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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Protégeons la planète  


Par eska

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Osmose génétique

2 Novembre, 23h- Un homme se tient sous le porche d’un immeuble en ruines. La pluie tombe a grosses gouttes sur le pavé. Une voiture approche et s’arrête à sa hauteur. L'homme rentre puis dit au chauffeur : « C’est bon, c’est isolé, maintenant roule ! » Le chauffeur repart alors dans le crépuscule sans dire un mot.
Près d'une heure plus tard, le conducteur s’adresse enfin au passager, qui patientait sur son siège, le visage pâle et l'air inquiet : « Vu l’heure, tu devrais peut-être faire ton rapport ». En aquiesçant d'un signe de tête, le passager sort alors un ordinateur portable de sa sacoche et rédige un court message. Puis, il se connecte au réseau central d’informations et débute le transfert du dossier. Soudain, durant l'envoi, son écran s’éteint brusquement et plus que la surprise, c’est la peur qui se lit sur son visage lorsque la batterie du portable se met à fondre, faisant des trous dans son jean. Il balance alors sans réfléchir le portable par la fenêtre et s’écrie :
- Merde... Accélère !
- Quoi ? Ca s’est quand même... euh...?!?
- Ouais, je... Je comprend pas... On est mal…
- J’vais chercher ma famille…
Le chauffeur tente alors de donner un coup de volant, mais le passager, malgré ses mains tremblantes, réussit à l'en empécher.
- Déconne pas, c’est échec et mat, maintenant faut qu’on bouge.
Le chauffeur s’engage dans l'avenue déserte d’une ancienne zone industrielle et dépasse la limitation de vitesse.
Quelques instants plus tard, perdu dans ses pensées, le passager aperçoit deux lumières blanches sur la droite, ressent la portière se déformer sous un impact, perçoit un bruit de klaxon et la voix du conducteur. Le verre brisé lui griffe le visage. Il perd conscience, Game Over…

3 Novembre, 3h- Les systèmes électroniques gérant les services publics dans la capitale du pays échappent à notre contrôle. Les feux de circulation cessent de fonctionner, et il devient impossible de modifier les cycles d'action des centrales électriques de la ville qui deviennent indépendantes. Les lignent téléphoniques de tout le pays, quand à elles, sont brutalement coupées.

3 Novembre, 6h- La population se rend compte des disfonctionnements des services publics. Le chaos s’installe en ville mais la population garde le moral. L’incompréhension règne. Aucun communiqué public des autorités n'explique la raison de toutes ces pannes.

3 Novembre, 17h- Une patrouille de police est dépêchée en banlieue suite à la signalisation d’un animal sauvage en liberté ayant été observé par plusieurs résidents du quartier. Un quart d’heure plus tard, leurs voitures de service sont retrouvées, étrangement saccagées, et les policiers sont déclarés disparus.

4 Novembre, 8h- Les services publics ne sont toujours pas en fonction. Les robots automatisés utilisés dans les usines d’assemblage d’automobiles deviennent incontrôlables et se comportent anormalement. Plusieurs employés sont tués, et beaucoup d'autres se blessent en tentant de maîtriser les automates. La peur prend possession des habitants et la folie des machines. Les ordinateurs de la ville disposant d'un accès au réseau central d'information échappent au contrôle humain. Aucun moyen de reprendre le pas sur l’informatique.

7 Novembre, 7h- Après une longue délibération du conseil national, l’armée est envoyée sur place pour tenter de trouver une solution (ou au moins une cause) aux étranges évènements survenus. Ceux-ci n’ayant pas eu de localisation précise, les soldats se rendent dans la banlieue où ont disparus les policiers quatre jours auparavant. Après une demi-heure de recherche, les corps des policiers sont retrouvés étrangement mutilés, armes dans les mains, près d’un ancien entrepôt abandonné. Cet entrepôt contenait depuis une dizaine d'années du vieux materiel industriel qui n'était plus en état de marche. Tandis que les corps étaient embarqués dans l'ambulance qui devait les emporter vers la morgue où une autopsie serait pratiquée, une forme sombre surgit de derrière l’entrepôt, sur un angle de mur à quatre mètres du sol dans la pénombre des réverbères éteints. L’étonnement et la frayeur s'emparent alors des troupes de l’armée. A première vue, la chose ressemblait à un animal, se déplaçant sur quatre pattes habiles, et en apparence dépourvu de fourrure, mais il ne portait ni peau, ni plumes, ni écailles ni tout ce qui pourrait sembler organique. Cet être devait mesurer près de deux mètres de haut et autant de large, ce qui lui donnait une présence encore plus oppressante. Sa facilité à se mouvoir semblait si naturelle malgré son apparence aux légers reflets métalliques. Les deux fentes verticales bleues sur ce qui devait être la tête et les trois pointeurs lasers rouges en triangle sur cette même tête aberrante suggéraient de tirer dessus avec l'appréhension qu'ils ne seraient pas à la hauteur pour vaincre cete chose. Un soldat terrorrisé lève son arme, un tonnerre de feu et de métal jaillit, ils étaient tous morts sans comprendre.

8 Novembre, 2h- L'alerte est donnée : une troupe d'êtres étranges en mouvement a été repérée en sortie d'usine. On ignore d’où ils sont venus. La population parle d'extraterrestres bien que certains scientifiques pensent qu'ils ne viennent peut-être pas d'une autre planète. Les quelques raids qu' "ils"ont menés se sont toujours produits sur les troupes armées a travers le pays et on dénombre déjà plus de 2000 soldats morts pour la patrie. Aucun ennemi n'a été abattu ou endommagé : leur blindage est trop résistant pour les armes automatiques et ils sont trop vifs et agiles pour les gros calibres. L'absence de soutien informatique rend impossible une attaque coordonnée sur leurs forces continuellement en mouvement. Ils semblent ne jamais se reposer, leur tactique est très au point et leur capacité à se mouvoir sur les façades des bâtiments rend les combats déconcertants. Ils apprennent nos ruses et nous les retournent sans problèmes, faisant preuve d'une capacité d'adaptation exceptionnelle. Le combat semble être perdu tandis que personne n'a encore essayé de parlementer pour trouver un accord. Leur but reste inconnu, si ce n'est la possession de toutes les source d'énergie électrique du continent. Les forces armées de la confédération doivent arriver ce soir avec un armement plus conséquent et un soutient logistique plus poussé.

8 Novembre, 12h- la confédération est arrivée avec 500 000 hommes et 40 000 blindés et hélicoptères de combat. Cela a donné un coup de fouet aux forces locales qui sont parties sur le terrain aujourd’hui même, mais l'ensemble du réseau satellite et radio est totalement inutilisable à cause d'un brouillage probablement dû aux forces ennemies.

10 Novembre, 11h- Première victime! Un ennemi désormais baptisé BAZU (comprenez Blindé d'Assaut en Zone Urbaine) vient d'être abattu au cours d'une retraite de forces alliés. Sa mort, ou plutôt sa destruction seraient plutôt due à une défaillance. "Il est resté là devant moi pendant quelques secondes immobile, soit à cause des dégâts importants que je lui aie infligés, ou parce qu'il a eu peur. J'ai rechargé, il ne bougeai toujours pas et un tir d'obus a fait éclater sa carcasse", nous rapporte Ryan Jester, de la 101 db.

Les agents des services d'information ont récupéré la chose après l'assaut, l'ont analysée et ont découvert qu'il ne s'agissait pas d'un être de chair mais d'une sorte de robot avec des caractéristiques organiques. Son châssis est formé d'un tissu relevant d'un mélange entre les cellules humaines et le titane, et ses fluides vitaux sont remplis de nanomachines, ce qui explique le besoin en énergie de ces choses malgré la présence d'un genre de pile à hydrogène embarqué dans leur organisme; cela explique également leur capacité à se réparer sur le champ de bataille, en développant un procédé semblable à une cicatrisation. L'absense de données de programmation exploitables n'empèche pas certains spécialistes de l'intelligence artificielle de penser que le BAZU n'est que le premier stade d'une évolution effrayante. Cette machine sortie tout droit d'un film de science-fiction voire même d'un mauvais film d'horreur est une vraie machine à tuer. L'engin est posé sur quatre pattes articulées par des vérins magnétiques qui lui permettent de s'accrocher aux surfaces les plus diverses grâce à la technologie du Gecko (des milliards de nano-crampons rétractables sous ses pieds à trois doigts) y compris les murs et les plafonds. Sa tête triangulaire aux oreilles repliées vers l'arrière est munie de deux yeux multisensoriels, d'un système de désignation de cible laser, et de deux canons de calibre 30 d'une cadence de tir de 650 coups par minute dont les munitions seraient directement conçues par l'organisme du robot suivant les besoins. Il dispose également de points d'emports de missiles sur le dos. Engagez-vous qu'ils disaient! On comprend maintenant les difficultés encourues par nos forces…

14 Novembre, 23h- Les hypothèses quand à une évolution des machines se confirment : outre les BAZU de 700 kg, ce soir ont été observées de nouvelles forces mécaniques de 45 tonnes environ. Ces nouveaux ennemis ont été baptisés BMAR (Blindé Mobile d'Assaut Rapproché). Ils reposent sur 6 pattes, et disposent de 4 canons de 40mm semblables à ceux de notre artillerie. Ils se servent même de leurs bras antérieurs pour arracher les tanks ! Ils sont plus lents, mais ne craignent rien, sauf les missiles à ogive hydrogénée. Ils ne sont cependant pas non plus en manque de ce coté là : ils semblent pouvoir placer un tir nourri à toutes les distances sur terrain dégagé. Les troupes en ont déjà abattu quatre, mais le combat est rude. La force nucléaire a été évoquée mais le conseil reste réticent à utiliser cette arme sur son territoire. N'oublions pas que toute la confédération est en guerre et les 27 pays membres sont à bout de souffle. Ici la plupart des capitales sont vidées et réduites à l'état de décombres. La situation desespérée amène a présent la force mondiale armée à nous prêter main forte avec 800 millions d’unités de combat.

18 Novembre, 11h- L'ennemi a à peine utilisé les BMAR que l'on voit déjà sur les ruines des villes se faufiler à l'horizon des formes titanesques sur huit pattes, mesurant 38 mètres de haut et pesant plus de 250 tonnes. La rapidité avec laquelle l'ennemi mène l'évolution de son espèce en apportant sur le champ de bataille des unités de combat toujours plus gigantesques est déconcertante. A chaque fois, ils semblent copier nos systèmes d'armement et les utiliser de manière toujours plus redoutable en en équipant leurs monstres sortis de nulle-part... Dotés de missiles aussi divers de par la portée que par le type d'ogive, les machines les plus imposantes disposent en outre à leur bord de quatre canons à fusion. On n'a jamais rien vu ni même imaginé quoi que ce soit de pareil.

22 Novembre, 15h- L’invasion s’étend à l’échelle internationale : toutes les centrales électriques subissent des pannes de nature inconnue. Certains réacteurs nucléaires s'emballent et causent des dégats catastrophiques. Toute la planète reste sans accès au réseau informatique et énergétique, excepté le centre névralgique terrestre, volontairement isolé des autres réseaux. Les unités ennemies se comptent en centaines de milliers, et les pertes humaines dépassent les deux milliards selon les estimations les plus optimistes. Notons qu'une majorité de pertes civiles sont dues aux tirs croisés humains, tandis que les pertes militaires restent les plus importantes. L'ennemi semble concentrer ses tirs sur les forces armées et non sur la population innofensive.

30 Novembre, 15h- Une créature tout droit sortie de l'enfer vient d'être localisée. Il s'agit d'une abberation de 850 000 tonnes, se déplaçant sur huit pattes, pilonnant chacun des champs de bataille avec six lasers à fusion solaire et des dizaines de milliers de missiles. Accompagnée d'une escorte de plusieurs centaines de BMAR et de milliers de BAZU, elle se dirige rapidement vers la capitale monde : Esthar, place forte humaine où toutes les forces se sont réfugiées dans un ultime espoir de survie. Le moral est à zéro, la défaite est proche. D'ici 20 minutes, ils seront à portée de tir. Dans 15 minutes nous seront à la leur.

30 Novembre, 15h30- Ils sont à nos portes et pourtant, ils n'ont fait feu que sur les cibles extérieures à la zone fortifiée. Ils se massent sur nos murs sans user de leurs armes comme s’ils avaient peur de toucher quelque chose ou quelqu'un. En tout cas, nos soldats, eux n’hésitent pas à faire feu et détruisent les machines par dizaines. La population estharienne panique sans savoir ce que les envahisseurs recherchent.

30 Novembre, 16h- Ils n'attaquent toujours pas mais ils ont lâché une centaine de micros BAZU de 30 cm équipés d'armes blanches. Ces petits quadripèdes agiles meurent facilement sous nos tirs mais ils découpent nos soldats, et il en revient de plus en plus. En quelques minutes, ils occuppent déjà la totalité des rues de la capitale. Ils doivent chercher quelque chose, mais quoi ?

30 Novembre, 19h- Après avoir provoqué diverses pannes dans tous les systèmes informatique gérés par Esthar, les ennemis ont l'air de sonner la retraite. Seule la créature titanesque reste inanimée sur le champ de bataille. Plutôt que de suivre les autres qui s'enfuient dans toutes les directions, nous préférons rester et soigner les blessés.

6 Décembre, 19h- Les silos nucléaires du monde entier sont piratés. Les missiles contenus sont lancés sans que quiconque puisse intervenir, et le manque de moyens informatique opérationnels empèche quiconque de calculer leur destination. Aucun impact n'a lieu. Les autorités sont confuses et émettent l’hypothèse d’une tentative d’attaque des machines tout en évoquant la possibilité d'une simple mesure de protection dans le but de priver les grands du monde de la possibilité de lancer une frappe nucléaire. Il n'y a plus de doute. On sait à présent ce qu'ils cherchaient à Esthar, mais il reste à savoir pourquoi…

8 Décembre, 2h- Les combats contre les machines deviennent de moins en moins fréquents, et celles-ci ne se manifestent quasiment plus. A 11h, elles sont devenues introuvables, mais les forces de l’ordre s’attendent à un piège, et ne veulent pas croire que le combat est fini. Pourtant, plus aucun événement surnaturel ne se passe ce jour là. La poignée d'hommes qui reste est épuisée. Il leur reste encore du boulot : il y a du sang à nettoyer.

11 Décembre, 10h- Après la remise en état du réseau central d'informations d'Esthar, les sismographes installés sur la lune près de cinquante ans auparavant transmettent à la Terre des informations sur la présence de secousses sismiques importantes et répétées sur la surface lunaire. En même temps parvient un rapport d'une station spatiale signalant dans les environs de la lune un taux de radioactivité dépassant les plus hauts taux connus depuis la découverte des matériaux nucléaires. Tout le monde comprend alors la destination des missiles lancés cinq jours auparavant. Pourtant, selon les physiciens les plus réputés, faire sortir de tels missiles de l’orbite terrestre était théoriquement impossible. De nombreuses craintes s’installent alors chez la population pourtant toujours épargnée par les machines.

12 Décembre, 17h- Les craintes de la population étaient fondées. Les astronomes détectent un changement de l’orbite lunaire de quelques degrés dû à la forte concentration d’énergie qu’ont provoqués les missiles. Ces astronomes sont formels : malgré la petite différence d’orbite, la trajectoire lunaire sera suffisamment modifiée pour que la lune quitte l’orbite terrestre en conservant une vitesse suffisante pour disparaître en quelques jours. L’origine de la disparition des machines n’est plus à présent inconnue. Elles sont parties coloniser ailleurs, laissant sur le terrain ruine, désolation, ainsi que les carcasses métalliques trop pesantes pour partir, monuments échoués d'un autre temps. La nature avait repris ses droits en décomposant les parties organiques des titans inanimés.

13 Décembre- Les machines restent le principal sujet de conversation mais le monde commence à reprendre un cours normal. Certaines centrales électriques sont remises en marche tandis que d’autres commencent à être réparées. Le chaos est à priori terminé et la menace ne pèse plus sur les habitants.


Dans une chambre d’un hôpital de banlieue, un homme se réveille d’un profond coma d’environ deux mois. Une fois totalement conscient, il s’exclame : « Oh non… Mais… Quel rêve… ». Et il repense alors à ces machines, aux terreurs qui avaient hanté ses longues semaines de sommeil, mais il lui est impossible de se souvenir de tout ce qui s’était passé avant son coma, sa vraie vie, sa famille… Après avoir longtemps réfléchi, il prend la télécommande de sa seule main valide et allume la télévision de sa chambre sans trop savoir pourquoi. Sur la seule chaine non brouillée, le journal du soir vient juste de commencer et le journaliste à l'antenne explique les problèmes rencontrés dans la reconstruction des bâtiments endommagés ou détruits, le coût des travaux qui allaient devoir être effectués, et le bilan des pertes humaines connues. Puis, sous le choc et dans l'incompréhension totale, l'homme remarque ce qu’il n’avait pas vu auparavant, sur sa droite, une bâche ondulant au gré du vent recouvre le trou béant qui fait office de fenêtre.
Alors il comprend que ce qu’il a rêvé pendant son coma était bel et bien la réalité. Il se demande comment a t-il pu suivre l’actualité tandis qu'il était inconscient, pourquoi garde t-il une mémoire si précise des évènements survenus, comment peut-il savoir tout de cette période, et ses réflexions l’amènent à se souvenir de son passé.
Il se souvient de son embauche, 27 ans plus tôt, dans un institut de recherches sur la génétique et l’ADN humain. Il se souvient de ses collègues de travail, et surtout de son projet qui selon lui allait révolutionner le monde. Les manipulations de l’ADN étant interdites, il réalisa ses expériences dans l’ombre, caché dans un vieil immeuble, ne mettant au courant que son supérieur et l’un de ses collègues. Son idée était de fusionner des cellules humaines avec certains matériaux qui n’en comportaient pas, comme des matières métalliques. Mais les matières ainsi modifiées avaient plus vite que prévu commencé à muter et à évoluer, prenant une forme capable de se déplacer dans le monde extérieur, ressemblant physiquement à un robot de trente centimètres de haut, totalement inoffensif, et capable de développer des capacités et des sentiments humains tels que la peur, la haine, la surprise…
Le principal inconvénient était que la partie humaine de la créature lui permettait de reproduire ces cellules tel un organisme humain, pouvant ainsi contrôler ou transformer d’autres objets métalliques, en leur transmettant la même structure que celle qui avait été créée. La créature avait donc le pouvoir de se reproduire, de créer d’autres structures lui ressemblant, voire même de contrôler des structures métalliques à distance en se servant des réseaux électroniques. La reproduction, la communication, les sentiments, elle avait en quelques jours réussi à comprendre ce que les hommes avaient mis si longtemps à maîtriser.
Se rendant compte des conséquences qu’allaient avoir ces mutations à long terme, il avait tenté de détruire la machine ainsi créée. Il parvint à retirer sa batterie, mais il était trop tard. La machine avait déjà réussi à s’adapter à un autre moyen de survie que ses accumulateurs, un moyen proche d’un organisme humain autonome…
Comprenant que l’homme désirait la détruire, la machine avait essayé de s’enfuir. Il l’avait rattrapée de justesse, et avait appelé en urgence un des ses collègues pour venir le chercher. La machine commençant avoir des tendances agressives, il l’avait enfermée dans un de ses coffres, avant de partir avec son collègue en pleine nuit, effrayé de ce que pourraient être les conséquences de ses actes.
Mais il avait oublié un détail essentiel : le coffre dans lequel il avait enfermé la machine était fait en acier. Ce n’était donc pas un obstacle et celle-ci s’était retrouvée en liberté peu de temps après son isolement. Et malheureusement, dans les caractères humains qui lui avaient été attribués, figurait la vengeance.
Il se souvient de son rapport manqué par le biais duquel il avait compris que ses précautions n’avaient pas suffi. Il se souvient aussi de son accident et de la dernière chose qu’il avait vue : l’une d’entre elles, sur sa droite, projetant deux roquettes assimilables à deux phares dans la nuit.
Et il reste là, dans sa chambre, sans comprendre pourquoi il n’est pas mort, sans savoir pourquoi il avait été relié aux machines, mais en tourant sa tête sur sa gauche, il finit par comprendre.
Depuis qu’il est dans le coma, il est relié à un électrocardiogramme, une machine pouvant être contrôlée par ses créations. A présent, pourtant toujours reliée à sa poitrine, seule s’affiche sur le cadran une ligne continue, sans aucun signe de battements de cœur.
De rage, il arrache la prise murale de l’appareil et tente de se redresser. Il dégrafe sa chemise et avec surprise, son corps est totalement cicatrisé, son bras bandé ne lui fait pas mal, les traces des blessures provoquées par son accident sont quasiment invisibles, et ses anciennes cicatrices se sont atténuées.
Comme pris d’un énorme doute, il s’empare d’un petit objet métallique posé sur la table de chevet, et s’entaille légèrement le doigt avec une de ses faces coupantes. En voyant que le sang commence légèrement à couler, il repose sa main sur le lit avec un soupir de soulagement. Mais à peine a t-il posé son doigt blessé à son côté que de la plaie ouverte sortent de multiples petits organismes, semblables à un flux d'insectes robotiques, qui se mettent à s’attaquer à l’un des barreaux du lit, et en utilisent la matière pour refermer la plaie, qui retrouve quelques secondes plus tard sa couleur naturelle.
Il comprit alors que les machines avaient utilisé l’électrocardiogramme pour lui transmettre la même structure que celle qu’il avait créée. A présent il a tout : le même organisme, les mêmes connaissances, la même mémoire... Il reste le seul spécimen terrestre de cette race étrange qui, rejetée par les humains, a préféré se retirer vers une terre plus propice à son évolution. Il est leur père, leur créateur, et maintenant l'un d'entre eux. Condamné par ses enfants qu'il a tenté de détruire, il est maintenant forcé de vivre à part, de regretter le résultat de toutes ses recherches, qui, comme il le souhaitait, avaient bien révolutionné le monde, mais pas dans le sens qu’il aurait désiré.

Fin.

 

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