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Par Enil

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Guerre absurde


L’an 655 av A.G. (Alliance Galactique) sur la 4ère lune d’Epsilon Eridani IV


Il se déplaça difficilement derrière cet abri naturel évitant de justesse une décharge du cétirien. Il sentit ses muscles atrophiés par un passage brutal de gravité zéro à la gravité de cette lune de la taille de Mars. Lui et son escadre avaient passé plus de trois jours en gravité quasi nulle confiné dans un cockpit étroit de leur intercepteur intersidéral monoplace. Sa mission était simple selon le QG : profiter d'une faible activité sur Elenar pour détruire l'avant-poste de l'ennemi. Tout était prévu par les méga-ordinateurs et les méga-cerveaux : Sortir d’un trou vert à proximité du système d’Epsilon Eridani, s’approcher de la quatrième planète jusqu’à une distance suffisante en faisant en sorte que la quatrième lune reste caché par sa planète géante, programmer une trajectoire parabolique jusqu'à cette lune en tenant compte de la forte attraction de la planète gazeuse, se laisser dériver jusqu'à destination moteurs éteints pour ne pas être repéré et enfin bombarder par surprise les îlots stratégiques de la base cétirienne. La défense aérienne devrait être réduite. La position favorable et unique des astres et des sauts hyperspatiaux avait donné 97% de réussite pour cette mission Voilà la théorie. La pratique, était qu’il avait un cétirien de teigneux dans les lignes défensives. Un qui avait envoyé son dernier missile sur Pedro, son meilleur ami. Les deux derniers survivants s'étaient acharnés l'un sur l'autre aux canons jusqu'à ce que les deux chasseurs s’écrasent sur le sol jaunâtre d'Elenar. Le cockpit du lieutenant Chris Martinez avait volé en éclat. Heureusement que le jeune pilote avait conservé le scaphandre pressurisé sur lui. Il s’éjecta avant que son Aigle Control explose en percutant la falaise.

Une décharge frôla de justesse son casque de combat assisté.
“ Je suis maudit, il a fallu qu'il s'éjecte lui aussi. ” Se disait-il en se déplaçant péniblement.
Autant dans les airs, ils étaient à armes égales, autant au sol l'humain avait l'handicap de la gravité que son ennemi n'avait pas. Il était inquiet. Il ne pouvait pas fuir bien longtemps. Contrairement à son état actuel, celui de l'extra-terrestre était adapté à la gravité de 0,96 d'Elenar. Si le jeune officier était revenu vainqueur, il aurait pu bénéficier d’une rééducation musculaire à une gravité sur Alpha Centaure III (0.82) par des médecins spécialisés et de l’aide de sa petite amie.
Il venait de connaître son premier amour avec Lara, une grande et svelte jeune femme aux longs cheveux châtains clairs, qu’il était déjà appelé en mission. Son ami Pedro l’avait aidé à surmonter son cafard.
“ Maudit cétérien, je me vengerai. ”
Tiiit... Tiiit...
L'alerte de son casque lui rappela la dure réalité. Il dû continuer de contourner le rocher s'il ne voulait pas être une cible vivante pour un tireur.
Son instinct de survie l'aida à se mouvoir malgré qu'il avait l'impression de peser plus de 300kg.
Il analysa sa situation : mort de fatigue, blaster presque déchargé, niveau d'oxygène dans le rouge... Bref il maudissait son instinct animal alors qu'il n'a plus que quelques minutes à vivre. L'effort qui lui était nécessaire à se déplacer sur cette maudite lune avec ce maudit scaphandre lui avait fait brûler toutes ses réserves d'oxygène.
“ Cette sale créature me brûlera bien avant que je meurs asphyxié, à moins que...”
Il apercevait au loin un des îlots de la base ayant survécu aux bombardements. Une idée folle lui remonta le moral : Utiliser ses rétro-propulseurs pour aller au raz de motte jusqu'à l'entrée du dôme. Ces propulseurs n'étaient pas prévus pour un déplacement horizontal, mais il n'avait plus le choix. Il s'accroupit en se penchant en avant afin de mettre les propulseurs dorsaux à l'horizontal. Il mit la puissance maximum jusqu'à épuisement du carburant. Avec une vitesse impressionnante, il fonça en direction d'un des îlots en rebondissant plusieurs fois sur le sol rocailleux. A court de carburant mais avec l'inertie, il arriva en faisant de nombreuses roulades jusqu'à une entrée de la base. Son scaphandre était dans un piteux état, complètement déchiqueté. La pression atmosphérique de la lune étant quatre fois plus faible que la normal, l’officier Martinez expira juste à temps afin d’éviter une surpression pulmonaire. Il prit soin de ne pas inspirer le gaz mortel d'Elenar.
Le terrien fut surpris de trouver facilement le mécanisme d'ouverture sur une technologie étrangère. Il pénétra dans le sas en apnée en priant que les cétiriens respiraient le même air. Il était à la limite de mourir asphyxié sans compter les dégâts corporels qu’il devait subir par la dépressurisation. L'écriture extra-terrestre lui était inconnue mais le voyant vert lui signalait sûrement que l'atmosphère artificielle était rétablie. Il sentit en tout cas que la pressurisation était compatible avec son métabolisme. Ne pouvant plus attendre une seconde de plus, il inspira une grande gorgée. Ouf ! La composition atmosphérique cétirienne était respirable. Il bénissait que les sas de décompression cétirienne étaient bien plus efficaces que ceux des terriens.

Les militaires ne savaient rien sur leur apparence physique hormis qu'ils déduisaient par la forme de leur scaphandre qu'ils étaient humanoïdes et qu'ils mesuraient en moyenne 20cm de moins que les humains. Des savants expliquaient que la forme animale la plus évoluée tendait toujours vers la forme humanoïde quelque soit la descendance animale : singe, reptile, félin etc. La taille, l'ossature et la largeur variaient en fonction de la gravité planétaire. Plus la gravité était faible, plus les humains étaient grands et fragiles. La nature pensait à tout, sur une planète à forte gravité, les humains étaient plus tassés leur permettant de supporter leur chute moins haut.
Ce courant de pensée s'appelait velikovskisme (du savant russe et prix Nobel Velikosky) digne successeur du darwinisme et même du néodarwinisme. Bien entendu, il y avait toujours ces détracteurs qui étaient contre cette théorie. Pedro lui disait toujours que cette théorie allait à l’encontre des témoignages OVNI. Il donnait souvent des contre arguments scientifiques qui dépassaient la compréhension de Chris. L’officier préférait ne pas le prendre au sérieux malgré tout parce qu’il avait été choqué un jour par ses idées que les Homos Sapiens avaient été implémentés par des extraterrestres il y avait 100 000 ans. Quoi qu'il en soit, le fait de pouvoir respirer le même air allait dans le sens du poil pour les fervents du velikovskisme. Ce qui soulageait Chris qui allait pouvoir se débarrasser définitivement de son encombrant scaphandre. Il conserva juste son casque de combat assisté et son arme bientôt inutilisable. Il se déplaça en traînant des pieds vers les caissons. L'ordinateur du casque ne détectait aucune vie. Il s'y attendait un peu puisqu'il se souvenait que plusieurs navettes prirent la fuite pendant que son escadre bombardait leur avant-poste. Tant mieux, il allait pouvoir reposer ses muscles endoloris.

Bip...Alerte rouge.
Suivant les indications de sa visière, il bondit maladroitement derrière les caissons pour éviter un tir ennemi. Il n'avait pas eu le temps de l'apercevoir mais son ordinateur lui confirma bien que c'était toujours le même assaillant.
“ Pas moyen d'avoir une minute de tranquillité, il va finir par avoir ma peau. ”
La visée infrarouge du casque était capable de repérer son ennemi à travers les caissons. Les scaphandres des cétiriens semblaient plus sophistiqués que ceux des terriens. Si lui, il pouvait le voir, c'était forcement réciproque. Il n’avait donc aucun moyen de se cacher. Il tenta une dernière action désespérée : utiliser toute la charge restante de son blaster sur le caisson se trouvant au dessus de la tête de son adversaire. Le pilote obtint le résultat plus qu'escompté. Le caisson explosa et les débris tombèrent sur l'extraterrestre, son casque lui signala que son ennemi était inconscient. Le guerrier se déplaçait aussi vite que son état physique le permettait dans le but d'en finir une bonne fois pour toute.

La curiosité était plus forte que le désir de vengeance, il pouvait voir enfin le visage de son ennemi.
“ Mon casque va pouvoir photographier son visage et je vais pouvoir devenir célèbre. ” se disait l'homme tout excité.
L'être d'outre-espace avait peut-être la peau bleue ou à écailles ou de type saurien.
Le premier réflexe du jeune officier était de désarmer son ennemi. A l'aide de son couteau, il défit l'arme de poing fixé sur son avant bras. Leur canon fixé sur l’avant bras était un des avantages de leur scaphandre de combat. Pour tirer, les cétiriens tendaient tout simplement leur bras droit en fermant le poing.
Il constata que l’étanchéité du casque de l’extraterrestre était défaite. Ce qui était logique pour un meilleur confort ; l’ouverture du scaphandre devrait être simplifié.
L’officier actionna donc fébrilement le mécanisme d'ouverture du casque et ce fut le choc de sa vie.
Il découvrit un visage humain, un visage de femme de type asiatique.
“ Mon dieu ! S'inquiéta-t-il, les humains sont-ils condamnés à faire la guerre. ”
Les savants de la pensée velikovskisme seront ravis de découvrir que la forme finale de l'intelligence était universelle.
Cela faisait deux siècles que la Terre et Tau Ceti se faisaient la guerre. Ces derniers avaient attaqué et détruit sans sommation un des vaisseaux colons sur Epsilon Eridani. Depuis ce jour, les conflits sur Terre et dans toutes les colonies du système solaire cessèrent. C'était finalement grâce aux cétiriens que toutes les nations de la Terre s'unirent et que la paix des nations terriennes vécurent un jour historique unique depuis le début de l’humanité. Un gouvernement mondial fut créé et tous les humains se mobilisèrent en deux divisions militaires (alpha et bêta) afin de créer deux bases stratégiques et plusieurs avant-postes hors du système solaire pour contrer la progression des belliqueux de Tau Ceti vers le berceau de l'humanité. Les troupes restantes patrouillaient dans tout le système solaire au cas où les cétiriens réussirent à franchir les lignes alpha ou bêta. Il avait fallu que cette civilisation extra-terrestre fût si humaine. Compte tenu de nombreux témoignages des OVNI, les auteurs d'anticipations avaient imaginé que les assaillants étaient de type petits-gris ou saurien. Eh non ! Il n'a pas trois yeux, il n'a pas la peau verte écailleuse, seulement aussi humain que les terriens.
Elle avait des cheveux bruns qui tombaient jusqu'aux épaules. Les cétiriens n'avaient pas la même notion de la coupe réglementaire que les militaires terriens.
Ne pouvant pas y croire, il se mettait à ôter tout son scaphandre. Le mécanisme d'ouverture du scaphandre de la cétirienne était bien mieux conçu que le sien. C'était bien un corps de femme. Elle était habillée d'un short moulant noir et d'un débardeur vert kaki.
Afin d'être sûr de ne pas avoir à faire à une image holographique, il toucha son visage puis parcoura tout le contour du corps sculptural féminin. Il enleva sa visière pour mieux apprécier ce joli visage. Il oublia son devoir de soldat et de toute façon il n'avait pas le coeur de tuer une si belle "créature".
Contemplant ses belles lignes harmonieuses, il ignora les avertissements de son casque lui indiquant qu'elle était sur le point de reprendre conscience. Quand il se rendit compte de l'alerte, ce fut trop tard. Il reçut un coup de genou dans l’entrejambe. Chris cria de douleur en se relevant difficilement. En prenant appui sur ses deux mains, la jeune femme, envoya un puissant coup de pied dans le ventre de l'homme. Il fut projeté plusieurs mètres en arrière jusqu'à heurter les caissons. L'officier avait si mal au ventre qu'il ne sentit plus sa première douleur. Elle ne mesurait que 1m62 selon les souvenirs des indications de son casque (qu'il avait perdu pendant sa projection en arrière). Certes pour une cétirienne, c'était plutôt une très grande femme mais selon les normes terriennes ou plutôt selon sa colonie sur Alpha Centaure III, elle était en dessous de la moyenne des femmes qui était de 1m78. Malgré leur petite taille, les muscles des cétiriens étaient habitués à une gravité de 1.2G sur leur base principale situé sur Epsilon Eridani II alors que les hommes de la division bêta dont il faisait parti étaient adaptés à une gravité de 0.8G. Les colons cétiriens étaient donc physiquement plus forts que les colons d'Alpha Centaure. Il était donc inquiet de voir cette redoutable amazone s'approcher de lui, d'autant que sa réadaptation à la gravité normale était loin d’être effective.
- Non, je vous en prie, la supplia-t-il dans sa langue natale.
La langue espagnole, étant la plus parlée de la colonie, était devenue la langue officielle de la division bêta. La langue officielle dans le système solaire était l’anglais et fut interdite pour toutes les colonies extrasolaires. La raison était qu’elle ne devait en aucun cas tomber dans les mains de l’ennemie.
Elle ne semblait pas le comprendre et pour seule réponse, elle lui envoya un coup de pied mortel en plein visage. L'officier Martinez qui dans un effort quasi désespéré plongea au sol esquivant de justesse cette attaque puissante. Il roula au sol ignorant les douleurs de ses muscles et attrapa son arme au passage. Il se mit à genou en pointant le pistolet dans la direction de la cétirienne (il n'avait plus la force de se relever).
- Plus un geste où je tire.
Chris tira la dernière décharge devant ses pieds, trop faible pour faire du mal à un chat mais suffisant pour produire un impact psychologique. La guerrière eut un pas de recul et leva ses bras en l'air.

Etant à proximité d'un sas inter-îlots, il la menaça d'aller emprunter le long couloir.
- Allez vous-en et que je vous revois plus.
A l'aide des gestes et du ton, la fille devinait ses intentions. Elle recula jusqu'au sas d'accès et fit demi-tour en s'enfuyant dans ce couloir dont on ne voyait pas l'autre extrémité.
L'officier observa le plan de la base affiché à droite de la porte étanche. Il se souvenait de la photo prise par un robot espion. Cet avant-poste est composé d'une vingtaine d'îlots autonomes en forme de dômes reliés entre eux par des couloirs d'un kilomètre de moyenne. Bien que l'écriture était pour lui du chinois, il pouvait identifier les îlots détruits par son escadre par des voyants rouges clignotants. Il se surprenait d'être soulagé de constater que le couloir emprunté par la cétirienne menait sur un autre îlot épargné par le raid aérien.
“ Bon sang, Chris, remet-toi, se raisonna-t-il, elle est aussi belle que dangereuse, n'oublie pas que c'est ton ennemi. ”

Une fois seul, il entreprit des mouvements de réadaptation à la gravité en suivant d'après ses souvenirs les exercices que ses médecins lui prescrivaient à chaque retour de mission. Au bout de plusieurs heures, il était apte à marcher sans fatigue bien qu'il pesait presque 75kg sur Elenar au lieu de 64kg sur sa planète coloniale (Il n'osait pas imaginer le poids qu’il ferait s'il devait aller sur la colonie cétirienne, au moins 90kg). Il profita donc pour faire le tour de l'îlot pour essayer de trouver des moyens de communications ou de la nourriture. Il fût impressionné par le modernisme de la base. La plupart des appareils semblaient plus sophistiqués que ceux des bases terriennes. En retournant voir le plan, il avait pu identifier que tous les îlots équipés d’antennes de communication étaient détruits. Son ennemi comme lui n’avaient plus de moyen d’alerter ses semblables. De toute manière, la base cétirienne se trouvait de l’autre côté de l’étoile Eridani et la sienne à plus de six années lumière.
Il n’était pas sûr de comprendre, mais toutes les usines à oxygène étaient hors d’usage. Combien de temps pouvait-il vivre avec les réserves d’oxygène ? Il n’arrivait pas à le déterminer par méconnaissance de la langue extraterrestre. Enfin il trouva un réfectoire avec une réserve alimentaire. Ayant très faim et donc pas trop regardant sur la qualité des rations, il se mettait à se sustenter un peu trop rapidement à son goût. Ensuite, une grande sieste s'imposait.

- Chris j’ai un mauvais pressentiment lui disait sa petite amie après l’avoir embrassé tendrement.
- C’est encore une histoire de tes rêves ?
- Je t’assure chéri que certains de mes songes sont prémonitoires.
Chris ne croyait pas du tout à la voyance mais il se contenait de lui avouer afin de la ménager. Il souriait en pensant à l’époque où il était de voyage sur Terre, il avait rencontré un medium qui lui avait prédit qu’il connaîtrait deux femmes dans sa vie dont le chiffre quatre revenait souvent.
- Lara, je dois y aller, ils m’attendent disait-il en se dirigeant promptement vers la sortie.
Comme une féline, elle se rua vers la porte, lui bloquant le passage.
- Lara, je t’en prie, je n’ai pas le choix.
Elle le soutenait de son regard déterminé, le dépassant de quelques centimètres.
- Promets moi d’abord de garder ton scaphandre pressurisé lui supplia-t-elle.
Il baissa la tête et devant son hésitation, elle ajouta un mot interdit "please".
- Tu ne te rends pas compte ; piloter un Aigle Control en scaphandre pressurisé te fait perdre 15% de tes réflexes
- Promets moi ou je te séquestre.
Chris avait faillit rire de sa menace dite avec son petit accent anglais mais pour elle, il céda. Malgré son scepticisme, il se demandait si elle n’avait pas un peu raison. Elle en savait trop pour une mission classée secret défense. Ils s’embrassèrent de nouveau longuement et en profita pour se mettre dos à la porte…

Un craquement dans le réfectoire le réveilla brusquement. L'officier se retourna et aperçut la femme asiatique qui cacha aussitôt sa main droite derrière son dos.
“ Que voulait-elle faire, me planter lâchement le couteau le dos tourné. ”.
A la fois furieux d'être dérangé en plein beau rêve et de sa lâcheté à vouloir le tuer pendant son sommeil, il se mit à vociférer :
- Vous n'en avez pas marre que l’on s’entretue, nous sommes seuls sur cette maudite lune, sans aucun moyen de pouvoir communiquer avec nos semblables. Vous voulez me tuer, faites-le... ou sinon allez vous-en...
Il n'était pas encore en état pour un combat au corps à corps et même s'il était complètement rétabli, il n'était pas certain de pouvoir la rivaliser. Alors autant en finir une bonne fois pour toute. Il était las de continuer cette lutte grotesque dans cette base au trois quart détruite où ils leur restaient sûrement à peine quelques jours à vivre.
“ Peut-elle oublier un peu cette haine à quelques jours avant la fin ? ”
Le ton de sa voix semblait l'affecter et la guerrière préféra battre retraite. Il regrettait de ne pas l'avoir achevé quand il avait eu l'occasion mais il était avant tout un soldat et non un assassin. Quand elle sortit, il versa des larmes.
“ Guerre, guerre éternelle, d'abords entre habitants de la Terre, puis entre terriens et humains extraterrestres. L'humanité connaîtra-t-elle un jour la paix ou bien la race humaine est-elle condamnée dans le monde physique à se faire la guerre ? Oh mon dieu, qu'avons nous fait pour mériter un tel sort ? ” Philosopha Chris presque pour la première fois de sa vie.

Il ne revit plus la cétirienne, il allait pouvoir finir sa vie seul dans cet îlot avec la nostalgie, de sa base natale, de son ami Pedro et surtout de sa petite amie Lara. Il réussit à trouver le courage de terminer son programme de rééducation comme s’il avait encore un quelconque espoir. Un espoir que des secours viennent le chercher.
Il finissait par être presque complètement adapté à la gravité de cette lune. Il sentit la fatigue venir du fait de ses nombreux efforts physiques. Il trouva une bonne cabine et s'affala sur le lit douillet dans un sommeil profond, très profond.

La lumière réveilla le pilote en plein milieu d'un cycle de sommeil. Il voyait vaguement une belle silhouette devant l'entrée de sa cabine. Elle était vêtue d'une robe noire de soirée. Chris voyait trouble parce que ses yeux étaient sur le point de se réadapter à la lumière. Il finissait par reconnaître la belle asiatique, celle qui avait essayé de le tuer à plusieurs reprises. Cette fois ci, elle était encore plus belle qu'avant avec cette courte robe sexy qui lui seyait à merveille. Il se demandait s'il n'était pas en train de rêver. Il se pinça et pour résultat, la belle s'approcha de lui doucement en se dodinant légèrement.
“ Comment pouvait-on faire une machine de guerre avec une si jolie femme. ” Se disait Chris qui répugnait de plus en plus cette guerre. Sa première réaction était malgré tout sur la défensive.
“ Voulait-elle me séduire, pour me faire parler. ”
Elle lui prenait la main et l'aida à le relever. Il fut surpris par la force de cette petite femme malgré toutes les considérations sur la gravité. Elle lui mettait la main derrière sa nuque et amena ses lèvres contre les siennes. Chris fut pris de cours mais ayant encore des doutes, il tenta vainement de lui résister. La belle inconnue le retenait à la fois avec force et douceur. Finalement, l'homme n'avait pas vraiment envie de se débattre. Il avait maintenant la preuve qu’il n’avait pas affaire à une machine. Il était gêné vis-à-vis de Lara : La tromper pour une autre femme et le comble par une femme extra-terrestre.
“ Peu importe, se disait Chris, je n’ai aucune chance d’être secouru. ”
Il n’avait parlé à personne de l’idée de Lara de mettre son scaphandre sur pressurisation au début de la bataille. Ses supérieurs devaient le considérer comme décédé. Tous les intercepteurs étaient équipés de capteurs qui renseignaient le centre stratégique de leurs états de fonctionnement et personne ne pouvait survivre à une dépressurisation du cockpit surtout à haute altitude. Etant donc définitivement isolé, le jeune soldat se laissait emmener par la jeune inconnue vers le lit.

Au réveil, l'officier Martinez se trouva seul dans le lit. Avait-elle réussi à lui faire parler pendant le sommeil ? Ses lèvres contenaient-elle un poison qui déliait les langues ? L'avait-elle tout simplement hypnotisé à son insu malgré cet agréable souvenir passé avec cette femme extraterrestre ?
Le soldat avait ordre de briser son micro cyanure caché derrière ses dents s'il était constitué prisonnier. Mais il n'était pas son prisonnier et n'avait pas du tout envie de mourir. De toute façon, la politique du secret dans l'armée était pratiquée à l'extrême. Aucun militaire de la division bêta sauf les plus hauts gradés avaient connaissance de celle de la division alpha et réciproquement (Bien qu’il se doutait que la base alpha devait logiquement se trouvait dans le système Proxima). L'officier ne connaissait que les coordonnées de la base stratégique bêta ainsi que les missions liés à son escadre. Il n'était au courant de rien concernant les autres escadrons de sa propre division. De plus, elle ne comprenait pas sa langue à moins qu'elle avait dissimulé un traducteur. Chris se demandait si dans la même logique du secret, l'Etat Major était bien au courant que les cétiriens étaient aussi humains que les terriens mais se gardaient bien d'en informer leurs subalternes. Ils nous bassinaient que ces E.T. étaient d'apparences monstrueuses pour mieux alimenter la haine des soldats.
Il s'habilla rapidement et se rua vers la porte. Il faillit heurter la cétirienne habillée en robe de chambre qui épousait bien ses formes avec un plateau de repas à la main. Il se maudissait d'avoir douté d'elle. D'une impitoyable amazone, elle était devenue une amante douce et intentionnée. Le petit-déjeuner était bien meilleur que les rations d'hier. Il avait envie de mieux la connaître, de mieux connaître sa civilisation. Il tenta de communiquer avec elle.
- Moi Chris... Toi ?
Lui demanda-t-il en se désignant du doigt lui puis elle.
- Llo...ko...
Prononça-t-elle lentement
Chris écrivait son nom phonétiquement mais il n'était pas sûr de bien distinguer son accent qui semblait plus riche que les langues terriennes.
- Chris... Lloko, répéta-t-il
- Lloko... Chrrris
La cétirienne avait des difficultés pour les 'r' mais se débrouilla bien pour une étrangère.
Le langage universel des civilisations avancées étant des mathématiques, ils l'adoptèrent. Chris proposa un système de nombre basé sur l'écriture des anciennes civilisations maya.
Le reste des échanges se faisait à l'aide des gestes et des schémas.
Il ne voulait plus faire la guerre contre les cétiriens. Il voulait tout savoir et découvrir sur la civilisation de Tau Ceti. Y avait-il plusieurs nations sur leur planète comme l'a été sur Terre, y avait-il plusieurs races (jaunes, noires, rouges, blancs...), y avait-il plusieurs religions etc.
Pour commencer, Chris lui proposa de décrire sa planète. La cétirienne semblait hésiter mais l'homme le rassura en lui précisant qu'il ne voulait pas connaître ses coordonnées mais plutôt faire ressortir sa beauté. Il lui proposa aussi de signer en bas de la page. Tous deux prirent un crayon et une feuille et se mirent à dessiner.
Au bout de plusieurs minutes ils échangèrent leur croquis et tous deux devinrent livides comme s’ils reçurent un choc électrique. Les deux feuilles tombèrent sur le sol, ils avaient tous les deux dessiné la Terre.
Sur le dessin de la jeune femme, le continent asiatique était représenté dans le globe avec son nom, Yoko, en écriture latine. Sur celui du jeune homme, c’était la face opposée, celle des deux continents américains. Devant une telle révélation une larme coula des yeux bridés de Yoko pendant que Chris haïssait ses semblables de les avoir embarqués dans le plus monstrueux complot de l’histoire humaine.


Fin.

 

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