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A neophyction : Science fiction et fantastique
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Par Aliana
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Conte pour grands enfants


Lorsqu'il entra, elle était assise au coin de l'âtre.
Un maigre feu brûlait et dans la pièce, un froid peut être encore plus vif qu'à l'extérieur régnait.
Le sol, de terre battue, était jonché de brindilles de paille, et ça et là des plaques de moisissures vertes apparaissaient sous une fine couche de givre.
Le mobilier de la pièce se composait en tout et pour tout d'un grand chaudron noir, d'une table massive dont l'un des pieds avait été remplacé par une bûche, d'un billot de bois et d'un vieux tabouret.
Dans un coin une paillasse et une couverture sale gisaient.

Lorsqu'il entra, une souris ou un rat, il ne parvint pas à l'identifier avec certitude, bondit de la table au sol pour disparaître dans la paille sous la couverture.
L'âtre était couvert de cendre et de petits morceaux de bois carbonisés.
Elle brodait.
Sa robe, d'une couleur indéfinie, était tirée d'un tissu grossier qui s'approchait plus du jute qui sert à faire les sacs, que de ce que l'on pourrait qualifier d'étoffe.
Ses pieds nus étaient couverts de suie et un peu de sang en coulait.
Près d'elle, un sabot fendu en deux gisait.
Le manteau sur lequel elle travaillait était d’épais velours noir, de long fils d'or se mêlaient avec d'autres couleurs, composant un ballet féerique de jaune, de rouge et de blanc.
En une des extrémités une sorte de nuage noir supportait une forme indéfinie de même couleur. Une multitude de plusieurs milliers de minuscules tâches bleues parsemait l'habit.
Avec attention, elle en rajoutait une.

Lorsqu'il entra, elle était voûtée sur son ouvrage.
De courtes mèches grises s'échappaient de son chignon mal fait.
Son visage ravagé par l'âge et la souffrance était couvert de rides et de cendres, des larmes y traçaient de longues traînées claires.
Il se dirigea vers elle.
Levant la tête, elle laissa tomber le manteau. Dans son regard, il lut un mélange de douleur, de terreur et de tristesse si puissant qu'il fut obligé de baisser les yeux.
Elle gémit.
- N'aie crainte vieille femme, lui dit-il doucement en s'approchant. Je ne te veux aucun mal. Ce disant, il ramassa l'ouvrage tombé à terre, et le lui tendit.
En tremblant, elle le prit, puis lui désignant la porte de son menton pointu avec de petits cris plaintifs, joignant les mains, elle le supplia muettement de partir.
- Pourquoi veux-tu que je parte ? Je suis fatigué et j'ai faim. Je vois que tu ne vis pas dans l'opulence, mais permets-moi au moins de m'abriter quelque temps des bourrasques de neige qui tombent dehors, car il fait froid et tu as un feu.
Ses yeux qui un instant s'étaient asséchés se remirent à verser de lourdes larmes de désespoir.
Agacé, le jeune homme reprit.
- Pourquoi pleures-tu, et pourquoi ne parles-tu pas ?
Elle ouvrit alors la bouche et du doigt lui montra le moignon de langue qui lui restait. Horrifié, il sursauta et émit une sorte de gargouillis.
- Qui t'as fait ça ? demanda t-il dans un râle.
Elle baissa la tête. Il se rapprocha d'elle et lui prit les mains. Le froid se fit plus vif et une bourrasque venue de la cheminée éteignit le feu. Ils tressaillirent et la vieille gémit. S'agenouillant devant elle, il l’interrogea :
- Pourquoi veux-tu que je parte ?
Elle secoua la tête en signe de dénégation, affolée, puis détourna la tête afin d'éviter son regard. Lui prenant le menton, il l'obligea à le regarder.
La vieille femme était terrorisée et tremblait de tous ses membres. D'un mouvement sec, elle se dégagea et plongea son regard dans les dernières braises.
- Pourquoi perdre ton temps avec elle ?
Il sursauta et se retournant, resta bouche bée.
Une jeune fille était adossée à la porte et le dévisageait de ses magnifiques yeux bleus. Sa bouche d’un rose tendre esquissait un sourire, ses longs cheveux blonds lui tombaient jusqu'aux genoux.
Un bref instant, il se surprit à penser qu’elle pourrait être une fée.
A sa grande surprise, elle acquiesça.
- C'est exact, dit-elle d'une voix douce, je suis Inghild la fée de ces bois. Il eut un nouveau sursaut. La vieille gémit.
- Que lui est-il arrivé ? demanda t-il faussement intéressé car désormais toutes ses pensées étaient loin de la pauvre femme tant il était subjugué par la beauté de la jeune fée.
Elle portait une longue robe bleue pâle vaporeuse et quand elle haussa les épaules avant de répondre, il lui sembla que l'étoffe était faite de nuage.
- Une bien triste histoire, dit la jeune fille en fermant les yeux. Dans son jeune âge, elle fut enlevée par des brigands qui après l'avoir séquestré pendant plusieurs jours, l'abandonnèrent après lui avoir coupé la langue. Depuis ce jour, elle a sombré dans la folie et je ne peux rien pour elle car elle refuse tout contact.
Elle rouvrit les yeux.
- Je suis désolé, dit-il sincère.
-Pourquoi donc ? demanda t-elle surprise, tu n'es pas responsable. Elle sourit, puis ajouta, Mais puisque tu es si bon, je veux faire quelque chose pour toi. Fais un vœu et quel qu'il soit, je l'exaucerai, mais attention ce vœu ne doit concerner que toi.
Le jeune homme sourit et la vie étant ce qu'elle est, devant une telle aubaine, il oublia complètement la vieille femme et ses malheurs. La puissance en ces temps reculés était le fruit de la richesse, aussi demanda t-il de l'or, des montagnes d'or.
La jeune fille sourit et entre ses doigts une bague apparut. Elle la lui tendit et ce faisant avec ses ongles, par mégarde, elle le coupa. Du sang perla. Posant alors sa main sur la blessure, celle ci se referma immédiatement. Quelques gouttes cependant restèrent au creux de sa paume. Les réunissant, elle les serra et lorsqu'elle les rouvrit, une gemme de rubis y brillait de mille feux. La vieille éclata en sanglots.
- Permet moi de garder cette pierre en souvenir de notre rencontre. Il acquiesça.
- Je te remercie pour toutes tes bontés.... commença-t-il,
- Encore une chose, interrompit-elle. Afin que l'on ne croie pas que tu as volé cet anneau...
Il secoua la tête avec véhémence.
- Jamais l'on ne croirait pareille chose !!!
- Parce que tu penses que les hommes croiront que tu as rencontré une fée ? Non ! Ils diront plutôt que tu as tué un magicien et que tu lui a dérobé son anneau magique, afin qu'après t'avoir condamné et exécuté, ils puissent le récupérer. Comme il hésitait, elle poursuivit,
- Te souviens-tu de Garlafield, le fils du forgeron ? Que lui est-il arrivé ?
Pendant un instant il chercha, persuadé de n'avoir jamais entendu ce nom de toute sa vie, puis un froid glacial l'enveloppa et il lui sembla que sa tête était prise dans un étau de glace. Soudain, une vague image se forma celle d’un jeune homme qui aurait été apprenti forgeron au village, et qui serait devenu riche du jour au lendemain. Il lui sembla qu’il avait distribué de l’or à toutes les personnes qu'il connaissait, mais que cela ne leur avait pas suffit, le village l'avait brûlé pour sorcellerie, et après l'avoir pillée, avait détruit totalement la maison et la forge, brûlant le père par la même occasion.
La pression sur son crâne s’évanouit et il soupira.
- Mais alors je n'ai aucun recourt... Elle se détourna pour cacher un sourire mauvais.
- Il y a une solution. Elle fit apparaître un parchemin. Si nous signons tous deux ce parchemin sur lequel j'ai apposé mon sceau, ils te croiront.
Le visage du jeune qui s'était assombri un instant s'éclaira. Il le parcourut rapidement, ne sachant pas lire, et devant son air inquiet, Inghild eut un claquement de langue impatient,
- Il est dit, poursuivit t-elle, que Moi, Fée Inghild t'offre une montagne de richesse.
- Tu es si bonne !!! murmura t-il plein d'amour.
Elle lui tendit un gobelet d'encre noire et une plume.
Il fit une croix en guise de signature.
Des loups hurlèrent près de la maison.
La vieille poussa un long gémissement qui le fit frissonner.
La fée signa à son tour.
Un nuage noir et rouge l'enveloppa, la dissimulant complètement, puis s'agrandit, s'agrandit, s'agrandit, jusqu'au toit avant de disparaître comme par enchantement, mais au lieu de la jeune fille, se dressait désormais un être hideux de plus de trois mètres. Il était nu, son corps rouge, couvert de longs poils noirs bouclés, sa barbichette et ses deux petites cornes torsadées, ses jambes et ses pieds de boucs, et les griffes qui lui faisaient office d'ongles révélaient sa véritable nature.
Brandissant le parchemin à deux mains devant lui, il partit d'un furieux rire sauvage.
L'encre était devenue rouge et le texte avait changé de forme.
- Par la présente ! s'écria le démon, Tu me donnes ton âme !
- Co.... Comment ? Bégaya-t-il, le jeune homme était pâle comme la mort. Ce.... Ce n'est pas possible....
- Tu as très bien entendu ! Exulta le serviteur du diable. Et sur-le-champ !!!
Ce disant, il leva les bras, des éclairs en jaillirent, le sol disparut dévoilant un abîme qui semblait infiniment profond et dont le fond rougeoyait d'une façon qui ne prévoyait rien de bon.
Un nuage de souffre les enveloppa.
Ils disparurent.
La vieille femme, le visage baigné de larmes, reprit tristement le riche manteau.
Elle caressa longtemps la forme noire sur le nuage, elle la caressa avec le plus profond et le plus tendre amour maternel car quoi que fassent ses enfants, l'on ne peut leur ôter ni effacer l'amour que l'on a pour eux, même si ceux ci vous ont mutilés pour que vous ne puissiez avertir leurs victimes.
Sur son nuage, la forme noire semblait pousser une petite flamme bleue, il y en avait tellement parmi les hautes flammes blanches, rouges et jaunes, qui ornaient le bas et jusqu'au tiers du manteau. Il y en avait tellement qui étaient tombés du nuage et qui fixés dans leur chute, resteraient suspendus pour l'éternité. Elle tenta en vain de sécher ses yeux, puis tristement rajouta parmi les milliers de petits points qui s'y trouvaient déjà une nouvelle petite flamme bleue.


Fin.

 

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