintenant, de quoi vivez-vous ?
_Une poignée de fidèles m'a suivi et je survis grâce
à leur générosité. Et en échange je
continue de leur enseigner la voie qui mène au dieu Ounshaald.
_Et cette communication avec Ounshaald, qu'est-ce que c'est ? Fait Randall
perplexe et plutôt songeur.
_Elle vous donne plus de force intérieure, de vigilance et de lucidité.
En plus, votre santé s'améliore et vos amis comme vos ennemis
sont impressionnés par cette nouvelle assurance !
Cela intéresse le baron, qui voit là l'occasion de revenir
à la cour. Et il s'imagine déjà... requinqué,
et retrouvant sa place et son titre. ( et accessoirement Elisade )
_Voulez-vous expérimenter ce que dis ? Il y a justement une cérémonie
ce soir car c'est la pleine lune, et vous verrez que c'est simple et facile
à réaliser.
Le Baron acquiesce et tous deux sortent, suivis comme une ombre par Istak
qui porte à l'épaule une grosse outre de peau de chèvre.
Ils marchent en silence trente minutes en direction de l’est et
d'une lueur qui éclaire un amas de rocs. Cette lumière provient
de torches qui font cercle autour d'environ trois cent personnes. Il y
a là des hommes et des femmes qui sont agenouillés et alignés
en rang et le regard tourné vers l’Orient, ils psalmodient
et scandent en rythme : Ounshaald... Ounshaald. Ounshaald... Lorsque le
prêtre s'approche, le chant va crescendo : Oun-Shaald... Oun-Shaald...
! OunShaald...! Yamatasi s'asseoit à la tête de cette foule,
tandis qu' Istak verse de son outre, une rasade d'un liquide verdâtre
dans le bol que chaque personne lui présente.
_Allez, buvez, fait le serviteur en remplissant une coupe pour Randall.
C'est sans danger.
Le chevalier renifle la mixture, ça sent l'ortie ou le pissenlit
? Il avale tout. C'est plutôt bon et sucré. Prudemment, Randall
prend place à l'arrière de l'assemblée. Et timidement,
du bout des lèvres, pour se mettre à l'unisson de la cérémonie,
il commence à réciter : Ounshaald, ... OunShaald... OunShaald
Cinq
Le prêtre
entonne à son tour la mélopée et bientôt mène
la cadence : Oun-Shaald... Oun-Shaald... Oun-Shaald... L'assemblée
psalmodie d'une seule voix, entêtante, obsédante : Ounn-Shaald
Ounn Shaald Ounn-Shaald Ounn-Shaald ... Randall est troublé et
emporté par ce tourbillon sonore qui le prends aux tripes, qui
diffuse dans son corps une onde de chaleur qui le met à l'aise.
Le groupe de fervents rentre en transe sous l'impulsion du sorcier, alors
que progressivement un voile se déchire dans l'esprit de Randall...
Venue du tréfonds de son être, une nouvelle conscience naît
en lui. Tout à coup, il se sent fusionner avec toute cette foule
devant lui. Il plonge dans un univers hors du temps. Il regarde ces gens,
qui sont bien réels sous leurs apparences et leurs vêtements
si ordinaires, mais leurs âmes appartiennent à une autre
époque. Le baron découvre Sa et Leurs vraies natures : Ce
sont tous des guerriers de la Foi... Qui agissent dans l'ombre, et ce
depuis des temps immémoriaux pour, que, grâce à la
force de leurs prières l'avènement sur Terre de Ounshaald
s'accomplisse.!
Et Randall en fait partie. Lui aussi découvre sa conscience mystique
et éternelle. Et il en est presque émerveillé : Il
est devenu quelqu'un qui a une mission extraordinaire à accomplir
! Il est ému au plus profond de lui-même et se laisse gagner
par cette symbiose humaine... Devant lui, le dos et les épaules
du prêtre tressaillent en cadence. Mais soudain, il est profondément
troublé, car ce qu'il ressentait de bienfaisant dans cette expérience
extraordinaire s'estompe. Il perçoit, depuis la nuque et l'arrière
du crâne de Yamatasi, comme une onde télépathique
malfaisante irradier. Le sorcier, qui avant dégageait une aura
généreuse et fraternelle, semble lui dire : Allez ! Maintenant
que tu as tout compris, rejoins-nous. Ne résiste pas ! Deviens
un des nôtres ! Mais une violence et une méchanceté
sous-jacentes dans cette invitation font reculer le chevalier.
Yamatasi insiste encore : Mets-toi à mon service, Baron... Allez
...! Mais maintenant le ton est colérique, et Randall fait un barrage
mental à ce flot venimeux et autoritaire qu'il sent sous ces paroles
mielleuses. Alors Randall entrevoit la vérité. Yamatasi
n'est qu'un imposteur et ses adeptes sont des êtres, des âmes
diaboliques. Et le baron s'est fait piéger...Ou alors le dieu Ounshaald
est un dieu noir , un faux dieu. Pourtant Ounshaald était souvent
représenté, par des images ou des statuettes comme un dieu
puissant et bon à la fois, avec un visage aux traits placides et
protecteurs. Cela signifie peut-être que c'est tout le peuple Cévenoque
( et y compris Randall ) qui s'est trompé, qui a été
abusé. Et le sorcier a invoqué et réveillé
un monstre. Le chevalier du roi Mérovic se sent désespéré.
Une force terrible l'entoure et l'assaille. Et même les étoiles
au-dessus de sa tête semblent briller avec plus d'intensité
comme pour saluer le règne à venir du dieu Ounshaald, du
dieu usurpateur ?
Tout à coup, une boule lumineuse et magnifique, traverse la voûte
céleste, faisant pâlir les étoiles et lever la tête
du baron. Randall est émerveillé et cette vision l'emplit
de réconfort. Est-ce Ounshaald lui-même, le bon Dieu tel
que les hommes l'ont toujours connu, qui lui fait un signe ? Et vient
pour les sauver tous ? Alors que la belle sphère lumineuse tombe
derrière l'horizon, c'est tout à coup le néant. Randall
se sent emporté dans un grand trou noir...et perds conscience.
Six
_Professeur
! Professeur Dawson, venez-voir. J'ai encore trouvé un parchemin.
Le responsable de la mission archéologique s'approche. Il remercie
son assistant qui lui montre, tout joyeux, le précieux document
qui cette fois-ci est en bon état.
_Vraiment, quelle chance n'est-ce pas ?
_Oh oui. Nous allons en savoir un peu plus sur cette peuplade. Espérons-le.
Dans le désert de Gobi, un cratère de quatre cent mètres
de diamètre, et situé au centre d'une zone d'impacts de
près de trente kilomètres, avait attiré tout le gotha
scientifique, lorsque Dawson et son équipe avait découvert
les ruines et traces d'une ancienne civilisation inconnue.
Le soir venu, Dawson, ( après moult précautions pour dérouler
le parchemin ) en fait une lecture au personnel présent dans la
caravane de la section archéologique. Une dizaine de chercheurs
de tous poils sont assis là et piaffent d'impatience. Après
quelques minutes, Dawson réclame le silence :
_Nous avons de la chance, car le texte est écrit dans une langue
proche de l'indo-aryen et assez déchiffrable... Hum...Je lis :
En ce temps là, Ounsha..ld , le..Die.u .tou. puis.ant...affronta..e
Dieu des tén.bres..Le.comba..dura des lu ..s et des lunes ! Les
cieux ..s'embasèren.., la foudre ;; frappa les homme. et .es villes...
ce ne fut qu..morts et destructions....! Enfin, le visage du vrai d.ieu
, le sauveur du... peupl..Cévenoque est apparut. Oun-Shaald...
Oun Shaal...
J'écris ces lign.s alor..qu'autour d..moi tout n'est qu.. morts
et désolatio .Un nuage de cendres tomb.. en perma..nce d un ciel
d.venu froid et gris...Je sens que ma..fin .es..proch.,....... Il n' y
a plu..rien à manger. Le soleil est masqué et l. tempér.ture
est glaciale !... Mais qu'avons nous fait pour mériter la colère
des Dieux ?...Et quand retrouverons-nous la joie. et l'innocence de ces
si belle..années envolées à tout ..amais.....Je....regre..en
Cr..is...toutes mes pensées von .. à ma douce et ... belle
Elisad.e !
Moi, Randall, baron du roi Mérovic signe et attest..de ma main
que cette his.oire est vraie !
_Voilà, messieurs. Le reste est illisible.
Dawson range ses lunettes, pousse un soupir et s'asseoit...L'air absent
et rêveur...!
Fin
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